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souveraineté alimentaire

  • Quand la stratégie de la peur remplace le bon sens...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Alain de Peretti, cueilli sur Polémia et consacré à l'épizootie qui frappe le cheptel bovin français.

    Alain de Peretti est vétérinaire et a notamment publié Vérités sur la viande halal (Godefroy de Bouillon, 2014) et L'islam sans voile (Institut Iliade/La Nouvelle Librairie, 2021).

     

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    Dermatose nodulaire contagieuse : quand la stratégie de la peur remplace le bon sens

    Il y a des maladies qui tombent du ciel. Et il y a celles qui tombent à pic. La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) appartient à cette seconde catégorie : une épizootie réelle, certes, mais dont la gestion politique révèle bien davantage que le simple souci sanitaire. Elle agit comme un révélateur brutal d’une époque où le vivant — animal aujourd’hui, humain demain — est administré, rationalisé, sacrifié au nom d’un Bien supérieur devenu indiscutable. Cet épisode n’est pas sans rappeler la crise COVID, avec les mêmes narratifs imposés (protéger les autres…). Pourtant, tout est simple. Un virus de la famille de la variole. Des insectes vecteurs par piqûre. Une maladie bovine non transmissible à l’homme. Une mortalité généralement faible (1 à 2 % des cas cliniques), mais une morbidité visible de 10 à 20 % du cheptel (cas cliniques). Une guérison spontanée en un mois, facilitée par des soins classiques (antibiotiques, anti-inflammatoires, ivermectine, traitements naturels). Donc essentiellement des pertes économiques. Et donc, au nom du principe de précaution, une réponse radicale : l’abattage total, y compris d’animaux sains, parfois vaccinés, parfois sans symptômes. Pourtant, dès que l’on cesse de regarder la situation par le trou de serrure technocratique, une autre lecture s’impose.

    Une maladie ancienne, une réponse nouvelle

    La DNC n’est pas une maladie inconnue. Elle est décrite depuis des décennies, principalement en Afrique, puis au Moyen-Orient, avant de gagner certaines régions d’Europe, notamment les Balkans. Elle a été contenue ailleurs par la vaccination, parfois éradiquée sans abattage massif, parfois intégrée dans une gestion sanitaire classique.

    Mais en Europe occidentale, et singulièrement en France, la réponse est immédiate, brutale, sans nuance : stamping out, « dépeuplement », élimination totale du troupeau, verrouillage territorial, communication anxiogène.

    Pourquoi une telle radicalité pour une maladie non zoonotique (non transmissible à l’homme), à mortalité généralement limitée, pour laquelle existent des vaccins à virus atténué ayant fait leurs preuves, et dont la transmission dépend largement de facteurs environnementaux, notamment en hiver, où les insectes piqueurs sont peu actifs ?

    La question mérite d’être posée, même si elle dérange.

    Le retour du réflexe sacrificiel

    Depuis quelques années, un schéma se répète :
    Covid : confinement massif, suspension des libertés, QR codes.
    Climat : culpabilisation permanente, interdictions, restrictions.
    Agriculture : normes, charges, mise à mort économique des exploitations.
    Élevage : réduction des cheptels, pression réglementaire, décroissance imposée.

    On ne peut que remarquer la multiplication des abattages de masse de canards ou de dindes en raison de la grippe aviaire, de porcs en raison de la peste porcine, de bovins en raison de la tuberculose.

    À chaque fois, le même logiciel : la peur justifie l’urgence, puis l’obéissance, et enfin l’irréversibilité.

    La DNC s’inscrit parfaitement dans cette logique.
    Elle permet d’imposer, sous couvert de science, une politique du fait accompli : des élevages détruits en quelques heures, des années de travail anéanties, des paysans sommés de se taire au nom de la biosécurité.

    La vache n’est plus un animal. Elle devient une variable de risque, une ligne comptable, un problème à supprimer.

    Quand la biosécurité remplace le bon sens

    Personne ne nie la réalité de la maladie.
    Ce qui est en cause, c’est le dogme de l’éradication totale, hérité d’une vision industrielle du vivant.

    Dans cette vision : un animal infecté est un danger absolu, un troupeau est une entité homogène (une « unité bovine »), la complexité biologique est un obstacle à la gestion, le paysan est un pion.

    Peu importe que la vaccination protège, que certains animaux soient indemnes, que des alternatives existent. Le protocole prévaut sur le réel.

    Nous ne sommes plus dans la médecine vétérinaire, mais dans la gouvernance sanitaire.

    Une agriculture déjà condamnée

    Il serait naïf d’analyser la DNC hors contexte.
    Depuis des décennies, les cheptels européens diminuent, les exploitations ferment, les agriculteurs se suicident, la souveraineté alimentaire recule, les accords de libre-échange ouvrent les frontières à des productions étrangères aux normes laxistes.

    Dans ce paysage, chaque crise sanitaire agit comme un accélérateur. Un élevage abattu est rarement reconstruit. Un paysan brisé ne recommence pas.

    La DNC devient alors un outil opportun de restructuration agricole par la destruction.

    Une planification ancienne et efficace malgré les aléas politiques

    Cette guerre contre l’élevage et l’agriculture en général ne date pas d’hier. Dès les années 1960, Sicco Mansholt, commissaire européen à l’Agriculture, puis président de la Commission, lançait un vaste plan de restructuration visant à faire disparaître la petite paysannerie au profit d’une agriculture concentrée et industrialisée. Il suivait les préconisations du rapport Rueff-Armand de 1959, dévoilées dans un rapport sénatorial la même année (page 45), qui disait textuellement :
    « Ainsi le mécanisme des prix ne remplira son office dans le secteur agricole qu’en infligeant aux agriculteurs, presque en permanence, un niveau de vie sensiblement inférieur à celui des autres catégories de travailleurs. »

    Dans les années 1970, le Club de Rome instillait l’idée que la production, l’agriculture et l’alimentation devenaient des menaces pour la planète. La décroissance entrait dans le logiciel politique.

    Aujourd’hui, ce cadre idéologique se traduit par des politiques coercitives. Aux Pays-Bas, sous le gouvernement de Mark Rutte, désormais recasé à la tête de l’OTAN, un plan de réduction de près de 30 % du cheptel a déclenché en 2022 des révoltes paysannes sans précédent. En Irlande et en Belgique, des projets similaires sont à l’œuvre. Partout, la même logique : sauver le climat en supprimant les élevages.

    Il ne s’agit plus de protéger la nature, mais de changer de modèle anthropologique : moins d’animaux, moins de paysans, moins de ruralité, plus de contrôle.

    Le vivant sous administration

    La DNC pose une question centrale, qui dépasse largement le monde agricole :
    jusqu’où sommes-nous prêts à accepter que le vivant soit géré comme un stock constitué « d’unités bovines » (sic) ?

    Hier, des vaches. Aujourd’hui, des élevages entiers. Demain, des populations jugées « à risque », « non conformes », « non essentielles » ?

    La logique est la même : simplifier, standardiser, éliminer l’imprévu, gouverner par la peur.

    Refuser l’évidence fabriquée

    Il ne s’agit pas de nier la science, mais de refuser son instrumentalisation. Il ne s’agit pas de nier les maladies, mais de contester des réponses automatiques. Il ne s’agit pas de complot, mais de lucidité politique.

    Une société qui abat systématiquement ce qu’elle ne maîtrise plus est une société qui a renoncé à comprendre.

    La DNC n’est pas seulement une maladie bovine. C’est un symptôme de plus d’un monde qui préfère détruire le réel plutôt que de l’affronter.

    Et c’est précisément pour cela qu’il est urgent de ne pas se taire.

    Alain de Peretti (Polémia, 17 décembre 2025)

     
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  • Derrière la crise agricole, la survie alimentaire...

    Pour son émission sur TV Libertés, Chocs  du monde, Edouard Chanot reçoit Hervé Juvin, pour évoquer la crise agricole et la menace qui pèse sur la souveraineté alimentaire européenne...

    Économiste de formation et député européen, Hervé Juvin est notamment l'auteur de deux essais essentiels, Le renversement du monde (Gallimard, 2010) et La grande séparation - Pour une écologie des civilisations (Gallimard, 2013). Il a également publié un manifeste localiste intitulé Chez nous ! - Pour en finir avec une économie totalitaire (La Nouvelle Librairie, 2022).

     

                                              

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  • Manger local !

    Les éditions Acte sud publient dans les prochains jours un essai de Lionel Astruc et Cécile Gros intitulé Manger local - S'approvisionner et produire ensemble. Spécialistes des questions d'écologie et d'environnement, les deux auteurs s'intéressent à la mise en pratique du localisme dans le domaine essentiel de l'alimentation.

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    "Notre système alimentaire présente une grave faiblesse, trop souvent ignorée : la France, comme la plupart des nations du monde, a perdu sa souveraineté alimentaire. A partir des années 1950, la logique de l’agriculture intensive a conduit chaque zone géographique à se spécialiser dans quelques cultures et à importer le reste d’autres pays, parfois lointains. Il suffit que les transports soient interrompus quelques jours pour que les pays, au nord comme au sud, se retrouvent en situation de pénurie. Aujourd’hui où se dessine l’ère de l’après-pétrole, il apparaît donc nécessaire de retrouver la maîtrise de notre alimentation, en privilégiant les “circuits courts” et les producteurs locaux, ou en produisant soi-même légumes, fruits ou œufs. Cette relocalisation permet de savoir comment sont produits et transformés les aliments, mais aussi de renouer un dialogue avec les agriculteurs et de leur garantir un revenu à la hauteur de leur travail et de leur rôle nourricier. Il y a au moins trois bonnes raisons de manger local. D’abord, parce que notre approvisionnement dépend pour une trop large part d’importations en provenance de pays parfois lointains, ce qui le rend fragile. On a calculé que, si les transports étaient interrompus, une ville comme Paris, par exemple, n’avait que trois ou quatre jours d’autonomie alimentaire. Ensuite, parce que ces importations sont coûteuses en pétrole, une énergie qui va devenir rare et chère, et en pollutions qui viennent accroîtrele réchauffement climatique. Enfin, parce que renouer un lien avec les producteurs locaux permet de savoir comment est produit ce que l’on mange. Cependant, comment faire pour manger local ? Retrouver la maîtrise de son alimentation oblige à réapprendre des gestes souvent oubliés (jardiner, préparer des conserves…) et à redécouvrir la coopération et l’entraide qui conditionnent le plus souvent la réussite. Pour aider à cette grande “requalification”, les auteurs de Manger local proposent vingt-six initiatives qui reposent sur des expériences vécues, réussies et facilement reproductibles, ordonnées de manière à amener le lecteur des actions les plus simples à mettre en œuvre (créer un marché de producteurs, un réseau de paniers, approvisionner une cantine en produits bio et locaux ou démarrer son potager) aux plus “engagées” (se réunir autour d’un jardin partagé, créer un éco-hameau, mettre les initiatives locales en réseau…). Chaque initiative est exposée de manière pragmatique, avec ses succès et ses accidents de parcours. Une liste de conseils pratiques suit chacun de ces récits et donne une idée juste du travail à accomplir et de la marche à suivre pour adapter les différentes idées maîtresses à son propre territoire (quartier, village, ville, vallée…). Cette liste est accompagnée d’un annuaire très fourni qui permet au lecteur de poursuivre sa réflexion pour s’engager localement."

    Lien permanent Catégories : Décroissance et résilience, Livres 0 commentaire Pin it!