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02/12/2010

Des mous et des dieux...

Juste pour casser l'ambiance et pour briser l'unanimisme, toujours un peu inquiétant, de la bonne presse à propos du film Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois, nous reproduisons cette tribune de Marie-Thérèse Bouchard, signalée par Novopress.

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Des mous et des dieux
 
Pour ceux qui ne veulent plus jamais entendre Le Lac des Cygnes de la même manière, il y a Des Hommes et des Dieux. Ce film sublime, rythmé par un tempo plus lent qu'un larghetto esthétique, nous offre une splendide leçon de vie, aussi cruelle que les flammes de l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie. Où l'on apprend non sans un étonnement de païen christianisé de loin que le meilleur moyen de conserver sa vie est de la perdre sur terre pour la retrouver dans les Cieux. Où l'on décide donc de se rêver autrement que comme adorateur de la religion de la mort. Où le martyre de moines est donné comme un exemple à un peuple qui se déteste déjà. Où l'apologie de l'islam dépasse l'entendement, dans un contexte qui se veut un hommage à ceux qui ont choisi la disparition, espérant trouver la lumière dans un tombeau.

Il y a dans Des Hommes et des Dieux, l'amour de la vie des autres mais un détachement complet concernant la sienne, ce à quoi on reconnaît les grands hommes, ceux qui ne craignent pas la mort, mais l'accueillent à bras ouverts après avoir réalisé une tâche qui les dépasse et qui dure après leur trépas. Les religieux, vaches à lait du bled, sont morts pour avoir refusé l'aide d'un Etat corrompu et se sont donc fait massacrer par des forces anarchistes tout aussi corrompues. On saisira la nuance chez saint Jean, qui lui, a assuré une réelle mission, contrairement à nos amis en soutane, fournisseurs officiels de godasses aux miséreux de l'Atlas et serreurs de paluches des terroristes venus gentiment dans un monde pacifique leur réclamer des médicaments la veille de la naissance d'Issa. Non pas que je remette une seconde en question la haute voltige spirituelle de ces gens, je ne suis qu'une salope mortelle, quand je suis en danger, je cours ; mais je me permets de me demander si mourir ainsi a pu servir à répandre le message du Christ en terre musulmane. Tendre la joue gauche peut impressionner des peuples déjà civilisés ; tendre la joue gauche devant des bourrins à kalache est une marque de faiblesse. Ici, point de christianisme civilisationnel, car la civilisation n'aurait pas même le temps d'éclore dans ce dolorisme mêlant beauté des chœurs et beauté de l'âme admirant la faucheuse. Le christianisme qu'il nous reste, ce christianisme identitaire auquel nos tripes se raccrochent est celui des cathédrales qui s'imposent, des chants grégoriens jaillissant des poitrines, faisant éclater le verre, des Stentor vainqueurs plutôt que des martyrs heureux de leur sort, heureux d'une mort cinégénique et inutile. Notre civilisation chrétienne a pu le rester grâce aux fracasseurs de crânes de Maures, nullement grâce aux moines tendant le rectum à Mahomet dans une logique d'amour de l'autre et de respect de sa domination. Le christianisme, c'est l'alliance du profane et du sacré en permanence, ici est sa seule voie de salut. L'église est belle quand, contre ses murs rebondissent les notes de Bach et de Haendel, jamais l'église n'est plus laide que lorsque retentissent les voix chevrotantes des textes débiles des chrétiens débordant d'amour pour quiconque, sauf pour le blanc qui fait la manche sur le parvis de « la maison de Dieu ».

Cette religion, virile, pure comme le cristal, mystérieuse pour des générations d'étudiants en musicologie, philologie, philosophie, est devenue l'égérie de Télérama quand elle offre au monde des septuagénaires prêts à mourir par solidarité envers les blédards d'outre-Méditerrannée qui n'attendent d'eux que du Doliprane payé par la Versaillaise en quête de bonnes actions mensualisées.
 
Marie-Thérèse Bouchard ( Blog Marie-Thérèse Bouchard, 3 octobre 2010)