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30/10/2015

Le décalage entre le discours officiel et la réalité n’a jamais été si grand...

Nous reproduisons ci-dessous entretien avec Alain de Benoist, cueilli sur Boulevard Voltaire et consacré au politiquement correct...

 

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« Le "politiquement correct" est l’héritier direct de l’Inquisition »

Zemmour, Onfray, Finkielkraut, Debray et les autres… La gauche n’en finit plus de dénoncer le retour des « néo-réactionnaires ». Laurent Joffrin va jusqu’à dire qu’ils constituent la vraie « pensée unique » ! Qu’est-ce qui se passe donc dans le paysage intellectuel ?

Il se passe deux choses. La première, c’est que l’idéologie dominante a cessé de se renouveler. La gauche, en particulier, qui avait dans le passé fourni bien plus que la droite la preuve de ses capacités intellectuelles et théoriques, est devenue un disque rayé. Elle n’a plus rien à dire. Le PS avait cru pouvoir remplacer le socialisme par le projet européen. Compte tenu de ce qu’est l’Union européenne, cela n’a fait qu’accélérer son ralliement au système du marché. C’est ce que constate Gaël Brustier dans son dernier livre (À demain Gramsci) : « Soumission à l’idéologie de la crise ou rappel à l’idéologie d’hier, la gauche n’invente plus rien. » La seconde est qu’un nombre grandissant d’auteurs, d’universitaires, d’écrivains se rebellent pour des raisons diverses contre les diktats figés du « politiquement correct ».

Mais parler de « nouvelle pensée unique » est franchement ridicule. S’il est vrai que l’on constate aujourd’hui des évolutions notables et des nouveaux clivages, s’il est vrai que la banquise a visiblement commencé à se désagréger, il serait naïf de croire que l’on est passé de l’autre côté du miroir. Quelques hirondelles ne font pas le printemps, et l’idéologie dominante reste plus que jamais majoritaire chez les faiseurs d’opinion. Que je sache, aucun professeur d’université ne s’est encore fait huer par ses élèves pour s’être réclamé de l’idéologie des droits de l’homme ou de celle du progrès ! L’hégémonie d’hier est donc toujours en place. La différence, c’est que cette hégémonie apparaît de moins en moins supportable, parce que le décalage entre le discours officiel et la réalité n’a jamais été si grand.

Les partisans du « politiquement correct » n’auraient-ils pas mieux à faire que d’organiser des chasses aux sorcières ?

Le « politiquement correct » est l’héritier direct de l’Inquisition, qui entendait lutter contre l’hérésie en dépistant les pensées mauvaises. L’idéologie dominante est elle aussi une orthodoxie, qui regarde comme hérétiques toutes les pensées dissidentes. Comme elle n’a plus les moyens de réfuter ces pensées qui la gênent, elle cherche à les délégitimer – non comme fausses, mais comme mauvaises. C’est pourquoi « le champ de ce qui ne fait plus débat ne cesse de s’étendre », comme le disait Philippe Muray. L’insipide bavardage sur les « valeurs » (« valeurs républicaines » contre « valeurs traditionnelles ») a remplacé le débat sur de vraies convictions.

La méthode la plus commune consiste à reconduire tout discours s’écartant de la doxa médiatique à du déjà-vu-déjà-disqualifié (le colonialisme et le racisme, les « années trente », les « heures les plus sombres », etc.). La « réduction au pire » (Pierre-André Taguieff) permet ensuite de justifier l’exclusion. Tel est explicitement le programme de deux petits inquisiteurs parmi d’autres, Geoffroy de Lagasnerie et Edouard Louis : « Refuser de constituer certains idéologues comme des interlocuteurs, certains thèmes comme discutables, certains thèmes comme pertinents » (sic). Dialoguer avec l’« ennemi », ce serait en effet lui reconnaître un statut d’existence. Ce serait s’exposer soi-même à une souillure, à une contamination. On ne dialogue pas avec le Diable. Il faut donc diaboliser.

Une autre méthode, d’une simplicité biblique, est d’affirmer que les propos dissidents « font le jeu du Front national ». Là encore, que les propos en question soient justes ou non n’a strictement aucune importance. Ce qui compte, c’est la façon dont on suppose qu’ils pourraient être instrumentalisés contre l’empire du Bien. Cela ne trompe évidemment plus personne, car chacun sait bien que la seule chose qui fait le « jeu du Front national », ce sont les agissements de ceux qui sont au pouvoir (pour ne rien dire du fossé qui s’est ouvert entre la gauche et le peuple), mais qu’importe ! Le procédé est pratique, il est devenu rituel. On en use donc sans modération. Comme si le FN était devenu le premier parti de France grâce à Zemmour ou à Michel Onfray !

Toute cette évolution traduit-elle vraiment une « droitisation » de la pensée ?

C’est ce qu’affirme une certaine gauche et ce dont se réjouit naïvement une certaine droite. Elles se trompent l’une et l’autre. Prenons l’exemple de l’immigration. Pour la vulgate officielle, si l’on critique l’immigration, c’est qu’on est de droite. Que cette critique se répande comme elle le fait aujourd’hui devient dès lors la preuve d’une « droitisation ». Mais la prémisse est fausse, car on peut très bien critiquer l’immigration sans pour autant être « de droite ». Ce qu’il faudrait dire, en réalité, c’est que la critique de l’immigration touche maintenant les milieux politiques les plus différents, ce qui n’est évidemment pas la même chose.

Il faut aussi rappeler que, contrairement à ce que s’imaginent ceux qui ne les ont pas lus, ceux qu’on désigne sous l’étiquette absurde de « nouveaux réactionnaires » sont bien loin de représenter un bloc homogène. Éric Zemmour est un bonapartiste antilibéral qui cherche à parler au nom du peuple. Alain Finkielkraut est un conservateur juif, nourri de la pensée de Hannah Arendt et de Milan Kundera, qui se désespère de la « désintégration française ». Michel Onfray est un proudhonien qui reproche à la gauche de ne plus être de gauche. Jean-Claude Michéa est un disciple de George Orwell qui reproche au progressisme sociétal d’avoir trahi le socialisme. Régis Debray est un républicain nostalgique du gaullisme et théoricien de la vidéosphère. Pierre Manent, Marcel Gauchet, Jacques Julliard, Élisabeth Lévy, Natacha Polony, etc., campent encore sur d’autres positions. Leur seul point commun est d’être aujourd’hui traités en suspects. Quand ce n’est pas en proscrits.

Alain de Benoist, propos recueillis par Nicolas Gauthier (Boulevard Voltaire, 15 octobre 2015)

13/10/2015

Au secours : les intellectuels reviennent... par la droite !

Vous pouvez découvrir ci-dessous un point de vue de François-Bernard Huyghe, cueilli sur son blog, Huyghe.fr, et consacré à l'assaut des intellectuels dits "réacs" contre la doxa politico-médiatique et son refus du réel...

 

Intellos réacs.jpg

Réac attaque

Les intellectuels reviennent et par la droite. Ou plus exactement, pendant que la gendarmerie de la pensée (Libé, télé & co.) s'épuise à constater les dérapages et franchissements de ligne rouge, quiconque a le malheur de commettre un livre d'un peu de portée se voit aussitôt soupçonné de faire partie du complot réac. Comme si penser c'était désormais regretter. Dès 2002, la première alarme fut tirée par le livre de Lindenberg "Le rappel à l'ordre" : il s'inquiétait du succès d'une intelligentsia odieuse à ses yeux - Gauchet, Finkielkraut, Besançon, Houelbecq, Ferry, Muray, Lévy, Taguieff, Nora et d'autres. Il étaient coupables de nostalgie identitaire, de déclinisme. Ils présentaient les symptôme contagieux des phobies qui nous ont fait tant de mal - refus de l'évolution des mœurs, des droits de l'homme, du métissage, etc..

Treize ans plus tard, il suffit d'ouvrir n'importe quel hebdomadaire pour voir combien font débat chaque nouveau livre ou nouvelle déclaration des inévitables Debray, Onfray, Houelbecq, Finkielkraut, Michéa, Zemmour, sans oublier Renaud Camus, Elisabeth Lévy, Richard Millet, Olivier Todd, Christophe Guilluy, etc. ( gens dont nous convenons volontiers qu'ils ne pensent pas la même chose). Ils risquent le tribunal, du type ONPC où l'on commence par vous dire que vous êtes partout, que vous dominez le débat et que vous ne cessez de vous exprimer avant de vous reprocher la moindre ligne et de vous intimer de vous repentir. Et si possible de vous taire. Ou alors pour votre salut et repentance, vous devriez faire quelque opuscule propre à édifier les masses, tenir des propos antiracistes et pro-européens, exalter la mondialisation et la modernité, chanter l'Autre et le changement. Nous expliquer en somme que le monde tel qu'il est est le moins mauvais possible, employer votre énergie à une cause enfin courageuse et anticonformiste comme lutter contre le réchauffement climatique, Poutine, le Front National, la France crispée et le populisme, devenir de vrais rebelles, quoi !
Pour ne prendre qu'un exemple, au cours des deux dernières semaines Onfray, Debray, Finkielkraut ont chacun fait la couverture d'un des principaux hebdomadaires. Ce sont de longs dossiers qui aideront le lecteur cadre à décider s'il doit croquer dans la pomme : d'un côté ces gens là disent des choses que l'on comprend. Leurs fulminations contre la bien-pensance ont un côté Bad Boys bien séduisant. De l'autre, il ne faudrait quand même pas faire le jeu de l'innommable et la blonde est en embuscade... On a moins hésité avant de goûter son premier joint.
À chaque époque l'évolution des idées dominantes, montée et le déclin des représentations hégémoniques - se développe dans un rapport complexe. Il se joue entre la situation des producteurs d'idées, leurs organisations collectives, la forme des moyens de transmission, les groupes d'influence ou les détenteurs d'autorité, la doxa populaire et -il faut quand même le rappeler- la situation objective. Nous n'avons pas la place d'en traiter ici, mais il nous semble qu'il y a au moins deux phénomènes majeurs sur lesquels nous reviendrons :
L'alliance qui s'esquisse entre la haute intelligentsia (producteur de thèses et idées générales) et le peuple ou du moins les tendances de l'opinion populaire. Elle se constitue autour d'un accord pour nommer un réel que refusent les politiquement corrects (basse intelligentsia, commentateurs médiatiques, classes urbaines assez matériellement protégées pour être soucieuses des "valeurs"). En clair, le conflit oppose ceux qui osent et ceux qui refusent d'aborder les sujets tabous - identité, effondrement de l'éducation, danger islamiste, existence d'ennemis, souveraineté, nation, peuple, culture et mœurs, continuité historique - autrement que comme des fantasmes répugnants nés des "peurs". Ceux qui s'inquiètent d'une permanence du tragique contre les partisans de ce qu'il faut bien nommer l'orde établi. Selon eux, ses principes seraient excellents, le triomphe historique inéluctable et il conviendrait seulement de corriger les excès et dérives avec un peu plus du même : plus de libéralisme, de gestion, de tolérance et d'ouverture, de gouvernance, d'Europe, de technologie et de vivre ensemble. À certains égards, cette bataille se fait à flancs renversés. Les positions entre pessimistes critiques s'attaquant aux élites et aux dominations idéologiques d'une part et, d'autre part universalistes moraux et bons gestionnaires ont été comme échangées entre "réacs" et "progressistes".
Le retrait des seconds sur des positions purement défensives voire répressives (on n'a pas le droit de dire que..., on sait où cela nous mène). Une hégémonie idéologique peut-elle survivre en n'expliquant rien, en ne promettant rien, mais en se contentant de dire que ses ennemis sont méchants ? La criminalisation de la critique et le recours au tabou nous semblent plutôt être les armes du suicide idéologique. C'est, en tout, cas une question sur laquelle nous reviendrons ici.

François-Bernard Huyghe (Huyghe.fr, 8 octobre 2015)

09/07/2010

Lorsque le vitriol remplace l'encre !

Frédéric Saenen, fondateur de la revue  de réflexion politique Jibrile, collaborateur régulier du Magazine des livres et polémiste de talent, vient de publier un Dictionnaire du pamphlet aux éditions Infolio. De Georges Bernanos à Lucien Rebatet, en passant par Louis-Ferdinand Céline, Régis Debray, Michel-Georges Micberth, Philippe Muray, Marc-Edouard Nabe et bien d'autres, de bonnes idées de lectures pour pouvoir rester en colère jusqu'a son dernier souffle !

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"Le pamphlet s'est imposé comme genre littéraire en France à l'issue de la période révolutionnaire. Son essor est parallèle à celui de la presse d'opinion, qui fleurira surtout sous la IIIe République.

Voué à tomber dans l'oubli parce qu'étroitement lié à un contexte historique précis, le pamphlet est souvent méconsidéré à cause de la violence verbale que déploie son auteur pour affirmer ses convictions. Et pourtant… La littérature française ne serait sans doute pas ce qu'elle est si Victor Hugo, Émile Zola, Georges Bernanos ou les surréalistes n'avaient eu le courage – ou l'outrance – de fulminer contre leur époque, et de s'affirmer détenteurs d'une Vérité, même partielle. Même partiale.

Article de journal, brochure de quelques feuillets ou pavé de deux mille pages, le pamphlet vaut autant par sa force de dénonciation que par ses qualités rhétoriques et stylistiques. Il peut atteindre au sublime comme au sordide, mêler « la boue et l'or » comme on le disait à propos de l'oeuvre de Henri Rochefort.

Le « Dictionnaire du pamphlet », précédé d'une introduction, permet de découvrir une galaxie d'auteurs, pamphlétaires par vocation ou occasionnels, dont les oeuvres, quel que soit le jugement que l'on puisse porter sur leur valeur ou leur pertinence, jalonnent l'étendue d'un continent tout de papier et d'encre : celui de la Colère."