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  • Marco Rubio, l’Acropole et les héritiers de l’Europe...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Balbino Katz, cueilli sur Breizh-Info et consacré au discours du Secrétaire d'Etat amaéricain, Marco Rubio, prononcé devant l'Acropole et consacré à l'Europe...

    [Un lien vers la traduction officielle de ce discours en français : https://www.state.gov/translations/french/discours-du-secretaire-detat-rubio-a-athenes/]

    Acropole_avec et sans Rubio.jpg

    Marco Rubio, l’Acropole et les héritiers de l’Europe

    La terrasse du café de Barjols est fort agréable en cette saison. Le soleil provençal a perdu de son insolence estivale et dispense cette lumière dorée qui donne aux façades anciennes la patine des choses heureuses. Devant moi, un verre de rosé du pays, frais à souhait, laisse perler quelques gouttes sur la table. Je songe qu’il est des lieux où l’on comprend pourquoi les hommes ont inventé la civilisation. On y trouve encore les plaisirs simples, les conversations sans hâte, le goût du vin, la beauté des pierres et cette manière méditerranéenne de prendre son temps qui constitue peut-être l’une des dernières résistances à l’agitation universelle.

    Sur ma tablette, pourtant, le spectacle est moins réjouissant. Depuis plusieurs jours, les images des manifestations lycéennes et étudiantes françaises défilent sur les écrans. Barricades improvisées, incendies, affrontements avec les forces de l’ordre, slogans imbéciles, jeunesse travaillée par les agitateurs professionnels de l’extrême gauche. Il y a quelque chose de désolant à voir tant d’énergie juvénile dépensée dans cette agitation stérile. Le plus navrant n’est pas la violence elle-même, vieille compagne des passions politiques françaises, mais l’indigence intellectuelle de ceux qui s’y abandonnent. On leur a enseigné à s’indigner de tout, rarement à admirer quelque chose.

    Une scène récente, filmée dans l’église Saint-Hilaire de Soullans, en Vendée, donne à cette déchéance un tour particulièrement sordide. Des adolescents blancs y ont chanté et dansé sur un morceau de rap célébrant Mohamed Merah et faisant référence à Salah Abdeslam. Une enquête pour apologie du terrorisme a été ouverte. Il ne s’agissait pas de jeunes islamistes accomplissant quelque rite de leur religion, mais, semble-t-il, de ces adolescents bio-européens parfaitement intégrés à la culture de masse contemporaine. Voilà donc des jeunes gens issus du vieux pays qui empruntent leur imaginaire héroïque aux assassins islamistes et choisissent une église pour exhiber leur sottise. On aurait tort d’y voir seulement une gaminerie de mauvais goût. Il faut une singulière vacuité intérieure pour trouver matière à divertissement dans la glorification d’hommes qui ont assassiné des enfants et des innocents.

    C’est dans cet état d’esprit que j’ouvre le discours prononcé, le 7 octobre, par Marco Rubio devant l’Acropole d’Athènes. Le secrétaire d’État américain y présente une défense de la civilisation occidentale. La coïncidence a quelque chose de saisissant. D’un côté, une jeunesse européenne dont une fraction ne paraît plus connaître de son héritage que ce qu’il convient de conspuer ; de l’autre, un homme d’État nord-américain qui, devant les colonnes du Parthénon, parle de grandeur, de courage, de beauté, d’honneur et de fidélité aux ancêtres. Les jeunes Vendéens célébraient Mohamed Merah ; Marco Rubio invoquait Achille, Socrate et les trois cents Spartiates des Thermopyles. On chercherait difficilement contraste plus édifiant.

    Il y a, dans ce discours, beaucoup plus qu’une profession de foi conservatrice. Rubio ne se contente pas des habituelles invocations à la démocratie, aux droits de l’homme et aux institutions libérales. Il remonte aux sources de notre civilisation et s’interroge sur ce qui distingue l’homme européen, sur les qualités qui ont permis à nos ancêtres de créer une culture dont les réalisations continuent, après vingt-cinq siècles, de commander l’admiration. Il appelle l’Europe à sortir de son long sommeil, à retrouver la flamme qui l’animait jadis. À l’écouter, je songe à cette jeunesse française à laquelle on a appris à mépriser son passé, à détester ses frontières et à confondre toute autorité avec une oppression. Rubio ne la désigne pas nommément, bien entendu. Son propos est d’une autre ampleur. Il n’en constitue pas moins, par contraste, une sévère condamnation intellectuelle de cette culture du ressentiment qui empoisonne les esprits.

    Encore faut-il observer une circonstance qui me paraît capitale : ce discours est prononcé par Marco Rubio, et non par J. D. Vance. L’un et l’autre appartiennent au même gouvernement, mais ils ne viennent pas du même monde historique. La différence mérite que l’on s’y arrête, car elle éclaire singulièrement la manière dont chacun peut concevoir l’héritage européen.

    Deux Amériques, deux rapports à l’Europe

    Marco Rubio est né en Floride, dans une famille d’origine cubaine. Il appartient donc à cette autre Amérique que les Européens, particulièrement les Français, connaissent souvent fort mal : l’Amérique hispanique. Celle-ci possède avec notre continent une relation historique profondément différente de celle qu’entretiennent les États-Unis anglo-saxons. Le monde hispano-américain est né de la conquête espagnole, laquelle ne prétendait nullement abolir la civilisation européenne pour en fonder une nouvelle. Elle entendait, au contraire, la prolonger au-delà de l’Atlantique.

    L’Espagnol qui débarquait aux Indes emportait avec lui sa langue, son droit, sa religion, ses institutions, les souvenirs de Rome, ceux de la Reconquête, les formes de la monarchie et une conception de l’honneur héritée d’une longue histoire. Le conquistador était, au sens propre, un adelantado, un homme qui marchait en avant, mais qui avançait au nom d’un monde demeuré derrière lui. Il n’avait pas vocation à faire table rase. Il entendait étendre une civilisation déjà constituée, avec ses grandeurs, ses contradictions et ses violences. Les sociétés américaines nées de cette entreprise furent naturellement transformées par leurs rencontres et leurs conflits avec les populations indigènes. Elles n’en conservèrent pas moins, pendant des siècles, le sentiment d’appartenir à un prolongement de la civilisation espagnole.

    Il en alla différemment d’une partie de la colonisation anglaise de l’Amérique septentrionale. Les puritains de Nouvelle-Angleterre, ceux du Mayflower et de Plymouth, portaient une ambition religieuse de séparation et de refondation. Ils fuyaient les persécutions, mais aussi les compromissions d’un monde ancien qu’ils entendaient dépasser. Leur Nouvelle Jérusalem devait naître sur une terre nouvelle, débarrassée des pesanteurs de la vieille Europe. Ce récit des origines a profondément marqué l’imaginaire américain, même si l’ensemble des colonies anglaises ne saurait évidemment être ramené au seul puritanisme.

    J. D. Vance appartient, par ses origines familiales, à cet univers anglo-américain, plus précisément à celui des populations d’ascendance écossaise et irlandaise installées dans les Appalaches. Il serait inexact d’en faire personnellement un puritain : son itinéraire religieux l’a conduit, en 2019, à embrasser le catholicisme. Cette conversion est précisément ce qui rend la comparaison intéressante. Vance a retrouvé Rome au terme d’un cheminement intellectuel et spirituel. Dans l’héritage familial hispanique de Rubio, Rome, l’Église et la civilisation latine occupaient déjà une place naturelle. L’un est revenu vers une tradition dont son milieu s’était historiquement éloigné ; l’autre est issu d’un monde qui n’avait jamais entièrement rompu avec elle.

    Il ne s’agit pas ici de tirer de leur généalogie une explication mécanique de leurs convictions. Les individus ne sont pas prisonniers de leurs ancêtres, et les traditions américaines sont autrement plus mêlées que ne le suggère cette opposition. Reste que la distinction possède une réelle portée historique. Rubio peut évoquer devant l’Acropole une continuité allant de la Grèce à Rome, de la chrétienté à l’Espagne, de Magellan et Colomb jusqu’à Cortés, sans éprouver le besoin de faire commencer l’histoire en 1776. Son discours se situe spontanément dans une durée beaucoup plus ancienne que celle de la République américaine.

    Rubio a ainsi quelque chose de l’adelantado espagnol plutôt que du pèlerin de Plymouth. Il parle depuis le Nouveau Monde, mais avec la conscience d’appartenir à une civilisation née dans l’Ancien. C’est peut-être ce qui rend son intervention si différente de la rhétorique américaine habituelle.

    Une civilisation n’est pas une collection de valeurs

    Le passage le plus remarquable du discours est celui où Marco Rubio abandonne le terrain des institutions pour aborder celui de l’anthropologie. Selon lui, les Grecs n’ont pas seulement légué aux Occidentaux la démocratie, la philosophie, certaines conceptions du droit et les premiers éléments du gouvernement républicain. Ils ont donné une expression particulièrement accomplie à des dispositions humaines qui allaient caractériser la civilisation européenne.

    Rubio énumère l’individualité, l’ambition, la curiosité insatiable, le goût de la découverte, de l’exploration, du risque et de la gloire. Il évoque cette impatience devant l’impossible, cette volonté de repousser les limites de la connaissance, de comprendre les lois du cosmos et de s’aventurer dans l’inconnu. La civilisation grecque n’est plus seulement l’origine de certaines institutions politiques. Elle devient la manifestation d’un caractère historique particulier.

    C’est ici que le propos rencontre de manière frappante certaines réflexions développées par la Nouvelle Droite française depuis les années 1970. Une civilisation n’est pas un catalogue de valeurs abstraites que l’on pourrait transporter indifféremment d’un continent à l’autre. Elle est le produit d’une histoire, d’une mémoire et d’une manière particulière de concevoir le monde. Ses institutions procèdent de cette réalité profonde beaucoup plus qu’elles ne la constituent.

    Rubio emploie même l’expression d’« anthropologie commune ». Il entend par là une conception partagée de l’homme et de sa place dans l’univers, une certaine idée de la vertu, du destin, de la beauté, de la vérité et du bien. Cette proposition tranche avec l’universalisme politique ordinaire, qui tend à présenter les sociétés humaines comme des constructions interchangeables, appelées à converger vers un modèle institutionnel unique.

    Je ne sais si Marco Rubio a jamais ouvert un ouvrage de Guillaume Faye ou un numéro ancien de la revue Nouvelle Ecole ou Éléments. Je ne lui ferai pas l’injure de le supposer, ni celle de l’exclure. Toujours est-il que son propos aurait trouvé d’étranges résonances dans les débats de notre jeunesse, lorsque nous nous interrogions sur les fondements de l’identité européenne, sur la diversité des civilisations et sur les conditions de leur permanence.

    Une civilisation, dans cette perspective, ne se définit pas uniquement par ce qu’elle proclame, mais par ce qu’elle est devenue au cours des siècles. Ses œuvres, ses institutions, ses traditions et ses représentations du monde forment un ensemble historique que l’on ne saurait réduire à quelques principes universels.

    Le retour de l’homme héroïque

    Rubio poursuit son raisonnement en célébrant l’idéal grec d’excellence, l’aretê. La cité antique était, rappelle-t-il, un lieu de compétition permanente, dans la philosophie comme dans les arts, dans la poésie comme dans la guerre, dans les exercices du corps comme dans ceux de l’esprit. Les hommes y recherchaient la distinction et la gloire. Ils aspiraient à surpasser les autres, à réaliser pleinement leurs capacités, à atteindre la perfection dans l’activité qu’ils avaient choisie.

    Il oppose cette morale de l’excellence à certaines tendances des sociétés contemporaines, qui privilégient la sécurité, le confort et la prévention de l’échec. Là où les anciens cherchaient à élever les meilleurs, nous serions devenus trop enclins à abaisser les exigences afin que personne ne soit laissé en arrière. Rubio retrouve ainsi une critique de l’égalitarisme que l’on croyait bannie depuis longtemps du langage politique officiel.

    Le secrétaire d’État va plus loin encore. Il invoque le thumos, cette ardeur de l’âme que les Grecs associaient au courage, à la fierté, à la colère noble et à la volonté de se distinguer. Il en fait le ressort des grandes civilisations. Lorsque cette énergie disparaît, explique-t-il, les peuples perdent successivement la volonté de combattre, celle de se dépasser, puis celle de survivre.

    Comment ne pas songer aux pages de Nietzsche consacrées à l’esprit agonistique grec ? Comment ne pas retrouver, dans cette célébration de l’homme capable de se mesurer au destin, une part de l’ancienne éthique héroïque européenne ? Rubio rappelle que l’honneur, le devoir et le sacrifice ne sont pas de simples ornements rhétoriques. Ils constituent les éléments d’une conception de l’existence dans laquelle l’individu trouve sa grandeur en servant quelque chose qui le dépasse.

    Achille choisissant une vie brève et glorieuse plutôt qu’une longue existence sans éclat, Socrate acceptant la mort plutôt que de renoncer à sa recherche de la vérité, les Spartiates demeurant à leur poste aux Thermopyles : Rubio convoque les figures de cette fidélité tragique qui traverse l’imaginaire européen.

    Naturellement, l’héroïsme n’est pas le monopole de notre civilisation. Il existe des traditions comparables ailleurs, sous des formes différentes. Ce qui importe ici, c’est la façon particulière dont les Grecs ont donné une expression philosophique, littéraire et politique à cet idéal, et la place qu’il a ensuite occupée dans la mémoire européenne.

    Je repense alors à la scène de l’église vendéenne. Il serait absurde de juger toute une génération à partir des errements d’une poignée d’adolescents. Ceux-ci n’en offrent pas moins une image saisissante de la substitution des modèles. Lorsque les héros de l’Iliade, les grandes figures de notre histoire et les exemples de courage ont disparu de l’horizon culturel, d’autres personnages viennent occuper la place laissée vacante. Les assassins contemporains peuvent alors devenir les figures d’une rébellion de pacotille. Il ne suffit plus de dénoncer cette fascination morbide ; il faudrait s’interroger sur les raisons pour lesquelles notre société transmet si mal les modèles qui permettraient de lui résister.

    La mémoire, la souveraineté et la volonté de durer

    Un autre passage mérite d’être retenu. Marco Rubio déplore que les Occidentaux aient progressivement appris à rougir de leur propre histoire. Les monuments de leurs ancêtres sont contestés, leurs réalisations suspectées, leurs enfants invités à regarder leur héritage comme une succession de fautes dont ils devraient demander pardon.

    Il ne s’agit pas de prétendre que l’histoire européenne fut exempte de crimes, de violences ou d’injustices. Aucun historien sérieux ne soutiendrait pareille sottise. Il s’agit de savoir si une civilisation peut continuer à se transmettre lorsqu’elle se représente elle-même comme une entreprise fondamentalement coupable. La connaissance du passé exige la lucidité ; elle ne commande pas le reniement.

    Rubio rejoint ici une préoccupation essentielle des identitaires européens : un peuple qui cesse d’aimer ce qu’il a reçu éprouvera bien de la peine à le transmettre. La mémoire n’est pas seulement la conservation des faits anciens. Elle est cette fidélité qui relie les générations vivantes à celles qui les ont précédées et à celles qui leur succéderont.

    Le secrétaire d’État dénonce également les abandons de souveraineté, les délocalisations industrielles, le désarmement et l’ouverture incontrôlée des frontières. Il rappelle que les nations possèdent des intérêts particuliers, que la politique internationale demeure un rapport de forces et que les institutions communes doivent protéger les peuples plutôt que se substituer à eux.

    Sur ces questions, les convergences avec une pensée identitaire européenne sont nombreuses. La réindustrialisation, la maîtrise des frontières, le réarmement, la défense des intérêts nationaux et la restauration de la capacité politique des États appartiennent à un programme que bien des Européens pourraient faire leur. Rubio reconnaît d’ailleurs expressément que les nations n’ont nul besoin de renoncer à leurs identités distinctes pour reconnaître leurs intérêts communs.

    Il reste toutefois à savoir ce que signifie exactement cette reconnaissance lorsqu’elle est formulée par le chef de la diplomatie de la première puissance occidentale.

    Ce que Marco Rubio ne dit pas

    Car ce discours, si remarquable soit-il à plusieurs égards, présente aussi de singulières lacunes.

    La première concerne les origines mêmes de la civilisation européenne. Rubio fait commencer son histoire à Athènes, comme si la Grèce classique avait surgi presque spontanément des rivages de l’Attique. Or les Grecs appartenaient eux-mêmes à une histoire beaucoup plus ancienne. Leur langue était indo-européenne, comme le latin, les langues celtiques, germaniques, slaves et bien d’autres. Leurs dieux, leurs récits héroïques et certaines de leurs institutions s’inscrivaient dans des traditions dont les racines précèdent largement l’apparition de la cité classique.

    La civilisation européenne ne commence pas tout entière avec Périclès. Elle plonge dans les profondeurs de la préhistoire, dans les migrations et les établissements des populations anciennes, dans la formation progressive de peuples apparentés par leurs langues, parfois par certaines structures mythologiques, mais aussi profondément divers par leurs parcours. L’héritage grec constitue une manifestation éclatante de cette histoire, non son commencement absolu.

    Rubio passe également sous silence la question de la continuité démographique. Il parle abondamment des ancêtres, des peuples et de la volonté de survivre, mais ne s’interroge guère sur les conditions concrètes de cette permanence. Or une civilisation ne se transmet pas seulement par les livres, les monuments et les institutions. Elle se transmet également dans les familles, les communautés, les langues maternelles, les usages quotidiens et la succession des générations.

    La dimension biologique de cette continuité existe évidemment, puisque les populations possèdent une histoire démographique et des ascendances dont les sciences contemporaines permettent d’étudier les transformations. Il serait cependant abusif d’en déduire l’existence d’une unité biologique européenne simple et homogène. L’Europe s’est constituée à travers des peuplements, des migrations et des brassages successifs. Sa parenté historique ne saurait davantage être réduite à la génétique qu’à une collection de valeurs juridiques.

    Ce qui demeure absent du discours de Rubio est une réflexion sur l’avenir démographique des peuples européens. Vieillissement, faible natalité, transformation des structures familiales, transmission des langues et des cultures : autant de sujets qui engagent la longue durée et sur lesquels son intervention demeure silencieuse. Il évoque l’immigration de masse comme une question de frontières et de sécurité, non comme l’un des éléments d’une interrogation plus vaste sur la continuité des sociétés européennes.

    Enfin, Rubio inscrit assez naturellement la civilisation antique dans une histoire qui conduit au christianisme, puis à l’Amérique. Cette généalogie possède sa cohérence, particulièrement dans la tradition catholique hispanique dont il est issu. Elle laisse cependant dans l’ombre les ruptures profondes introduites par la christianisation de l’Europe. Pour ceux qui, comme moi, attachent une importance particulière à l’héritage religieux préchrétien, Rome ne se résume pas à la Rome des papes, et la civilisation européenne ne saurait être entièrement comprise à travers la seule histoire de la chrétienté.

    Ces réserves ne diminuent pas l’intérêt du discours. Elles indiquent simplement que nous ne parlons pas exactement de la même Europe.

    L’Europe n’est pas l’Occident américain

    Reste la difficulté principale, celle dont un Européen soucieux de l’indépendance de son continent ne saurait faire abstraction.

    Marco Rubio est le secrétaire d’État des États-Unis. Il ne parle pas en philosophe désintéressé, méditant sur les ruines du Parthénon. Il parle en représentant d’une puissance qui possède ses intérêts, ses ambitions et sa propre conception de l’ordre international. Son discours sur la civilisation s’inscrit dans une stratégie politique parfaitement identifiable : restaurer la puissance américaine et consolider autour de Washington une alliance occidentale capable de faire face aux autres grandes puissances.

    C’est ici que la confusion entre l’Europe et l’Occident devient problématique. L’Europe est une réalité historique et civilisationnelle bien antérieure à l’apparition des États-Unis. L’Occident géopolitique, tel qu’il s’est constitué au XXe siècle, est un système d’alliances et d’institutions organisé autour de la puissance américaine. Les deux ensembles se recouvrent partiellement, mais ils ne sont nullement identiques.

    Rubio évoque avec satisfaction le renforcement de l’OTAN, l’augmentation des dépenses militaires européennes et la coopération transatlantique. Il présente ces évolutions comme autant de signes du réveil de l’Europe. On peut toutefois soutenir que le réarmement européen ne constitue un véritable réveil politique que s’il s’accompagne d’une capacité autonome de décision. Des armées plus puissantes ne suffisent pas à faire une puissance indépendante lorsqu’elles demeurent tributaires de choix stratégiques élaborés ailleurs.

    L’exemple du Groenland est particulièrement révélateur. Rubio se félicite de l’accord récemment conclu entre Washington, Copenhague et Nuuk, qu’il présente comme une victoire pour toutes les parties et pour la sécurité de l’Alliance atlantique. Peut-être cet accord comporte-t-il des avantages réciproques. Il reste que la volonté américaine d’étendre son influence dans l’Arctique procède d’intérêts stratégiques propres aux États-Unis, qui ne se confondent pas nécessairement avec ceux des Européens ni avec les aspirations des Groenlandais.

    Cette distinction vaut pour l’ensemble des relations transatlantiques. Nous pouvons partager avec Washington certaines préoccupations concernant les frontières, la souveraineté, l’immigration, la défense ou la transmission culturelle, sans faire nôtres toutes les ambitions de la puissance américaine. Une Europe véritablement souveraine doit pouvoir coopérer avec les États-Unis lorsqu’elle y trouve son intérêt et s’en écarter lorsque ses intérêts divergent.

    Il existe une autre contradiction, plus profonde encore. Rubio appelle les Européens à retrouver leur identité, mais il ne dit presque rien du rôle joué par l’américanisation dans la transformation de nos sociétés. Depuis trois générations, les industries culturelles américaines, leurs productions audiovisuelles, leurs modèles commerciaux, leurs plateformes numériques et leurs représentations sociales exercent sur l’Europe une influence considérable. Une partie de ce que nous déplorons aujourd’hui dans les comportements de notre jeunesse provient précisément de cette culture de masse mondialisée, dont les États-Unis ont été les principaux propagateurs.

    Le modèle du consommateur déraciné, les modes éphémères, l’individualisme publicitaire, l’uniformisation des paysages commerciaux et la substitution d’une culture spectaculaire aux traditions locales ne sont pas tombés du ciel. Ils accompagnent pour une bonne part la diffusion planétaire du modèle américain, lequel comporte évidemment d’autres aspects, parfois admirables.

    Voilà pourquoi il faut distinguer soigneusement notre intérêt pour certaines orientations de l’administration Trump d’une adhésion à son projet géopolitique. Une Europe puissance ne saurait se contenter d’être le prolongement oriental de la puissance américaine. Elle doit posséder ses intérêts, ses alliances, son industrie, ses moyens militaires et, surtout, la liberté de déterminer elle-même son destin.

    Pourquoi bouder notre plaisir ?

    Toutes ces réserves étant faites, je reviens volontiers au discours de Marco Rubio. Il serait de mauvaise grâce de ne pas reconnaître ce qu’il a de nouveau et, pour un Européen de ma génération intellectuelle, de singulièrement réjouissant.

    Pendant des décennies, les identitaires européens se sont trouvés confrontés à un discours américain presque exclusivement formulé dans le langage de l’universalisme libéral. Il était question de marchés ouverts, de démocratie exportable, de droits individuels et de progrès indéfini. Les peuples, les traditions, les ancêtres et les différences historiques entre civilisations n’y occupaient qu’une place accessoire, lorsqu’ils n’étaient pas regardés avec suspicion.

    Aujourd’hui, un secrétaire d’État américain prononce devant l’Acropole un discours dans lequel il célèbre le caractère singulier de notre civilisation, la fidélité aux ancêtres, l’excellence, le courage, le devoir, le sacrifice et la volonté de survivre. Il dénonce la honte du passé, rappelle la légitimité des intérêts nationaux et affirme que les peuples n’ont pas à dissoudre leurs identités dans une communauté mondiale indifférenciée.

    Il serait excessif de prétendre que ces idées étaient totalement absentes de la tradition politique américaine. Elles y ont toujours possédé leurs représentants, souvent minoritaires dans les institutions dominantes. Ce qui est nouveau, c’est de les entendre exposées avec une telle netteté par le chef de la diplomatie américaine, au nom d’une administration en exercice.

    Les politiques migratoires engagées par Washington fournissent un autre terrain de rapprochement. L’administration Trump a donné une importance considérable aux expulsions d’étrangers en situation irrégulière et à la maîtrise des frontières. Certains milieux européens favorables à la remigration y voient une traduction pratique de préoccupations qu’ils défendent depuis longtemps. Les situations ne sont pourtant pas identiques : l’éloignement d’étrangers dépourvus de titre de séjour ne recouvre pas toutes les acceptions politiques que le mot remigration a acquises en Europe. L’expérience américaine n’en constitue pas moins un objet d’observation dont il serait peu judicieux de détourner les yeux.

    La question demeure de savoir si cette convergence de vocabulaire annonce une transformation durable des conceptions politiques américaines ou si elle restera subordonnée aux nécessités de la stratégie de Washington. Il faudra juger sur les actes, sur les institutions et sur la durée. Les discours les plus élevés peuvent accompagner les politiques les plus prosaïques.

    Je repose ma tablette. Le soleil descend doucement sur Barjols et le rosé a pris, dans mon verre, une teinte plus ambrée. Quelques conversations montent des tables voisines. La Provence poursuit tranquillement sa journée, indifférente aux grandes constructions géopolitiques et aux querelles idéologiques qui agitent les chancelleries. C’est peut-être là, dans cette continuité modeste de la vie européenne, que se trouve une part de ce que nous souhaitons préserver.

    Je ne demande pas à Marco Rubio de devenir un identitaire européen. Il est américain, et les intérêts de son pays constituent naturellement sa première préoccupation. Je ne lui demande pas davantage de partager notre conception de l’Europe, de son ancien héritage indo-européen, de sa diversité intérieure ou de son autonomie géopolitique. Il suffit déjà qu’un homme investi de telles responsabilités comprenne que notre civilisation possède une histoire singulière, qu’elle ne peut être réduite à quelques abstractions juridiques et que sa permanence exige autre chose que la prospérité matérielle.

    Nous ne parlons pas encore tout à fait la même langue. Pourtant, pour la première fois depuis bien longtemps, certains hommes qui gouvernent à Washington emploient des mots que nous reconnaissons. Voilà qui mérite d’être entendu, sans naïveté et sans renoncer à rien de ce qui nous distingue.

    Entre Athènes et Washington, il reste un océan. Entre l’Europe et l’Amérique, il demeure deux histoires et deux destins politiques. Marco Rubio a retrouvé le chemin de l’Acropole. À nous, Européens, de retrouver celui de notre propre puissance, sans confondre l’amitié des Américains avec l’obligation de marcher sous leur bannière.

    En attendant, je lève mon verre à ce petit miracle diplomatique : entendre, depuis l’autre rive de l’Atlantique, un homme d’État parler de nos ancêtres sans rougir et de notre civilisation sans demander pardon.

    Balbino Katz, chroniqueur des vents et des marées (Breizh-Info, 10 octobre 2026)

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  • Dans la lumière d'Apollon...

    Les éditions Les Belles Lettres viennent de publier un nouvel essai de Michel De Jaeghere intitulé Dans la lumière d’Apollon - Aux origines du miracle grec.

    Journaliste, directeur du Figaro Histoire, Michel De Jaeghere a notamment publié Les derniers jours - La fin de l'empire romain d'Occident (Les Belles Lettres, 2014), Le Cabinet des antiques - Les origines de la démocratie contemporaine (Les Belles Lettres, 2021) et La mélancolie d'Athéna - L'invention du patriotisme (Les Belles lettres, 2022).

     

    De Jaeghere_Dans la lumière d'Apollon.jpg

    " Pourquoi la Grèce ?
    De Chateaubriand à Jacqueline de Romilly en passant par Renan ou Barrès, ils sont nombreux à s’être posé la question.
    Comment expliquer qu’un même peuple ait pu inaugurer en quelques siècles le règne de la raison, inventer ou réinventer les mathématiques et la philosophie, l’histoire et la science politique, le théâtre et l’urbanisme, la poésie lyrique, la rhétorique, la grammaire, tandis qu’étaient portées à un point indépassable de perfection l’architecture et la sculpture, définis les canons d’un classicisme destiné à traverser les siècles ?
    Associant journaux de voyage, essais, récits, dialogues, notes de lectures, reportages, Michel De Jaeghere fait revivre ici la Grèce dans son histoire, ses couleurs, ses parfums, ses paysages et le charme incomparable de sa population. Rendant un témoignage de gratitude à l’égard d’un pays à nul autre pareil, il prend appui sur cet exercice d’admiration pour mener, dans la variété des approches, une quête des origines de notre civilisation."

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  • Quand Paul-Marie Coûteaux conversait avec Alain de Benoist (deuxième partie)...

    Il y a un peu moins de dix ans, TV Libertés avait diffusé une série d'entretiens de Paul-Marie Coûteaux avec Alain de Benoist. Des propos profondément inactuels et donc toujours aussi intéressants à (ré-)écouter aujourd'hui...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous la deuxième partie de ces entretiens.

                            

    Pour retrouver la première partie : ici

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  • Quand Paul-Marie Coûteaux conversait avec Alain de Benoist...

    Il y a un peu moins de dix ans, TV Libertés avait diffusé une série d'entretiens de Paul-Marie Coûteaux avec Alain de Benoist. Des propos profondément inactuels et donc toujours aussi intéressants à (ré-)écouter aujourd'hui...                                           

     

                                              

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  • La Nouvelle Droite : une école de pensée...

    Dans ce nouveau numéro de l'émission de TV Libertés, « Les idées à l’endroit », Rémi Soulié, évoque une école de pensée, la Nouvelle Droite, qui, du GRECE, le Groupement de recherche et d’études pour la pensée européenne, à l’Institut Iliade, a traversé le temps, depuis la fin des années soixante jusqu’à nos jours. Sous l’impulsion d’Alain de Benoist, elle a su repenser la politique, la philosophie, la religion, les sciences, la géopolitique d’une manière à la fois méthodique, singulière et novatrice.. Pour en parler :

    - Alain de Benoist, philosophe, historien des idées, auteur de plus d’une centaine d’ouvrages dont Un autre Rousseau - Lumières et Contre-Lumières (Fayard, 2025) et Souveraineté nationale et souveraineté populaire (Krisis, 2026),

    - Claude Chollet, ancien président du GRECE, co-fondateur de l’Observatoire des journalistes et de l’information (OJIM), devenu l’Observatoire du journalisme, essayiste et directeur de la collection Désintox, aux Éditions de La Nouvelle Librairie,

    - François Dambelin, essayiste et compagnon de route du GRECE depuis les années 1990, qui vient de publier La Nouvelle Droite - Un panorama historique et métapolitique (La Nouvelle Librairie).

                              

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  • Alain de Benoist : « la guerre culturelle n’a été gagnée que par défaut »

    Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Alain de Benoist à l'Observatoire du journalisme pour évoquer la question de la guerre culturelle...

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    Alain de Benoist : « la guerre culturelle n’a été gagnée que par défaut »

    Face à l’ « extrême droite », le milliardaire Matthieu Pigasse veut « mener la guerre culturelle », et cela « jusqu’au bout ». D’ailleurs, Les Inrockuptibles (dont il est propriétaire) titrent sur « La culture contre les fachos » avec une pétition signée par les actrices Camille Cottin ou Judith Godrèche, et par l’humoriste Guillaume Meurice. 600 personnalités du cinéma s’indignent dans Libération contre Vincent Bolloré, craignant une « uniformisation » de la production.

    Dans les médias et sur le tapis rouge, la bataille d’influence fait rage. L’OJIM s’est tourné vers Alain de Benoist, souvent mis en cause dans les médias dominants pour avoir théorisé la « guerre culturelle » dès les années 60. Né en 1943, essayiste et journaliste français, fondateur de la revue Éléments, il est le principal théoricien de la Nouvelle Droite et l’auteur d’une œuvre abondante.

    Entretien

    Qu’est-ce qui se joue ? L’hégémonie culturelle ou la survie d’une caste ?

    Les deux sont liées, mais je dirais avant tout la survie d’une caste. Depuis des décennies, l’idéologie dominante a pris la forme, dans le domaine de la culture, d’un micro-milieu politico-idéologico-médiatique qui cultive l’entre-soi comme la chose la plus naturelle du monde. Tocqueville disait que, dans une société égalitaire, même les inégalités minuscules apparaissent comme un scandale. Ici, c’est un peu la même chose : alors que le libéralisme progressiste est, non seulement majoritaire, mais quasiment en situation de monopole dans le domaine culturel, la moindre fenêtre de liberté qui s’ouvre quelque part suscite des protestations indignées sur le thème de : comment est-ce possible ? Mais qu’est-ce qui se passe ?

    CNews, dont il y aurait beaucoup à dire (et pas forcément en bien), est à peu près la seule chaîne télévisée, parmi des centaines d’autres, où l’on entend parfois des propos qui vont à contre-courant. Cela suffit à donner des vapeurs aux fonctionnaires de l’idéologie des droits de l’homme, à susciter des plaintes en rafales, des dénonciations de sycophantes professionnels, des appels à la censure et des listes noires. Et comme nous vivons dans un monde d’hystérisation grandissante des rapports sociaux, on monte tout de suite aux extrêmes : Bolloré a racheté deux maisons d’édition, à quand la réouverture des camps ? Tout cela est évidemment ridicule. Le peuple n’y comprend rien et s’en fout complètement. La seule chose que les gens retiennent tient dans ce simple constat : la vérité est ailleurs.

    Alain de Benoist, Vous avez été journaliste, essayiste, éditeur, vous avez fondé un cercle de réflexion (le G.R.E.C.E.). La « guerre culturelle », vous la vivez depuis un demi-siècle, et d’ailleurs vous en avez fait les frais, ayant été visé par de nombreuses campagnes médiatiques diffamantes. Votre analyse doit-elle être mise à jour ?

    Je ne le crois pas, mais il faut évidemment prendre en compte les faits nouveaux. Le rôle des réseaux sociaux, d’abord, qui favorisent la surenchère dans la brutalité manichéenne et servent de caisses de résonance aux diffamations les plus éhontées en s’érigeant en tribunaux permanents, où toute accusation vaut condamnation. Mais le principe de base est toujours le même : la culture est porteuse d’images, de valeurs et de thèmes qui, à la longue, finissent par imprégner l’imaginaire symbolique et modifier les comportements collectifs. L’enjeu de la culture culturelle, depuis toujours, c’est l’hégémonie.

    Aujourd’hui l’hégémonie appartient toujours, non à « la gauche » comme on le dit trop facilement, mais à un camp progressiste qui, faute d’avoir encore quelque chose à dire, se contente de faire tourner le moulin à prière en répétant les mêmes mantras (« antiracisme », théorie du genre, valeurs « républicaines », universalisme). Ce camp est dominant, mais il se sent menacé. Les privilégiés ont peur de perdre leurs privilèges, les mutins de Panurge (Philippe Muray) de perdre leurs subventions. À force de chauffer la banquise, ils constatent qu’elle est en train de fondre sous leurs pieds. Comme les chiens qui craignent de perdre leur os, ils montrent les dents. C’est tout à fait normal : s’ils étaient vraiment forts, ils pourraient se payer le luxe d’être indifférents. Il faut plutôt s’en réjouir, leur système finira par imploser, la boue accumulée finira par sécher.

    Des médias comme Radio Nova usent de l’humour, volontiers choquant et brutal. Des médias d’une gauche plus modérée dénoncent un retour à l’antisémitisme ? Peut-on rire de tout ?

    La réponse que donnait Pierre Desproges est bien connue, mais elle ne me satisfait pas. Oui, bien sûr, on devrait pouvoir rire de tout, mais cela ne veut pas dire que tout soit risible. Nous sommes dans une époque où tout ce qui était naguère naturellement honoré et respecté est tourné en dérision. La dérision est une infirmité de l’âme. Charlie Hebdo est libre de publier ce qu’il veut, mais je suis de ceux qui pensent que le rôle de l’école n’est pas de montrer aux élèves des caricatures qu’ils jugent blasphématoires. Dans toute société normale, il y a une zone de sacré ; elle doit être interdite d’accès à ceux qui veulent la profaner comme d’autres pissent sur la tombe du Soldat inconnu. Les humoristes actuels ne font rire que les esprits bas. Et puis, rappelons-le, on n’est pas sur terre uniquement pour rigoler !

    Quelle stratégie métapolitique préconisez-vous aujourd’hui à ceux qui refusent à la fois l’uniformisation libérale-progressiste et le simple miroir inversé d’une « droite de combat » purement réactive ? Vous semblez dénoncer le penchant de nos contemporains pour la facilité.

    La seule stratégie, c’est le travail et la création de qualité. Beaucoup de gens « de droite » pensent aujourd’hui qu’ils sont en passe de gagner la « guerre culturelle » ? Mais de quelle guerre parlent-ils ? Quelle bataille a t-on gagné lorsque ce qui fait autorité dans le système médiatico-politique continue de ne se référer qu’à des « autorités incontestables » qui pensent le contraire de ce que pensent la majorité des gens ? La vérité est que la guerre culturelle n’a au mieux été gagnée que par défaut. La gauche progressiste a perdu, la droite conservatrice n’a pas gagné. L’adversaire n’a pas été battu, il s’est effondré de lui-même. Mais il n’en a pas pour autant perdu le pouvoir. Quand « la droite » pourra aligner quelques dizaines de chercheurs, de philosophes, de sociologues, de politologues, de biologistes et de physiciens susceptibles d’énoncer une conception du monde alternative à celle qui domine aujourd’hui, on pourra en reparler. Mais je ne crois pas que ce soit pour demain.

    Alain de Benoist (Observatoire du journalisme, 21 mai 2026)

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