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02/02/2012

Courage, vraiment ?...

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Philippe Bilger, cueilli sur son site Justice au singulier et consacré à l'inflation des grands mots dans le langage politique contemporain...

 

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Courage, vraiment ?

Il faut arrêter de galvauder les vertus fondamentales, les valeurs essentielles.

A la suite de l'intervention multipliée du président de la République et des mesures qu'il a annoncées à trois mois du premier tour de l'élection présidentielle, l'UMP, inspirée par Jean-François Copé, a d'une seule voix vanté le "courage" de Nicolas Sarkozy (Le Figaro).

Sur Twitter, il y a quelques jours, j'avais plaisanté lorsqu'avant même l'émission présidentielle, Jean-François Copé avait donné le mot d'ordre du "courage". Je m'étais demandé si son "courage" était de se représenter.

Mais, au-delà de cette boutade, cette invocation du courage pose un problème beaucoup plus sérieux. Sommes-nous en guerre ? Le président affronte-t-il la mort en Afghanistan ? Vit-il dans certaines cités où des malfrats et trafiquants interdisent l'accès à la police ? Au quotidien, le risque pèse-t-il sur son existence ? Le confort a-t-il déserté le pouvoir élyséen ?

Je ne me moque pas. Je voudrais seulement qu'on n'appliquât pas à des attitudes politiques, sincères ou tactiques, un qualificatif qui les rehausse et les fasse prendre pour une audace inouïe quand tout au plus elles représentent un pari, un défi, au mieux, si on est indulgent, du courage intellectuel.

Mais ce serait du courage intellectuel véritable de la part d'une personnalité qui n'aurait pas manifesté depuis longtemps - pourquoi ne pas la croire ? - qu'un second quinquennat n'était pas son obsession et que sa vie, s'il était battu, pourrait se poursuivre agréablement, luxueusement. En effet, depuis 2007, tous les citoyens ont mesuré à quel point l'argent représentait, pour Nicolas Sarkozy, une donnée capitale : celui qu'on donne, qu'on prend, dont on rêve. Je ne ferais pas la même analyse pour un François Mitterrand mettant son ambition en jeu en soulignant, à un moment crucial, son hostilité à la peine de mort. Il brûle symboliquement ses vaisseaux alors qu'il était tenaillé par l'envie de naviguer jusqu'au bout et qu'il l'a, enfin, assouvie.

Au-delà du contenu intrinsèque des propositions formulées par le chef de l'Etat, je ne suis pas convaincu par cette coquetterie permanente et à la longue lassante qui est aussi éloignée de l'authentique courage que la caricature de son modèle. On ne peut que constater, avec ce louvoiement qui ne trompe plus personne, que le président, candidat depuis longtemps, le sera donc jusqu'au bout (Le Monde).

Surtout, j'ai toujours dénié qu'il y ait du courage dans l'expression d'une intelligence libre. Combien de fois, sans présomption, me suis-je insurgé contre l'assimilation qui était faite, avec une infinie amabilité à mon égard, entre la spontanéité d'un propos et un quelconque courage ! Pour moi, le tour de force aurait été au contraire de dissimuler ma pensée mais, n'étant pas un politique, cette ascèse m'a été épargnée.

Trop souvent, cette surestimation ne vise, pour les pleutres, les trop polis et les lâches, qu'à se faire pardonner de ne même pas livrer un combat sans danger. Le courage intellectuel est l'excuse de ceux qui en manquent - comme s'il en fallait pour penser, parler et écrire - ou le privilège trop exploité de ceux chez qui il coule de source, comme une évidence, puisqu'après la pire empoignade qui soit, les esprits demeurent saufs comme les corps.

Même pour un soutien inconditionnel, on devrait réfléchir. Il y a d'autres qualités qui peuvent être prêtées au président par ses partisans. Le courage, non, quand sur le terrain, en France et loin de notre pays, pour les soldats, les policiers, tant de gens exposés, cette vertu n'est pas un mot mais une réalité qui est leur honneur et, parfois, un ultime et vain barrage contre leur mort.

Philippe Bilger (Justice au singulier, 30 janvier 2012)

31/01/2012

Le bal des complaisants...

Les éditions Fayard publient cette semaine Le bal des complaisants, un livre d'entretien de Philippe Bilger avec le journaliste François Sionneau consacré à la justice et à la magistrature. Animateur de l'excellent blog Justice au singulier, l'ancien avocat général n'a pas, contrairement à d'autres, attendu de raccrocher la robe pour faire preuve de liberté d'esprit ; on pourra donc lire son livre avec curiosité et intérêt...

 

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"Après quarante années passées dans la magistrature – dont vingt à la cour d’assises de Paris comme avocat général –, Philippe Bilger raccroche la robe rouge : il a quitté une institution qu’il a aimée, servie, mais qui l’a aussi déçu. Il avait soutenu avec enthousiasme le candidat de 2007 qui, une fois devenu président de la République, a noué avec la Justice et l’État de droit une relation médiocre et favorisé esprit de cour, préférences ostensibles, l’expression d’une démocratie au quotidien très imparfaite. 
Philippe Bilger est un homme à la parole libre et il le revendique. Le magistrat aussi bien que le citoyen ont été choqués, voire indignés, par une politisation affichée de la Justice, des errements et des scandales ayant pris, sous cette République prétendue irréprochable, une ampleur inégalée. 
Désormais libéré de son obligation de réserve, l’ex-magistrat décrit sans complaisance et dénonce les petitesses, les faiblesses d’une institution, révèle aussi ses grandeurs et regarde avec cruauté et lucidité un univers qui n’est plus le sien."

30/12/2011

Par le petit bout du métro...

Nous reproduisons ci-dessous une chronique de Philippe Bilger, cueillie sur son blog Justice au singulier et consacrée au métro parisien comme révélateur de l'état de la société française...

 

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Par le petit bout du métro

Magistrat, je prenais assez rarement le métro. Mon épouse généralement me conduisait le matin lors de mes sessions d'assises et je revenais souvent en autobus. Dans la seconde quinzaine de chaque mois, mes horaires étant plus souples, j'utilisais le bus qu'il fallait attendre longtemps mais qui était très pratique.

Depuis le 3 octobre, chaque jour, la presse du métro m'est devenue familière. Difficile de s'asseoir et quand on le peut il revient à la politesse de céder sa place au moins aux femmes d'un certain âge.

Enthousiaste à l'idée d'aller travailler dans un cabinet d'avocats chaleureux et remarquable, je vis pourtant comme une ascèse le quart d'heure nécessaire au trajet de six stations. Je n'étais pas assez naïf pour penser que dans ce monde souterrain, le bonheur de vivre, la joie d'être éclateraient sur chaque visage et qu'on y retrouverait comme par magie une urbanité, une attention à autrui qui à l'air libre sont déjà assez parcimonieuses. Tout de même, je ne m'attendais pas à une telle morosité crépusculaire, à cette lassitude des corps, à cette étrange impression de devoir coexister avec des personnes âgées ou plus jeunes pour lesquelles, à l'évidence, qui que vous soyez, vous n'êtes RIEN. Ce n'est pas que le silence règne puisque chacun, dans son heureuse autarcie, est majoritairement plongé dans tous les modes de communication possibles et imaginables. Mais surtout avec son voisin ou sa voisine, si proche, trop proche, pâtissant du grave défaut d'être immédiatement à portée de voix physique. D'autres lisent un journal ou, exploit sauf s'ils ont déniché une place, un livre.

Cette mélancolie collective, à peine troublée par des cris ostensiblement intempestifs pour se faire remarquer et encore plus gênée - moi, le premier ! - par l'irruption volubile et quémandeuse de quelques SDF nous offrant une musique qu'on n'a pas demandée, est d'autant plus glaçante qu'ici ou là, dans le wagon, se produisent des indélicatesses au quotidien qui démontrent que les voyageurs du métro, toutes classes confondues, se sont doucement et sûrement laissé glisser sur la pente de la facilité grossière.

Au moment de monter dans la rame ou d'en descendre, il s'agit d'un véritable combat qui ne semble pas tant dépendant du nombre que de la mauvaise volonté et de la maussaderie manifestées par chacun pour permettre la sortie ou l'accès. On trouble quand on s'ajoute, on dérange lorsqu'on se retire. Les excuses, quand elles existent, n'y font rien. Quand on est parvenu à s'extirper, c'est un soulagement comme si on avait surmonté une épreuve et accompli un tour de force. On s'est libéré d'autrui !

Ce n'est rien par rapport aux péripéties très éclairantes qui se déroulent lors du trajet. Pour peu qu'une place assise devienne vacante, la personne, homme, femme, blanche, noire, maghrébine, asiatique, jeune ou vieille, qui désire s'y installer vous bouscule, n'émet pas un seul pardon comme s'il convenait d'affirmer avec une sorte d'arrogance silencieuse le droit acquis à s'emparer d'un siège sans avoir la délicatesse purement conventionnelle de s'excuser pour les genoux heurtés, le coup de coude dans le torse ou, à la fin du processus, quand parfois une masse humaine s'est installée, le repliement obligatoire sur un minuscule bout de banquette.

Les gares, le métro, les salles de cinéma sont des lieux où un peuple se juge. Pour la politesse, l'affabilité, l'optimisme, le respect d'autrui. Pour le métro, comment ne pas être frappé par l'ombre collective qui pèse sur cet enfermement utilitaire le temps d'un parcours bref ou plus long ? J'ose soutenir que le moral d'une collectivité peut être apprécié dans ces rassemblements où personne ne joue la comédie, où la nudité de la quotidienneté confronte chacun à chacun dans sa vérité et sa simplicité. La joie de vivre s'en est allée et le pire consiste sans doute dans l'hésitation qui vous saisit avant de sourire à un petit enfant et à sa mère, de céder votre place, d'arborer un air bienveillant ou de montrer que celui ou celle qui survient n'est pas importun mais légitime. Il y a une telle atmosphère de minimalisme humain et de politesse réduite à presque rien qu'on est effondré pour soi, pour les autres, pour la société que ce délitement traduit. Si des personnalités politiques voulaient bien faire cet effort d'abandonner le somptuaire et le confortable pour venir quelque temps goûter la saveur du peuple, dans le métro, serré, comprimé dans une tristesse autarcique et une pesanteur grise, elles en tireraient des enseignements décisifs. Un pays qui montre ce visage souffre de quelque chose. Ce n'est pas seulement la dégradation inévitable suscitée par l'écoulement du temps mais en profondeur des groupes dévastés par une incertitude sur demain, angoissés et donc repliés sur une morne indifférence proche d'une agressivité muette. Venir dans le métro, observer, subir, déplorer constituerait une formidable leçon pour nos gouvernants. Pas pour un petit tour, comme Valéry Giscard d'Estaing mais de manière suffisamment approfondie et attentive pour pouvoir mesurer les béances, les attentes et la nécessité d'un destin à offrir.

Gilbert Collard, qu'on se plaît à moquer sur tous les plans souvent sans le valoir, a proféré une vérité profonde en affirmant que sa première mesure, s'il était président de la République, serait d'édicter trente minutes de joie par jour. Sachant l'utopie de sa proposition, il a cependant mis l'accent sur ce qui manque le plus à la société française : le bonheur d'être ensemble (jdd.fr).

Pourquoi serait-il honteux pour les politiques, contre ce qui divise et déchire, de se battre vraiment pour ce qui rassemble ?

Qu'ils prennent le métro !

Philippe Bilger (Justice au singulier, 28 décembre 2011)

16/12/2011

« La France n'est pas un pays d'hommes libres »...

Nous vous signalons la parution du nouveau numéro de Médias (n°31, hiver 2011), la revue trimestrielle consacrée aux pratiques journalistiques et à laquelle collaborent notamment Robert Ménard, Emmanuelle Duverger et Philippe Bilger. On trouvera, notamment, dans ce numéro un grand entretien avec le député suisse de l'UDC, Oskar Freysinger, qui dit ses quatre vérités à notre pays, et un article sur le plagiat dans les milieux journalistiques. On lira aussi par curiosité l'entretien avec David Pujadas, le présentateur du journal télévisé de France 2, titulaire d'une "Laisse d'or" et d'un "Bobard d'or"... 

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21/09/2011

Lire entre les lignes !...

Nous vous signalons la parution du nouveau numéro de Médias (n°30, automne 2011), la revue trimestrielle consacrée aux pratiques journalistiques et à laquelle collabore notamment Robert Ménard, Emmanuelle Duverger et Philippe Bilger. Une nouvelle fois, la liberté de ton et la diversité des points de vue sont remaquables. On trouve ainsi un grand entretien avec Marine Le Pen, un avec le journaliste de gauche Daniel Mermet, un avec Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité et un avec Guillaume Evin qui se livre à une critique au lance-flamme du CSA. Il faut aussi lire les articles consacrés à l'occultation des révélations faites par Minute et Le Crapouillot sur le passé de Mitterrand dans les années 80, au traitement de l'affaire Omar Raddad dans les médias à l'occasion de la sortie du film de Roschdy Zem ou encore à l'affaire Murdoch/News of the world...

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En prime, vous pouvez visionner ci-dessous le début de l'entretien avec Marine Le Pen :


Marine Le Pen : "L'objectif reste de me piéger"... par revue-medias

18/09/2011

Tour d'horizon... (13)

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Au sommaire :

- sur Justice au singulier, Philippe Bilger dresse un tableau sans complaisance des turpitudes de l'oligarchie française...

Un sale Etat

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- sur Metamag, Camille Gallic nous rappelle utilement, à l'occasion de la crise de la corne de l'Afrique, que la famine est une arme utilisée de façon systématique par certains régimes...  

La famine, arme de guerre

 

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