Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

françois bousquet

  • Pourquoi la gauche aime-t-elle autant la violence ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de François Bousquet, cueilli sur le site de la revue Éléments.

    Journaliste, directeur de la revue Éléments, François Bousquet a publié notamment Putain de saint Foucauld - Archéologie d'un fétiche (Pierre-Guillaume de Roux, 2015), La droite buissonnière (Rocher, 2017), Courage ! - Manuel de guérilla culturelle (La Nouvelle Librairie, 2020), Biopolitique du coronavirus (La Nouvelle Librairie, 2020), Alain de Benoist à l'endroit - Un demi-siècle de Nouvelle Droite (La Nouvelle Librairie, 2023) et, dernièrement, « Sale blanc » - Le racisme qu'on ne veut pas voir (La Nouvelle Librairie, 2026) qui prolonge son enquête intitulée Le racisme antiblanc (La Nouvelle Librairie, 2025)..

    black-blocs.jpeg

    Pourquoi la gauche aime-t-elle autant la violence ?

    À gauche, on fait grand cas du retour des années 1930 en brandissant les pensums lourdingues et sacerdotaux de Johann Chapoutot et de Patrick Boucheron, en convoquant les spectres du passé dans une grande peur panique rétrospective, avant d’entonner comme les oies du Capitole gauchiste – singulièrement à Sciences Po ou à Louis-le-Grand – « Siamo tutti antifascisti » pour sonner l’alarme devant l’imminence du péril fasciste.

    Ce péril présente l’avantage de justifier la reconduction perpétuelle de l’antifascisme, né précisément dans ces années 1930, à l’initiative des agents du Komintern. Staline a beau les avoir fait tuer les uns après les autres, l’antifascisme a survécu à la mort de ses promoteurs, comme il a survécu à la mort du fascisme historique. Pour cela, rien de tel que sa réinitialisation périodique, comme un vieux programme informatique, depuis longtemps obsolète, mais toujours compatible avec les besoins de la cause. Ainsi fonctionne le mythe de l’éternel retour des années 1930.

    Eh bien, désolé, Messieurs ! Je ne vois à l’horizon rien qui ressemble au retour des années 30. Ce qui me frappe au contraire, ce sont les similitudes, autrement troublantes, avec les périodes de violence prérévolutionnaire. Je suis tout à la fois fasciné et inquiet par la façon dont la gauche contemporaine en vient à excuser, à légitimer, voire à célébrer l’assassinat politique. Il suffit de voir comment la mort de Charlie Kirk et de Quentin Deranque a suscité des manifestations publiques de jubilation, des vidéos de liesse, des « Bella ciao » entonnés en boucle. Au nom de l’antifascisme, il est légitime de tuer. Comme l’antifascisme relève de la démonologie politique, cela justifie par avance tous les crimes commis en son nom. Il faut exorciser la figure du mal, en ne brûlant pas seulement son effigie, mais en supprimant ceux qu’elle représente. Ainsi la condamnation morale se transforme-elle en sentence capitale.

    LFI, les « petits Blancs » et la violence

    La façon dont la Jeune Garde, la milice idéologique de l’antifascisme institutionnel, qui a le sang de Quentin et d’autres militants sur les mains, a été soutenue, elle et son député Raphaël Arnault, par Mélenchon et LFI en dit long sur le degré de consentement à la terreur idéologique à gauche. Aucune prise de distance politique, pas de désaveu, au contraire une solidarité sans faille tapageusement assumée. Là où la mort d’un jeune homme aurait pu provoquer une remise en question des méthodes des antifas, Mélenchon a choisi de maintenir haut et fort son soutien à Raphaël Arnault et à la terreur de rue rebaptisée « autodéfense populaire ».

    Mélenchon ne fait pas seulement campagne pour l’Élysée, où il est donné battu, il joue une autre partie, plus décisive, dans la rue, avec en arrière-plan l’hypothèse d’un troisième tour qui ne serait plus social, mais sociétal, plus politique, mais ethnique, et qui solderait définitivement les résultats de la présidentielle. Dans cette lecture, le tribun se double d’un chef émeutier plébiscité par la jeunesse : quatre jeunes sur dix (18-24 ans) déclarent vouloir voter Mélenchon. Nul doute que les 16-18 ans seraient encore plus nombreux à le faire. Une jeunesse dont les mobilisations ne se résument plus seulement aux slogans et aux banderoles, mais qui peuvent prendre des allures d’émeute miniature : tentatives d’incendie, dégradations, agressions contre des enseignants. La manif lycéenne, jadis répétition générale des mobilisations syndicales, emprunte de plus en plus souvent ses méthodes au répertoire des violences urbaines, propres à l’extrême gauche et aux banlieues.

    Initialement ethnique, le mouvement lycéen s’est peu à peu désethnicisé ou plutôt surethnicisé par mimétisme, à mesure que des lycées bourgeois de centre-ville, majoritairement blancs, ont rejoint le mouvement et se sont déclarés solidaires des établissements de banlieue (le cas du lycéen Elwan est ici emblématique), selon une logique d’imitation qui permet aux jeunes des beaux quartiers de s’approprier la violence urbaine des caïds et ainsi de ne plus être perçus comme des « petits Blancs fragiles ».

    Des frères Kouachi à Raphaël Arnault

    Ce n’est pas la première fois dans l’histoire que la violence se substitue peu à peu à la délibération et au consentement politique. Ce sont toujours les prolégomènes des grandes convulsions révolutionnaires. Alors, quitte à convoquer des fantômes, autant regarder du côté de Robespierre, de Lénine et de Mao. Les points de comparaison ne manquent pas, en particulier avec la fièvre insurrectionnelle qui s’est emparée de la Russie impériale des années 1890-1910, avant son effondrement.

    Depuis la Terreur de 1793-1794, l’histoire de la violence révolutionnaire semble condamnée à bégayer. Tout change, sauf la radicalisation des discours et la légitimation de la violence. Autant de précédents historiques qui mériteraient un peu plus d’attention que les sempiternelles analogies avec les années 1930, devenues le prêt-à-penser d’une historiographie qui oublie commodément que le XXe siècle fut d’abord celui des terreurs révolutionnaires.

    Au passage, je passe sur les conditions requises pour qu’une révolution advienne (un corps de doctrine, une croyance messianique, la désignation d’un ennemi commun, la crise des institutions…) On retrouve tout cela, sous des formes évidemment différentes, dans la nébuleuse révolutionnaire contemporaine : wokisme, décolonialisme, racialisme, islamisme… C’est loin de former un bloc homogène, mais ses éléments radicaux partagent un même goût pour la violence politique, des frères Kouachi à Raphaël Arnault, de Mohammed Merah à Jacques-Élie Favrot. La violence fait office de certificat de radicalité, non plus une transgression accidentelle, mais un devoir militant.

    1917-2027

    C’est ici que le parallèle avec l’Union soviétique s’impose. Il serait historiquement faux de voir dans la violence prérévolutionnaire la cause unique de 1917, tant les facteurs de l’effondrement ont été nombreux, à commencer par le cataclysme de la Grande Guerre. Mais il serait tout aussi faux de négliger le travail préalable de légitimation de la violence accompli par les organisations révolutionnaires.

    « Tu tueras », « Thou Shalt Kill » en anglais. C’est le titre du livre que l’historienne Anna Geifman a consacré au « terrorisme révolutionnaire en Russie, 1894-1917 » (Princeton University Press, 1993). Tout est dans ce renversement du commandement biblique, œuvre des révolutionnaires de tous les pays : du « Tu ne tueras point » au « Tu tueras ». Ainsi la transgression de la plus sacrée des lois morales fait-elle du meurtre politique une obligation supérieure pour les révolutionnaires.

    Si le précédent russo-soviétique est aussi éclairant, c’est d’abord par l’ampleur, aujourd’hui largement oubliée, de la violence terroriste qui précéda la révolution d’Octobre. On estime à 17 000 personnes le nombre de victimes (morts et blessés) de la violence terroriste en Russie de 1894 jusqu’à 1917 ! 17 000, vous avez bien lu. On a des chiffres plus précis pour les années 1906 et 1907, après la révolution avortée de 1905. En 1907, 1 231 fonctionnaires tués et 1 284 fonctionnaires blessés.

    Entre 1908 et 1910, les autorités ont enregistré 19 957 attentats terroristes et vols révolutionnaires.

    Autrement dit : avant de conquérir le pouvoir, la révolution avait entrepris de conquérir les esprits à la violence.

    Presque toutes les organisations révolutionnaires sont gagnées par cette fièvre de violence, au premier rang desquelles les socialistes-révolutionnaires (SR), mais aussi les anarchistes et les bolcheviks.

    Phénomène dans le phénomène : cette violence n’est pas toujours très loin du banditisme. Songeons aux liens de Raphaël Arnault avec les narcos à Avignon et à ceux de Bally Bagayoko à Saint-Denis, pour ne citer qu’eux.

    La violence s’autonomise partiellement : on la cherche pour elle-même. Il y a même des compétitions informelles entre groupes autour du nombre de vols et de meurtres commis. Il suffit de s’abonner au canal Antifa Squads pour voir la même chose avec la surenchère des exactions des antifas. Une sorte de tableau d’honneur de la radicalité.

    Enfin, ces organisations révolutionnaires attirent leur contingent de très jeunes militants et de personnalités instables, classique recyclage de l’échec par la révolution [1].

    Si on doit fixer un point de départ à cette violence, il faut remonter à la tentative d’assassinat d’Alexandre II en 1866 (ce n’est pas là le propre de la Russie : rappelons l’attentat contre Napoléon III en 1858). Mais il ne faut pas se laisser aveugler par les seuls assassinats célèbres. La violence politique touche des milliers de personnes dans un cycle sans fin de violence et de répression. L’immense Dostoïevski a mis en scène tout cela avec une prescience hallucinante dans Les Démons (1871-1872), librement inspirés de la vie du révolutionnaire Serge Netchaïev. On mesure au passage la profondeur historique du phénomène révolutionnaire russe, dont le bolchevisme ne fut pas le commencement, mais l’un des aboutissements.

    Les nouveaux monstres

    Le point essentiel, c’est que la violence s’est banalisée à gauche, au point de s’inscrire dans ses mœurs politiques. L’apprentissage commence tôt, dès le lycée, où, au fil des années et des générations, les manifs lycéennes se sont transformées en émeutes, à l’image des grandes mobilisations de gauche dont les black blocs sont l’une des composantes les plus spectaculaires. C’est que la gauche entretient avec la violence un rapport totalement décomplexé, contre les biens (théorisée par Andreas Malm dans Comment saboter un pipeline, 2020) et contre les personnes (les antifas). De la Jeune Garde à LFI, des Soulèvements de la terre aux black blocs, des émeutes lycéennes aux émeutes ethniques, jusqu’aux discours de responsables politiques qui, au nom de la désobéissance civile, disent qu’ils contesteront le moment venu le verdict des urnes (Marine Tondelier, Rokhaya Diallo, etc.)

    Cela n’augure rien de bon. Il ne s’agit pas d’une poussée de fièvre, mais d’un corps social porté à ébullition qui cherche un débouché politique à ses frustrations et ne semble plus entrevoir d’autre issue que le chaos et la systématisation de la violence. La célèbre formule d’Antonio Gramsci s’applique parfaitement à ce monde, sauf que les monstres ne surgissent pas du côté où Gramsci s’obstinait à les chercher : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. »

    Lien permanent Catégories : Points de vue 0 commentaire Pin it!
  • La nouvelle France...

    Le nouveau numéro de la revue Éléments (n°222, octobre - novembre 2026 ) est en kiosque!

    A côté du dossier consacré à la mort, on découvrira l'éditorial d'Alain de Benoist, les rubriques «Cartouches», «Le combat des idées» et «Panorama» , un choix d'articles variés et des entretiens avec Fabrice Epelboin, Christian Bouchet, Olivier Dard, Olivier Rey et Alain de Benoist ...

    Et on retrouvera également les chroniques de Xavier Eman, d'Olivier François, de Laurent Schang, de Nicolas Gauthier, d'Aristide Leucate, de David L'Epée, de Bruno Lafourcade, de Guillaume Travers, d'Yves Christen, de Bastien O'Danieli, d'Ego Non, de Bernard Rio et de Jean-Eudes Gannat...

    Eléments 222.jpg

    Au sommaire :

    Éditorial
    Trois remarques sur l’immigration, par Alain de Benoist

    Agenda, actualités

    L’entretien
    Fabrice Epelboin contre Big Brother 2.0 : « Vers un monde panoptique », propos recueillis par Daoud Boughezala

    Cartouches
    Mes lectures, par Alain de Benoist

    L’objet disparu : la ronéo, par Nicolas Gauthier

    Une fin du monde sans importance, par Xavier Eman

    Cinéma : quand le théâtre fait son cinéma, par Nicolas Gauthier

    Curiosa Erotica : Cléopâtre, de Cabanel à Uderzo, par David L’Épée

    Champs de bataille : tombeau pour 6 845 soldats, par Laurent Schang

    Uranie, le retour (chapitre XVIII), par Bruno Lafourcade

    Polars : dans les brumes de Peter May, par Gérard Landry

    Littérature Les choix d’Anthony Marinier

    Un homme, un éditeur : Christian Bouchet et Ars Magna, propos recueillis par Alain de Benoist

    Le droit à l’endroit : la précaution, mantra incertain du droit moderne (II), par Aristide Leucate

    Économie, par Guillaume Travers

    Sagesse de Ramuz, révolutionnaire archaïque, par Olivier François

    Bestiaire : Euclide au pays des singes, par Yves Christen

    Sciences, par Bastien O’Danieli

    Le combat des idées
    Les deux France : vies parallèles de Jérôme Fourquet et Pierre Sautarel, par François Bousquet

    Les Blancs en Seine-Saint-Denis : une minorité pas comme les autres, par Daoud Boughezala

    Vers la fin du progrès technologique ? Par Guillaume Travers

    Olivier Dard : « La définition de l’extrême droite n’est pas intemporelle », propos recueillis par Alain de Benoist

    Le bricolage, dernier refuge de l’autonomie populaire, par Anthony Marinier

    Le temps des pécores : la péronnelle est-elle l’avenir de la femme ? Par Stéphanie Milou

    Chrétiens, Kurdes et Yézidis : voyage dans le chaos post-Assad, par Xavier Maire

    Yves Christen : et si les animaux croyaient en Dieu ? Par François Bousquet

    Peut-on dégager des lois communes aux sociétés humaines ? Par Thomas Hennetier

    Tianxia et imperium : penser l’ordre du monde, par Antoine Dresse

    Philippe Sollers et Simon Leys : deux regards sur la Chine des seventies, par David L’Épée

    Mahomet sur le divan : roman des origines et origines de l’islam, par Daoud Boughezala

    Le banquier, le cheval et la légende : quand les mythes gouvernent le monde, par Trystan Mordrel

    Pierre Michon, le Grand Sacrificateur, par Claude Chollet

    La trilogie politique d’Henri Verneuil : la recherche du pouvoir perdu, par François-Xavier Consoli

    Dossier
    La mort n’est plus ce qu’elle était

    Mort : dialogue à tombeau ouvert entre Alain de Benoist et Olivier Rey, propos recueillis par Nicolas Gauthier

    La mort vue par Alain de Benoist et Pierre Vial, par Nicolas Gauthier

    La mort volontaire : entre affirmation de soi et fuite narcissique, par Xavier Eman

    Du baby-boom au papy-krach, par François de Voyer

    La mort à la carte ? Du glas funèbre au QR code, par Anne-Laure Blanc

    La confession du père Chauvin, curé des stars, propos recueillis par Nicolas Gauthier

    Panorama
    La leçon de philo politique : Schelling ou le fond obscur de la liberté, par Ego Non

    L’almanach des fêtes et traditions populaires : la Toussaint celtique, par Bernard Rio

    Chronique d’Anjou : en finir avec le mirage électoral, par Jean-Eudes Gannat

    Éphémérides

     

     

    Lien permanent Catégories : Revues et journaux 0 commentaire Pin it!
  • Crépol : un meurtre qui illustre la prégnance du racisme anti-blanc chez les jeunes...

    Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par François Bousquet au Figaro Vox à l'occasion du dernier rebondissement judiciaire dans l'affaire du meurtre du jeune Thomas à Crépol...

    Directeur de la revue Éléments, François Bousquet vient de publier  « Sale blanc» - Le racisme qu'on ne veut pas voir (La Nouvelle Librairie, 2026), qui prolonge son enquête intitulée Le racisme antiblanc (La Nouvelle Librairie, 2025).

    JDD_Crépol.jpg

    François Bousquet : « Le meurtre de Thomas à Crépol illustre la prégnance du racisme anti-blanc chez les jeunes »

    LE FIGARO. - Les juges d’instruction ont décidé de retenir la circonstance aggravante de « racisme » dans l’affaire du meurtre de Thomas à Crépol. Est-ce suffisant pour dire qu’il existe un racisme anti-blanc en France ? Quelle est d’après vous l’ampleur de ce phénomène ?

    François BOUSQUET. - Je m’appuie sur des éléments tangibles. Les principaux appareils statistiques français, tels que l’INSEE et l’Ined, ne cherchent pas le racisme anti-blanc. Ne le cherchant pas, ils ne le trouvent pas. Un sondage CSA commandé pour CNews, Europe 1 et le JDD montre que 67 % des Français pensent que le racisme anti-blanc existe. Chez les 18-24 ans, cette proportion est de 82 %. Cela montre que le meurtre de Thomas à Crépol et le travail d’enquête que j’ai réalisé de mon côté sur le sujet du racisme anti-blanc touchent à un phénomène qui existe réellement. Cette forme de racisme vise d’abord les univers adolescents et post-adolescents. Dans le sondage sur le racisme qu’elle a commandé à l’IFOP il y a deux mois, la LICRA n’a pas exclu le phénomène du racisme anti-Blanc. Rendons-lui grâce. Il ressort de ce sondage, réalisé sur un échantillon de 14 000 personnes, que 39 % de Français perçus comme blancs – ce sont les définitions à la fois de l’Arcom et des organismes de statistique – disent avoir été victimes de racisme. En faisant une règle de trois, on constate qu’environ 20 millions de Français ont pu être victimes de racisme. Cela recoupe mon travail d’enquête et montre que le racisme anti-blanc est latent. 

    Sur les réseaux sociaux, les forums de discussion tels que Reddit, jeuxvideo.com, qui étaient très consultés par la génération qui aujourd’hui a 25 ans, s’illustrent par la surabondance de témoignages de racisme anti-blanc. Comme le racisme anti-blanc est le seul racisme qui n’est pas explicitement condamné, en tout cas par tout ou partie des hommes politiques et des principaux médias, il a tendance à se banaliser. Ce faisant, puisqu’il est invisibilisé par l’institution universitaire et souvent par la magistrature, il prospère.

    Pourquoi est-ce selon vous si peu aisé de parler de ce sujet ? Ne pensez-vous pas que les choses ont évolué ?

    J’ai pris l’habitude de m’appuyer sur ce que j’appelle la loi des 3 D. Le premier correspond au déni. Le réel n’est pas recevable, le racisme anti-blanc ne peut pas exister au regard de la théorie du racisme systémique. Le deuxième D, c’est le délit. Si jamais vous dites que le racisme anti-blanc existe, vous êtes judiciarisable. C’est l’état d’esprit des personnes que j’ai interrogées dans mon livre et qui ont été victimes de racisme anti-blanc : elles n’osent pas et ont du mal à mettre des mots sur leurs agresseurs car elles sont tétanisées à l’idée d’une inversion accusatoire et qu’à leur tour, elles se voient accusées d’appartenir à l’extrême droite ou bien d’être elles-mêmes racistes. Le troisième terme, c’est le D comme délire. C’est-à-dire qu’on a créé un réel alternatif. Crépol est emblématique de ce point de vue. On a créé un réel alternatif avec une post-vérité qui a été propagée par le cas le plus éloquent, c’est Patrick Cohen à « C à vous » ou « C politique » qui, 10 jours après l’affaire, a dit qu’en aucun cas il ne pouvait y avoir de crime raciste à Crépol, que c’était une rixe entre deux bandes rivales.

    Certes, des études du ministère du Travail montrent qu’à peu près 30 % des populations dites « racisées » ont du mal à effectuer une location ou à trouver un travail en raison de leurs origines. Il est toutefois surprenant que très peu d’études portent sur les personnes qui se trouvent dans une situation similaire parce qu’elles vivent dans la France périphérique. Ces individus sont sujets aux mêmes discriminations, notamment à l’embauche. En Allemagne, un outil nommé Kevinomètre a été créé. Il mesure la distance qui sépare les Kevin du pouvoir. Elle est considérable. Elle existe aussi en France. Il devrait davantage intéresser les élites.

    Vous avez publié «Sale Blanc» en avril. Dans cet ouvrage, vous vous référez à une centaine de témoignages pour dénoncer le racisme anti-blanc. Sur quelle méthodologie vous êtes-vous fondé pour trouver les témoignages que vous utilisez ? 

    Je ne suis pas sociologue. Je ne m’appuie pas sur un discours de la méthode, ce que font tous les sociologues en sciences humaines, pour arriver à un résultat paradoxal : le racisme anti-blanc n’existe pas, alors qu’un sondage comme celui commandé par la Licra à l’Ifop montre que la réalité est différente.

    Pour ma part, je suis un journaliste. Je fais un travail d’investigation et d’enquête. Je ne trie pas les témoins, je pars à leur recherche. Il est vraiment difficile d’en trouver. Les Français blancs ont tellement intériorisé que cette forme de racisme n’existait pas qu’ils n’arrivent même pas à la verbaliser alors qu’ils en ont été victimes. Pour trouver des individus souhaitant parler du racisme auquel ils ont été exposés, je lance par l’entremise d’influenceurs, de youtubeurs, de journalistes, des appels à témoins tous azimuts. Pour écrire ce livre, j’ai pu compter sur le témoignage d’une centaine de personnes. J’essaye d’avoir une proportion appropriée d’hommes et de femmes, de jeunes et de vieux, de provinciaux et de métropolitains.

    Évidemment, on pourra toujours critiquer ma manière de faire. J’essaye de dresser un tableau exhaustif à partir de témoignages. C’est un travail de terrain. Même si je fais en sorte de contextualiser les témoignages que je recueille, je reste avant tout un enquêteur pourvu d’une carte de presse.

    En vous fondant principalement sur des témoignages pour attester d’un racisme anti-blanc, ne craignez-vous pas que l’on vous reproche de faire de la victimisation ?

    J’entends bien cet argument. Il a pu m’être adressé, mais il revient à nier la souffrance de la victime. En mettant sur la table la question du racisme anti-blanc, je ne cherche pas à entrer dans une compétition victimaire.

    Cette objection n’est pas adressée à des victimes de racisme courant, c’est-à-dire anti-noir, anti-arabe ou anti-juif. Je me dois tout de même de préciser que la catégorie Blanc n’est pas explicitement raciale. Pour moi, elle regroupe tous les individus perçus comme Blancs, peu importe que ce soient des chrétiens, des Juifs, des agnostiques ou même des Asiatiques. Les Américains ont en effet théorisé ce qu’ils appellent un coefficient d’adjuvance des Asiatiques, dans la mesure où ils peuvent être perçus comme blancs parce qu’ils sont porteurs des mêmes modèles de réussite scolaire, professionnelle et sociale.

    Par ailleurs, en montrant la réalité du racisme anti-blanc, je mets en évidence le fait que tous n’ont pas les outils pour y répondre de la même manière. Nous, adultes, avons des moyens de défense, contrairement aux 12, 13, 14 ans. En effet, c’est souvent en 6e, 5e, 4e que se déploient les mécanismes de racisme anti-blanc. Les jeunes enfants n’ont pas les outils philosophiques, conceptuels, psychologiques, identitaires pour se défendre des formes de racisme qu’ils subissent. D’autant plus que ce racisme-là, en général, n’est pas reconnu par l’institution scolaire. Donc pour certains d’entre eux, c’est un vrai traumatisme. Comment quelqu’un qui se fait traiter de «sale Blanc» en se faisant agresser à 12, 13 ans, pourrait-il s’en sortir indemne ?

    François Bousquet, propos recueillis par Antoine Lévêque (Figaro Vox, 24 juillet 2026)

     

    Lien permanent Catégories : Entretiens 0 commentaire Pin it!
  • Où sont les hommes ?...

    Le nouveau numéro de la revue Éléments (n°221, août - septembre 2026 ) est en kiosque!

    A côté du dossier consacré à la crise de la masculinité, on découvrira l'éditorial d'Alain de Benoist, les rubriques «Cartouches», «Le combat des idées» et «Panorama» , un choix d'articles variés et des entretiens avec Leonardo Orlando et Louis Rouvier ...

    Et on retrouvera également les chroniques de Xavier Eman, d'Olivier François, de Laurent Schang, de Nicolas Gauthier, d'Aristide Leucate, de David L'Epée, de Bruno Lafourcade, de Guillaume Travers, d'Yves Christen, de Bastien O'Danieli, d'Ego Non, de Bernard Rio et de Jean-Eudes Gannat...

    Eléments 221.jpg

    Au sommaire de ce numéro :

    Éditorial
    Le libéralisme autoritaire. Par Alain de Benoist

    Agenda, actualités

    L’entretien
    Leonardo Orlando contre le « terreplatisme de la théorie du genre ». Propos recueillis par David L’Épée

    Cartouches
    Mes lectures. Par Alain de Benoist

    L’objet disparu : Tang, le jus d’orange en poudre. Par Nicolas Gauthier

    Une fin du monde sans importance. Par Xavier Eman

    Cinéma : dans la tête d’Eloy de la Iglesia. Par Nicolas Gauthier

    Curiosa Erotica : la chair et la sève, amours végétales de la Reine de mai. Par David L’Épée

    Champs de bataille : la montagne des Tartares. Par Laurent Schang

    Uranie, le retour (chapitre XVII). Par Bruno Lafourcade

    Littérature. Les choix d’Anthony Marinier

    Un homme, une revue : Louis Rouvier et les éditions L&R. Propos recueillis par Olivier François

    Le droit à l’endroit : la prudence, grande oubliée du droit moderne (I). Par Aristide Leucate

    Économie. Par Guillaume Travers

    Ludovic Massé, réfractaire enraciné. Par Olivier François

    Bestiaire : regarder penser les vaches. Par Yves Christen

    Sciences. Par Bastien O’Danieli

    Le combat des idées
    Quand les émeutes anti-immigration rallument Belfast. Par Yann Vallerie

    ASE : comment les réseaux recrutent les filles les plus vulnérables. Par Laurent Vergniaud

    « L’empathie suicidaire » : concept génial, livre raté. Par Julia Schiwal

    La clim’ est-elle vraiment de droite ? Par François de Voyer

    Peuple du vélo : la revanche des départementales sur les pistes cyclables. Par Anthony Marinier

    Bûchers de la modernité : sorcières d’hier, sorcières d’aujourd’hui. Par Guillaume Travers

    Mona Chollet, sorcière malgré elle. Par François Bousquet

    Qui étaient les vraies Amazones ? Par Gabriel Piniés

    Cholet, une fatigue française. Par Daoud Boughezala

    Tchernobyl, les passeurs de feu : tous ne mourraient pas. Par Christophe A. Maxime

    Révolution conservatrice : le chef-d’œuvre d’Armin Mohler enfin réédité. Par Antoine Dresse

    Révolution conservatrice : quand la droite osait penser l’avenir. Par Dušan Dostanić

    L’âme islandaise selon Arnaldur Indridason. Par Gérard Landry

    Lewis, Pound, Gaudier-Brzeska… dans le vortex des arts anglais. Par Gabrielle Fouquet

    La leçon de Michel Clouscard sur le capitalisme festif. Par Thomas Hennetier

    Dossier
    Où sont les hommes ?
    Faux durs : les six raisons de ne pas devenir masculiniste. Par David L’Épée

    Achille & Cie : les « super-soldats » rêvent-ils de héros antiques ? Par Laurent Schang

    Le mâle, un animal méchant : vers l’androgynie bienheureuse ? Par Xavier Eman

    Ces hommes qui détestent les hommes. Par David L’Épée

    Quand les héros du cinéma avaient les mains sales. Par Thomas Gerber

    Panorama
    La leçon de philo politique : dans la tête d’Ivan Ilyine. Par Ego Non

    L’almanach des fêtes et traditions populaires : Saint Michel avant saint Michel. Par Bernard Rio

    Chronique d’Anjou : face à l’ensauvagement, résoudre la crise de la virilité. Par Jean-Eudes Gannat

    Éphémérides

    Lien permanent Catégories : Revues et journaux 0 commentaire Pin it!
  • Pourquoi la Nouvelle Droite avait-elle raison avant tout le monde ?...

    Pour cette nouvelle édition de "Cette année-là",  sur TV Libertés, François Bousquet, directeur de la rédaction d'Éléments, avec Daoud Boughezala, Anthony Marinier et Rodolphe Cart, remonte le temps jusqu’à l’année 1980 et à un numéro d’Éléments devenue emblématique, consacré au "droit à la différence", matrice intellectuelle de la Nouvelle Droite. Quarante-cinq ans plus tard, l’émission revient sur cette intuition fondatrice : comment préserver la continuité historique des peuples dans un monde qui tend à dissoudre les frontières, les appartenances et les mémoires ? Telle est la question que posait Éléments en 1980 et qui est plus que jamais d’actualité.

     

                                                   

    Lien permanent Catégories : Débats, Multimédia 0 commentaire Pin it!
  • Grooming gangs : le rapport accablant qui dévoile l'ampleur d'un crime d'Etat...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un entretien donné par François Bousquet, rédacteur en chef de la revue Éléments, à Ligne droite, sur Radio Courtoisie, dans lequel il revient sur le rapport explosif de 220 pages publié par le parlementaire britannique Rupert Low. 250 000 jeunes filles blanches auraient été violées par des grooming gangs, principalement pakistanais, sur fond de silence complice des autorités britanniques. Un chiffre vertigineux, des témoignages insoutenables et un mode opératoire systématique qui s’est répété pendant plus de 20 ans dans de nombreuses villes anglaises.

     

                                              

    Lien permanent Catégories : Entretiens, Multimédia 0 commentaire Pin it!