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05/11/2010

L'équipée du Comandante !

"Histrion hyperbolique" pour les uns, surhomme nietzschéen pour les autres, le poète italien Gabriele d'Annunzio a marqué les esprits de son époque. Et au sortir de la Grande Guerre au cours de laquelle, il s'est, comme aviateur, comporté en héros, il est devenu la figure de proue des combattants de la péninsule. C'est donc au sommet de sa gloire qu'il se lance à la tête de ses volontaires dans l'extraordinaire aventure de Fiume, qui va lui permettre, de septembre 1919 à décembre 1920, de tenir l'Italie et l'Europe en haleine. Avec L'équipée de Gabriele d'Annunzio, les éditions Arléa publient en collection de poche le reportage que le journaliste Albert Londres a consacré à la conquête de Fiume par le Comandante.

Equipée de Gabriele d'Anunzio.jpg

"Au lendemain de la Première Guerre mondiale, un homme ébranle l’Italie et fascine les Italiens : Gabriele d’Annunzio, officier de l’armée de l’air et poète. Succombant à cette fascination, Albert Londres suit de très près la brûlante affaire de Fiume, port de l’Adriatique que se disputent les puissances européennes. Avant même que d’Annunzio décrète la cité «Etat libre de Fiume», le grand journaliste rend compte de l’affaire avec tant de force, qu’il sera licencié du Petit Journal sur ordre de Clemenceau."

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L'aventure de Fiume, c'est certes celle d'une rébellion en arme, mais c'est aussi celle d'un renversement de l'ordre établi au profit d'une expérience politico-lyrique reposant sur une spontanéité vitaliste, qu'a très bien décrite Claudia Salaris dans son livre A la fête de la révolution - Artistes et libertaires avec D'Annunzio à Fiume, publié en 2006 aux éditions du Rocher.  

  

A la fête de la révolution.jpg

"En septembre 1919, le poète italien Gabriele D'Annunzio, à la tête d'une troupe de jeunes anciens combattants - les arditi -, s'empare, sur la côte adriatique, de la ville de Fiume afin de la rattacher à l'Italie. Pendant plus d'un an, Fiume va devenir une petite contre-société expérimentale, exprimant sa sympathie pour la jeune révolution soviétique et les peuples colonisés, nouant des contacts avec les milieux anarchistes mais inaugurant, simultanément, les formes d'expression du fascisme naissant - la chemise noire, le poignard au côté, le dialogue direct entre le tribun et la foule, la liturgie de masse. L'aventure fiumaine est également attentive aux formes de rupture en matière de culture - avec Dada et aussi Marinetti et les futuristes - et de mœurs - elle autorise le divorce et accorde le droit de vote aux femmes, tolère l'homosexualité, l'usage des stupéfiants et le naturisme. Enfin, elle expérimente une " économie pirate ", centrée sur la primauté du don comme valeur fondamentale du lien social. En fait, cet " ordre lyrique " des " artistes au pouvoir " et leur usage politique de la dérision font plus penser à mai 1968 qu'à l'émergence des mouvements et régimes totalitaires. Et Claudia Salaris explore superbement, grâce à une multitude de documents politiques et littéraires, ce qui fut l'un des premiers chapitres de la " culture de la révolte " qui a caractérisé le XXe siècle."