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15/03/2016

Quand les intellectuels français rêvaient d'une union européenne...

Les éditions  du CNRS viennent de rééditer dans leur collection de poche Biblis un essai de Bernard Bruneteau intitulé Les « collabos » de l'Europe nouvelle. L'ouvrage a déjà été publié sous le titre L'Europe nouvelle de Hitler, en 2003, aux éditions du Rocher. Professeur de science politique à l’université de Rennes, Bernard Bruneteau a notamment publié Le Totalitarisme : origines d’un concept, genèse d’un débat 1930-1942 (Cerf, 2010).

 

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" « L’Europe nouvelle » : c’est ainsi qu’en 1940 les sirènes de la propagande qualifièrent le continent unifié de force par les armées du IIIe Reich. Si ce fut synonyme pour des millions d’Européens de dépendance, de réquisitions et de travail obligatoire ou forcé, ce fut aussi symbole d’espoir pour certains intellectuels français et belges qui voulurent y voir l’annonce d’une possible union européenne. Pacifistes rêvant d’en finir avec la souveraineté absolue des États, « techniciens » confiants dans les vertus d’un gouvernement économique, socialistes en quête d’une dernière utopie mobilisatrice : tous furent victimes d’une illusion qui les fit croire à la volonté européenne de Hitler, les rendant aveugles aux réalités monstrueuses de son ordre nouveau. Tout à cette illusion tragique, les intellectuels européistes de Vichy continuèrent les réflexions commencées au temps d’Aristide Briand sur une fédération politique et économique. Avec parfois des expressions troublantes : « communauté de communautés », « organe de gestion supra-continental » ou « monnaie fédérale unique »… "

03/06/2011

Le renouveau russe : espoir ou péril ?...

La revue Perspectives libres, publiée aux éditions Le Retour aux Sources, vient de sortir son deuxième numéro, qui est consacré à la Russie. On y trouvera, en particulier, des articles de fond d'Alexandre Latsa et de Xavier Moreau ainsi qu'un entretien avec l'historien Bernard Bruneteau.

 

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"« La Russie sauvera le monde » écrivait le regretté Jean Dutourd. Plus modestement, la Russie peut-elle aider l’Europe à se sauver elle-même ? C’est la question qui nous a conduit, en plus d’une affection pour une grande nation et grande alliée de la France, à nous interroger sur le renouveau russe.

Qui aurait pu penser à la chute de l’Union soviétique que la Russie reviendrait au premier plan de la puissance. La tragique « modernisation » économique de la Russie entraîna plus d’un million de victimes, exemple comme un autre d’un hiver démographique qui pouvait condamner l’ex-géant soviétique. Le prestige diplomatique de la Russie ne survivait pas sans la béquille de la diplomatie américaine. L’économie et la société russe tombèrent aux mains d’anciens dignitaires soviétiques devenus de véritables seigneurs de guerre à la faveur de la privatisation des monopoles d’Etat.

Mais dès 1997, la Russie reprend la conscience puis la maîtrise d’elle-même. C’est ce phénomène qui amènera l’arrivée au pouvoir, au terme d’une grave crise de régime, de Vladimir Poutine.

Vladimir Poutine et son équipe proche ont réussi en dix ans à refaire une Russie-puissance. Le constat est là, quelles que soient les critiques que l’on puisse faire au régime et  aux hommes qui le servent. Du marché global de l’énergie jusqu’au maintient de la paix dans la zone stratégique d’Asie centrale (cf. entretien avec Alexandre Knyazev), la Russie est aujourd’hui un acteur mondial incontournable.

Des stratégies de diabolisation (cf. article sur la russophobie) et de néo-containment (article d’Alexandre Latsa sur les révolutions colorées) ont été mises en place. Cette stratégie de diabolisation, mise en place à travers des intellectuels stipendiés ou idiots utiles d’une propagande grise (cf entretien avec Daniel Salvatore Schiffer), a permis de détourner les élites européennes avec des résultats variables de l’axe France-Russie ou Europe-Russie (voir l’article de Xavier Moreau).

Toutefois la russophilie populaire, issue d’une très ancienne connivence intellectuelle franco-russe (voir l’article de Jean-Gérard Lapacherie) fit que la russophobie dans toute sa gamme idéologique (de Thierry Wolton à André Glucksmann) ne put passer la barrière de Saint-Germain-des-Prés et des médias dominants.

L’émergence économique et énergétique chinoise, l’affaiblissement de la puissance américaine, la menace allemande sur les économies européennes, conjugués avec l’une des plus grandes crises de l’histoire du capitalisme, nous oblige à regarder notre allié russe dans sa vérité. Le grand historien Martin Malia écrivait que ce que l’on prend pour le fatalisme slave n’est rien de plus que la conscience que la Russie aurait pu ne pas être. Cette fragilité, le champ de ruines satisfaites qu’est l’Europe aujourd’hui devra l’apprendre. Cette Europe qui se laisse vivre sans même s’interroger sur elle-même,  sur son devenir et plus profondément sur sa singularité et son caractère contingent (Voir l’entretien avec Bernard Bruneteau).

Le retour de la Russie est aussi un des facteurs du retour des politiques de puissance, nous commençons une série sur ce thème avec La Turquie et les grands nationalismes asiatiques. La mondialisation heureuse se dissipe, le multilatéralisme est un fait, nous entrons dans un monde plus libre mais plus incertain. La conscience de la fragilité joua pour la Russie, le rôle du déclin en France, une conscience de la nécessité de l’action, la pensée de survie et l’horizon de guerre nécessaire pour persévérer dans son être et demeurer libre."

24/05/2011

Naissances du totalitarisme...

Les éditions du Cerf, dans leur collection Politique, viennent de publier un ouvrage collectif consacré au totalitarisme, intitulé Naissance du totalitarisme, sous la direction de Philippe de Lara, maître de conférence à Paris II en philosophie et sciences politiques, avec des contributions, notamment, de Bernard Bruneteau, auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, et Emilo Gentile, spécialiste italien du fascisme.

 

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"La question totalitaire n'est pas close. Les révolutions communiste, fasciste et nazie forment un phénomène unitaire. Le fait est désormais à peu près accepté, mais il reste encore à le dompter dans la pensée. Philosophes et historiens se livrent ici ensemble à ce travail.

Le totalitarisme ne se limite pas aux systèmes stalinien et nazi dans leur maturité. Dès les premiers pas du bolchevisme et du fascisme apparaît une combinaison inédite de violence politique et de foi révolutionnaire. Des observateurs lucides en eurent l'intuition dès les années trente (Bernard Bruneteau). Emilio Gentile montre le totalitarisme originaire du fascisme, dès la naissance du « parti milice » de Mussolini en 1919. Ce mélange de terreur et de ferveur défie les notions habituelles d'idéologie et de tyrannie. L'idéologie est-elle le cœur des régimes totalitaires ? La question divise toujours les historiens. Révolution du nihilisme, religion politique, contre-religion : Thierry Gontier, Philippe Raynaud et Paul Thibaud discutent ces interprétations.

Pourquoi la Russie, pourquoi l'Italie, pourquoi l'Allemagne ? L'anthropologie renouvelle la question des origines : le totalitarisme est une réaction extrême à la modernisation, dans des pays où elle a été tardive et brutale (Philippe de Lara). À la fois réactions passéistes et surenchères futuristes, les totalitarismes sont partie intégrante de la modernité."

31/08/2010

Les énigmes de Vichy

La Nouvelle Revue d'Histoire est en kiosque (n°50, septembre-octobre 2010). Le dossier central est consacré au régime de Vichy, avec des articles de Philippe ConradBernard Bruneteau, Dominique Venner, Olivier Dard, Philippe d'Hugues et Philippe Alméras. On pourra aussi lire une analyse d'Aymeric Chauprade sur la nouvelle politique de la Turquie ainsi qu'un entretien avec l'orientaliste Henry Laurens.

Par ailleurs, la sortie d'un numéro hors-série consacré à l'Afrique est annoncée pour le mois d'octobre.

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29/08/2010

Le totalitarisme... un vieux débat !

Professeur de sciences politiques, Bernard Bruneteau publie aux éditions du Cerf, Le totalitarisme - Origine d'un concept, genèse d'un débat, un important recueil de textes consacrés au totalitarisme, qui ont la particularité de tous dater des années 30. Il prouve ainsi que la réflexion sur la parenté des régimes soviétique, fasciste et nazi ne date pas de la guerre froide, mais qu'elle a frappé "à chaud" un certain nombre d'intellectuels contemporains de ces trois régimes. Une contribution intéressante au débat qui vient compléter celle d'Enzo Traverso, Le Totalitarisme - Le XXe siècle en débat, disponible en poche dans la collection Points essais.

On peut consulter la table des matières ainsi que la copieuse introduction de l'auteur sur le site de l'éditeur.

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"Le totalitarisme a dominé et écrasé une bonne partie du XXe siècle. Qualifiant une forme de pouvoir « total », le mot désigne aussi un concept (l'idéal-type dudit pouvoir) et une théorie (une catégorie de régime opposé à la démocratie). Utilisé de façon polémique au temps de la Guerre froide, il a constitué un enjeu politique majeur et, aujourd'hui encore, son usage semble sacrilège pour ceux qui refusent tout parallèle entre l'Allemagne nazie et l'URSS stalinienne, entre une idéologie raciste et une utopie universaliste, même dévoyée.

Dans cette anthologie, sont présentés plus de cinquante textes souvent inédits ou oubliés. Ils mettent en lumière l'historicité d'un concept qui, en réalité, doit peu aux affrontements de la Guerre froide. En effet, c'est « à chaud », dans les années 1930, en plein développement du communisme en URSS, du fascisme en Italie, puis du nazisme en Allemagne, que les premières perspectives comparatistes apparurent. Bien avant les analyses canoniques d'Hannah Arendt, des philosophes, des juristes, des historiens et des économistes, européens et américains, ont précisé les mécanismes idéologiques et les structures de pouvoir présidant à une convergence entre les trois régimes. Lieu commun de la réflexion politique dans l'avant-guerre, le totalitarisme est alors au cœur d'un renouvellement des questionnements sur la démocratie, sur sa refondation philosophique, sur la protection que peut lui assurer la loi. Et pour ceux qui définissent une nouvelle catégorie de dictature, fondamentalement différente des formes traditionnelles, le combat contre elle va bien au-delà du seul antifascisme."