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olivier maulin

  • Le roman comme résistance : une autre histoire littéraire française...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue d'Anthony Marinier, cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré à une veine souterraine de la littérature attachée à la terre, aux communautés enracinées et à la vieille sacralité païenne.

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    Le roman comme résistance : une autre histoire littéraire française

    Gustave Thibon, Jacques Ellul, Bernard Charbonneau, Jean-Claude Michéa, Alain de Benoist… la France possède une tradition de penseurs critiques de la modernité, de la technique et du libéralisme, qui ont remis en cause l’uniformisation du monde. Ce que l’on connaît moins ce sont leurs pendants en littérature.

    Une lignée littéraire traverse pourtant un siècle d’écriture, de Jean Giono à Olivier Maulin, en passant par Henri Vincenot, Maurice Genevoix, Christopher Gérard, Bertrand Lacarelle, Bruno Favrit ou Pierric Guittaut, et se ramifie vers d’autres écrivains – Sylvain Tesson, Pierre Michon, ou Erik L’Homme. Ni homogène, ni dogmatique, cette lignée ne s’est jamais constituée en école ni en manifeste. Il ne s’agit pas d’un courant organisé ni d’un programme politique ou idéologique, mais d’un diagnostic commun, d’une même intuition, d’une convergence sensible et spirituelle.

    Ce qui sous-tend leurs romans c’est la critique de la modernité qui n’est pas seulement progrès technique, révolution économique, ou modification des mœurs, mais une force de dissolution. Elle dissout les appartenances, les liens, les paysages, les symboles, les rythmes, les identités. En remplaçant la communauté par l’individu, l’enracinement par le nomadisme, la mémoire par l’actualité, elle produit des hommes sans lien et un monde inhabitable. Pour y faire face, cette littérature convoque une autre manière d’habiter le monde et propose une bifurcation, un ralentissement, une re-sacralisation.

    Une critique charnelle de la modernité libérale

    Cette lignée n’a jamais produit de manifeste commun. Elle n’en a pas besoin. Elle écrit, raconte, transmet. Elle fait de la littérature une zone de résistance, où le monde n’est pas encore soumis à l’univers de la marchandise. Leur résistance n’est ni militante ni théorique : elle est concrète, existentielle. Chez Vincenot, elle prend la forme d’une sagesse ancienne transmise. Chez Genevoix et Giono, celle d’un lien fidèle à la terre, d’une persévérance silencieuse. Chez Maulin, elle devient farce tragiquo-comique. Mais chez ces auteurs affleure la même certitude : la modernité libérale est une force d’arrachement. Elle rompt les appartenances, détruit les paysages, remplace les savoirs incarnés par une connaissance abstraite, fonctionnelle.

    Ces considérations rejoignent celles émises par nombre de philosophes. Mais là où ces derniers conceptualisent, les romanciers incarnent. Ils mettent en scène des personnages qui vivent en dehors ou en marge de la société qui n’achètent pas toujours, qui transmettent, réparent, échangent, refusent la vitesse et la performance, rejettent la consommation aveugle, l’urbanisation des paysages et des modes de vie. Les romans de Henri Vincenot en offrent une traduction sensible, en révélant la perte ontologique que masque le discours du progrès. Dans La Billebaude, il écrit : « C’est autre chose que les Français qu’on nous fait aujourd’hui, des Français de trottoirs – et de cinémas, des Français de coton, perdus aussitôt qu’ils posent le pied dans une forêt… »1

    Même intuition pour Maurice Genevoix qui regrette dans Raboliot, la réglementation et la privatisation des zones de chasse : «  Et si quelques hommes, plus riches, accaparent le droit à la chasse, s’ils défendent leur droit avec l’appui des lois, [–], est-ce qu’il n’est pas d’autres lois plus anciennes, qu’on chercherait en vain dans les codes, mais que les gars de Sologne connaissent bien puisqu’ils les sentent vivre en eux dès que le poil leur pousse sous le nez, dès qu’ils éprouvent la chaleur de leur sang ? »2

    Près d’un siècle plus tard, dans les romans d’Olivier Maulin, la modernité n’est plus seulement une menace ; elle est devenue une farce, un simulacre. Les évangiles du lac, Le Bocage à la nage ou Le Temps des loups mettent en scène des marginaux qui fuient les diktats urbains, les écrans, la gestion permanente. Face aux procédures et aux normes d’un monde libéral qui a vidé l’existence de sa chair, ses personnages veulent « respirer » – quitte à flirter avec l’absurde. Maulin a de formidables pages pour décrire l’entreprise d’éradication du monde concret que nous subissons. Dans Le Bocage à la nage3, il écrit : « Il y eut les remembrements intensifs, la destruction des haies subventionnée par l’État, le comblement des mares, l’assassinat des grenouilles rieuses et des tritons crêtés, l’agrandissement des parcelles et la monoculture : là où l’on cultivait dix espèces, il n’en resta plus qu’une qu’il fallut inonder de pesticides… » […] « Quinze millions d’hectares remembrés. Un million cinq cent mille kilomètres de haies arrachées […] Des destructions irréversibles. L’équilibre écologique ancestral brisé à tout jamais. Du vandalisme vendu sous le nom de progrès. »

    Le sacré contre la Technique

    Le sacré qui affleure chez eux n’est pas celui des dogmes, mais celui des lieux. Il naît des sources, des forêts, des collines, des bêtes. Il est local, non exportable. On ne peut pas mondialiser une source, ni standardiser un bocage. Il est transmis de génération en génération. Cette transmission est au cœur des romans de Vincenot, en particulier de La Billebaude. Le grand-père Tremblot transmet à son petit-fils Henri son savoir : « Il savait tout du pays, non pas comme on sait un livre, mais comme on sait un visage », écrit Vincenot qui oppose ce savoir incarné à la connaissance technique et objectivante.

    Ce ressenti rejoint les idées développées par Bernard Charbonneau4 ou Jacques Ellul5, pour qui la technique moderne ne se contente pas d’ajouter des outils, elle reconfigure entièrement le rapport au temps, à l’espace et au vivant, elle remplace le milieu vécu par un environnement fonctionnel, gouverné par l’efficacité. Vincenot en montre les effets concrets : la perte des sens, la rupture des lignées, l’ignorance croissante du lieu où l’on vit.

    Dans Le Pape des escargots6, la figure de la Gazette, prophète errant et railleur, incarne cette critique sous une forme loufoque. En se proclamant « pape des escargots », il oppose au règne de la vitesse et de la performance une sagesse lente, humble, presque animale. Vincenot écrit ainsi : « Les bêtes savent encore ce que les hommes ont oublié. » Dans Les Étoiles de Compostelle7, l’auteur bourguignon va plus loin encore, en identifiant la racine spirituelle de cette destruction. La modernité a rompu ce qui liait l’homme aux cycles, aux lieux, aux forces invisibles : « La terre n’est pas muette, ce sont les hommes qui sont devenus sourds », écrit-il.

    L’homme moderne, ivre de maîtrise, a perdu l’intelligence du vivant. Les villages sont vidés de leur âme, les hommes ne savent plus lire la terre, les paysages sont réduits à des surfaces exploitables. Dans Le Bocage à la nage, Olivier Maulin regrette ce savoir oublié : « Il existait encore des endroits où l’on ne construisait pas. Non par superstition, disaient-ils, mais par respect. Des mares, des bosquets, des parcelles que l’on laissait tranquilles, parce qu’on avait toujours fait ainsi. La modernité appelait cela des zones perdues ; eux savaient qu’il s’agissait de limites nécessaires. »

    La Technique est devenue un sacré de substitution qui ne tolère plus aucune limite. Ces auteurs réactivent un autre sacré, ni moral, ni abstrait, mais enraciné. Un sacré qui ne promet pas le salut, mais l’appartenance. Leur littérature n’est pas une nostalgie folklorique, mais une contre-théologie charnelle : elle affirme que l’homme ne peut vivre sans limites, sans rites, sans lieux investis symboliquement

    Enracinement et ruralité païenne : la résurgence d’un autre religieux

    Tous ces auteurs s’enracinent dans leurs petites patries charnelles. La Bourgogne pour Vincenot, les Vosges pour Maulin, la Provence chez Giono, la Sologne chez Genevoix ou Pierric Guittaut, l’Anjou chez Bertrand Lacarelle… Pour eux, la campagne n’est pas un refuge, mais un monde en soi – un monde complet, habité, sacralisé.

    Chez Giono, le sacré est constamment présent dans la nature (particulièrement dans sa trilogie de Pan8 : Colline, Regain, Un de Baumugnes) ; pour Vincenot, il se manifeste sous la forme d’une mémoire vivante ; chez Maulin, il est un refuge primitif et carnavalesque. Mais tous partagent l’intuition que dans la dérive marchande et technicienne, l’humain perd une dimension essentielle. Le sacré reparaît comme seuil de résistance, non pas pour rétablir un ancien ordre, mais pour offrir des ressources, des récits premiers, des formes de réenchantement.

    Vincenot : la Bourgogne comme cosmos

    Enraciné dans une Bourgogne ouverte sur des temps immémoriaux, Vincenot célèbre un sacré païen où la nature tout entière constitue une communauté vivante. Ce sacré s’enracine dans les lieux, les saisons, les gestes (la chasse, la vendange, la cueillette, le travail du bois), les savoirs (remèdes, proverbes) et les croyances locales qui forment une liturgie païenne. Il met en scène un conflit métaphysique : d’un côté les forces de la continuité, de la transmission, du compagnonnage avec la nature ; de l’autre, l’abstraction, l’ouverture, l’oubli : « À notre insu, lentement, courageusement, opiniâtrement, on nous arrachait au singularisme païen, pour nous préparer aux fructueux échanges universels »9.

    Avec Les Étoiles de Compostelle, Vincenot va plus loin encore. Le roman fait surgir une conception explicitement pré-chrétienne du sacré, nourrie de druidisme, de cycles cosmiques, de longue mémoire : « l’imagination, c’est un réservoir alimenté par des rivières venues de très loin ». La terre y est parcourue de « courants », de forces invisibles que les hommes modernes ne savent plus lire.

    Giono : le paganisme organique

    Dans sa Trilogie de Pan, Giono développe une vision du monde profondément panthéiste et païenne, mais d’une nature différente de celle que l’on trouve chez Vincenot. Sa Provence n’est pas qu’un décor mais une force agissante. La nature est vivante et ses personnages (bergers, paysans, et marginaux qui vivent selon des lois antérieures à l’État et au marché) sont soumis à des forces qui les dépassent.

    Chez Giono, le sacré se manifeste directement dans la nature elle-même, dans la terre, le vent, la sève, la roche, les bêtes et les cycles de la vie. Son paganisme est tellurique, et l’homme n’est qu’un élément d’un grand organisme vivant. C’est particulièrement frappant dans Regain. Le récit (Panturle essaie de redonner vie à un village dont il est le seul habitant) fait sentir les rythmes du temps, les saisons, les présences invisibles des éléments. L’homme se construit dans l’interaction avec la nature, jusqu’à fusionner avec elle. Panturle éprouve physiquement la présence du vent et du sol comme s’il participait à leur vie : « Le vent s’appuie sur lui de tout son poids, par larges coups, longs et lourds, puis, s’envole, [–]. Ces autres choses auxquelles il pensait, qui sont dans sa peau comme des vinaigres ou des eaux douces, elles coulent aussi de lui pressé de vent ; et c’est aussi l’herbe et la terre qui le boivent. »

    Genevoix : un sacré sans transcendance

    Chez Maurice Genevoix, la Loire, ses rives et forêts, deviennent le cœur battant d’un autre monde encore possible. Dans Raboliot, le personnage principal (qui s’appelle Raboliot car il ressemble à un lapin de rabouillère) fait corps avec la nature. Il la vit, la lit, la respire comme un milieu originel. La forêt est ici un organisme vivant – mais, contrairement à Giono, ce n’est pas une vision cosmique : c’est une expérience sensorielle et pratique, celle du chasseur.

    Le lien au milieu est quasi sacré, mais il s’agit d’un sacré horizontal : sous forme de sensation, de geste, de mémoire vécue incorporée depuis l’enfance : « Bête par bête, brin d’herbe par brin d’herbe, depuis sa toute petite enfance il avait appris ce pays. »

    Le monde que Genevoix décrit dans Raboliot est menacé : celui des pêcheurs, des chasseurs, des hommes liés par des usages, des silences, des fidélités. Ancien combattant de 1914, Genevoix sait ce qu’est la mécanique de destruction moderne. Ses personnages (Raboliot en tête) ne sont donc pas naïfs ; ils sont traversés par la conscience du péril. C’est précisément cette conscience qui donne à son œuvre sa tonalité de résistance.

    Le paganisme carnavalesque de Maulin

    L’ambition de Maulin est de réenchanter le monde. Ses héros (souvent des marginaux et parfois des semi-idiots) tentent de réactiver les mythes, des traditions, d’imaginer des contre-sociétés par dégoût du monde contemporain. Dans Le temps des loups10, il met en scène un « paganisme de droite » : un imaginaire à la fois mythologique, identitaire et ironique. Le roman convoque plusieurs aspects de cet imaginaire : la forêt sacrée, la fraternité virile, l’animal totem (le loup) et la sagesse archaïque face au monde moderne décadent. Le chef de la « franc-bûcheronnerie » – une communauté ancienne et enracinée – présente sa confrérie : « Nous sommes les tenants des vérités éternelles que le monde a cru bon d’oublier. [–] Nous sommes les niais sylvestres, innocents et cruels. Nous sommes la discipline et la fraternité, les chasseurs de la Horde et les éducateurs. »

    Dans chacun de ses romans, l’imaginaire païen est revendiqué. Le paganisme de Maulin est une tentative de retrouver un sens dans une époque désenchantée, de penser le retrait du monde moderne. Dans Les Évangiles du lac11, il présente le fonctionnement d’une communauté : « Ici, ce n’étaient ni les lois ni l’argent qui gouvernaient vraiment. Tout cela ne pesait pas lourd face à ce qui existait depuis toujours. C’était la Nature sauvage et primitive qui gouvernait le monde, avec ses règles à elle, ses caprices, sa violence aussi. Les hommes passaient, s’agitaient, disparaissaient, et elle restait. Ceux qui l’avaient oublié finissaient toujours par le payer. » Et plus loin : « Ils ne priaient pas comme on prie dans les églises. Il n’y avait ni règles ni catéchisme, seulement des gestes, du vin, des corps, des nuits passées dehors. Certains soirs, on aurait dit qu’ils rendaient un culte obscène à quelque chose de plus ancien que toutes les religions. Un sacré sans morale, sans promesse, mais bien réel, enraciné dans la terre et dans la chair. »

    Les communautés enracinées

    Cette lignée littéraire ne parle pas simplement de champs, de forêts ou de villages. Elle réaffirme que la communauté est le socle d’une résistance face à l’effacement et à ce qui nous nie. Dans les romans de Giono et de Vincenot, la communauté (même réduite à quelques villageois) fonctionne comme une microsociété organique et n’est jamais une structure administrative. Elle est une fraternité charnelle, née de la fréquentation du même vent, de la même eau, du même sol. Chacun y a sa place, non par contrat, mais par appartenance.

    Bertrand Lacarelle dans Retour aux fougères12 met en scène des campagnards et des néo-ruraux qui vont former une communauté en lutte contre une antenne-relais qui enlaidit leur paysage : « des forlongeurs nous ont devancés, et nous devons leur rendre hommage, nous en inspirer. Ils ont senti bien avant nous – dès ce XXe siècle de transformation terminale et tératologique – qu’il fallait pour survivre, pour rester humain, se mettre soi-même au ban de la civilisation post-moderne. Ces forlongeurs ont compris qu’il fallait regagner les campagnes. Poètes, écrivains, philosophes, fils ou non de paysans : ils ont fui les mégapoles, ces laboratoires de la catastrophe générale, ces viviers du transhumanisme et du post-humanisme à venir. Ils se sont tôt mis à l’abri, comme ces animaux qui sentent arriver le raz-de-marée, tandis que les humains se précipitent sur la côte pour faire un selfie ».

    Du bocage normand à la forêt vosgienne, Maulin imagine dans nombre de ses romans des petites communautés qui complotent contre la modernité, des troupes de fortune qui réinventent des formes de vie communautaires face à l’Empire du vide.Dans Les évangiles du lac, Maulin met en scène une communauté marginale, quasi hérétique, hors de l’État et du marché : « Ils vivaient là sans demander la permission à personne, et c’était déjà une faute impardonnable. »

    Ce qui émerge de chacun de ces romans est une forme de révolte sans drapeau, ni militante, ni organisée. Une révolte de la chair contre l’abstraction, du terroir contre le réseau mondial, de la mémoire contre l’instantané. Témoignages parfois anciens, ces œuvres deviennent des manuels d’imaginaire pour réinventer les mondes possibles. À l’heure de la désertification des campagnes, de la fermeture des services publics, de la standardisation des modes de vie et des désastres écologiques, elles prennent une actualité nouvelle.

    Pour une littérature enracinée : manifeste contre le monde hors-sol

    Cette lignée littéraire oppose au règne de la Technique et de l’illimité, la limite et la fidélité au lieu. Elle rappelle que l’homme ne vit pas de flux, mais de liens ; pas de droits abstraits, mais d’appartenances concrètes. Elle désigne ce qui mérite d’être défendu : la terre comme lieu vivant, la communauté comme structure de sens, la longue mémoire comme force active. Écrire aujourd’hui dans cette filiation, c’est refuser le monde hors-sol, l’uniformisation et l’oubli. En réactivant des récits enracinés, en redonnant chair aux lieux, aux gestes et aux appartenances, elle ouvre un espace où d’autres manières d’habiter le monde demeurent pensables.

    Dans cette perspective, le lecteur n’est pas qu’un consommateur ; il devient un acteur et, peut-être, un passeur. Car notre combat est culturel, charnel, existentiel, et ne peut se réduire à des positions politiques ou à des constructions idéologiques. S’il se limite à ce terrain, il reste abstrait, désincarné, et finit par reproduire ce qu’il prétend combattre. C’est pourquoi il doit investir tous les fronts. La langue, d’abord, qui façonne notre perception du réel. L’imaginaire ensuite, qui préserve les nuances, les héritages et les enracinements. Les formes de vie enfin – gestes, rythmes, paysages, communautés – qui donnent chair à ce que les idées seules ne peuvent incarner.

    Anthony Marinier (Site de la revue Éléments, 16 août 2026)

     

    Notes :

    1. Henri Vincenot, La Billebaude, 1978, Denoël

    2. Maurice Genevoix, Raboliot, 1925, Grasset

    3. Olivier Maulin, Le Bocage à la nage, 2013, Balland

    4. Bernard Charbonneau, Le Jardin de Babylone, 1969, Gallimard

    5. Jacques Ellul, Le Système technicien, 1977, Calmann-Lévy

    6. Henri Vincenot, Le Pape des escargots, 1972, Denoël

    7. Henri Vincenot, Les Étoiles de Compostelle, 1982, Denoël

    8. Jean Giono, Colline, 1929 ; Un de Baumugnes, 1929 ; Regain 1930, Grasset

    9. Henri Vincenot, La Billebaude, 1978, Denoël

    10. Olivier Maulin, Le temps des loups, 2022, Le Cherche-midi

    11. Olivier Maulin, Les évangiles du lac, 2008, L’Esprit des péninsules

    12. Bertrand Lacarelle, Retour aux fougères, 2025, Le Cherche-midi

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  • Viols : la rançon du vivre-ensemble...

    Le numéro 83 du mensuel conservateur L'Incorrect est en kiosque. On peut notamment découvrir à l'intérieur un dossier central consacré à la  multiplication des viols commis par des allogènes extra-européens.

     

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    Au sommaire :

    L’ÉPOQUE
    La classe armoricaine

    Pour que vive la France, vive le Roi

    DOSSIER
    Silence, on viole

    MONDE
    Le trumpisme decrypté - Entretien avec Adrian Pabst

    Dernières nouvelles d'Orient

    IDÉES
    Benoît XVI, magistère écologique

    Jordan Peterson et Rod Dreher : comment réenchanter le monde ?

    Ernesto Sàbato : l'esprit ou la matière visitée

    CULTURE
    Distillations

    Retour à l'art sacré - Entretien avec Augustin Frison-Roche

    La littérature française en panne de grands sujets

    Comment la littérature japonaise illumine la nuit française

    Biografilms musicaux, la saturation

    The Brutalist : grandeurs d'un échec

    LA FABRIQUE DU FABO
    Le vintage est-il de droite?

    Les habits neufs

    Histoire légendaire du blanc cassis

    Partout, les saints

    Quelle histoire !

    La carte noire par Olivier Maulin

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  • Les anars de droite...

    Le magazine Valeurs actuelles publie un nouveau numéro hors-série intitulé Les anars de droite. Un numéro introduit par Olivier Dard dans lequel on trouvera notamment des articles de Jean-Jacques Mourreau, d'Olivier Maulin, de Nicolas Gauthier, d'Eric Letty, de Bruno de Cessole, d'Alexandre Nantas, de Jérôme Leroy et de Michel Marmin !...

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    " Ils ont été, de tout temps, les sonneurs de tocsin contre la décomposition et la déconstruction. Mais sans jamais se prendre au sérieux. Irrésistiblement français ! Et animés d’un goût prononcé pour la provocation…

    C’est aux anars de droite, écrivains, polémistes, artistes, qu’est consacré ce nouveau hors-série de Valeurs actuelles : du dandy précurseur Barbey d’Aurevilly aux répliques d’Audiard et piques de Desproges, de Céline à Brassens, des Hussards à Tesson, en passant par Bloy et Raspail, Gérard de Villiers, le père de SAS, BB et Sardou… Un dossier présenté par l’historien Olivier Dard. "

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  • La chute de la maison France...

    Le 17 mai 2024, Martial Bild recevait, sur TV libertés, Olivier Maulin pour évoquer avec lui son dernier recueil de chroniques La république des copains (Via Romana, 2024).

    Anar de droite, tendance Rabelais, critique littéraire à Valeurs actuelles, alsacien et roi de Montmartre, Olivier Maulin est l'auteur de romans truculents et païens, comme En attendant le roi du monde, Les évangiles du lac et Petit monarque et catacombes, récemment réédités par La Nouvelle Librairie, ou Les Lumières du ciel (Balland, 2011),  Le Bocage à la nage (Balland, 2013), Gueule de bois (Denoël, 2014) La fête est finie (Denoël, 2016) et dernièrement Le temps des loups (Le Cherche Midi, 2022). Il a également publié un recueil d'articles polémiques revigorant, Le populisme ou la mort (Via Romana, 2019).

     

                                              

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  • Le triomphe de Thomas Zins : anatomie d'un consentement...

    Nous reproduisons ci-dessous un bel article cueilli sur Idiocratie et consacré au grand roman de Mathieu Jung, Le triomphe de Thomas Zins, publié en 2017 et réédité en poche en 2018, que nous vous engageons à découvrir, si vous ne l'avez pas encore lu. Les autres pourront prolonger les réflexions de cet article par la lecture du texte, «Thomas Zins, Céline Schaller et leurs enfants. 24 brindilles pour une modeste couronne », qu'a consacré Olivier Rey à ce roman dans le numéro de Nouvelle École (n°72) publié en 2023, ainsi par celle du dossier que la revue L'Atelier du roman (n°94, 2018) lui a consacré (avec des articles de François Taillandier, Romaric Sangars, Dominique Noguez et Olivier Maulin, notamment).

     

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    Le triomphe de Thomas Zins : anatomie d'un consentement

    La publication du roman de Matthieu Jung, Le triomphe de Thomas Zins, n'a suscité que de rares échos bienveillants dans la presse et il s'est trouvé aussi quelques culs-bénis de gauche ou de droite, jetant de part et d'autre des anathèmes bien imbéciles, tel petit fonctionnaire du bien-penser brandissant le sempiternel « soupçon d'homophobie », tel excité du goupillon, campant sur la rive opposée du marigot idéologique français, affirmant au contraire que le roman se vautre « dans la fange sodomite ». Quand les abrutis des deux camps se mettent d'accord pour vilipender un texte, on sait en général que celui-ci risque d'être bon. Avec Matthieu Jung, on est bien au-delà et plus d'un lecteur aura réalisé en achevant le Triomphe qu'il tenait là un très grand texte, certainement d'ailleurs l'un des rares grands textes que la fin du XXè et le début du XXIè, peu prodigues en la matière, nous auront laissé. 

    Dans le Triomphe de Thomas Zins, Matthieu Jung évoque une adolescence vécue dans les années 80 entre Nancy et Paris, évitant tout à la fois la mièvrerie et cette insupportable pseudo-connivence du vintage ou du kitsch, qui est le plus insupportable des maniérismes auxquels nous a habitué une époque obsédée par la mode du « revival ». Pas d'idéalisation, ni de regard attendri ou de second degré lourdingue dans l'évocation que livre Jung d'une adolescence vécue en 1985. Pour décrire le quotidien de Thomas Zins, les filles, les fantasmes, les frustrations et les tics de langage qui peuplent l'univers du nancéen de quinze ans entrant en classe de Seconde, Matthieu Jung fait mouche quasiment à tous les coups. De fait, Le Triomphe est l'une des évocations les plus justes, et, conséquemment, les plus cruelles, qui soient de cette France des années 80 qui vécut « l'illusion lyrique » mitterrandienne avant de voir peu à peu le rêve égalitaire et libérateur s'achever avec le « tournant libéral » fabiusien pour finalement sombrer dans la mascarade du PS à l'heure d'Harlem Désir et de Touche pas à mon pote. C'est aussi dans ce laps de temps d'une dizaine d'années que l'on observe également le triomphe et la ruine de Thomas Zins, jeune homme brillant mais influençable, obnubilé par ses rêves de succès érotiques et littéraires.

    Thomas triomphe, certes, au début du roman, mais ce triomphe, on le comprend, l'aveugle et en fait la victime idéale d'un prédateur croisant son chemin et suffisamment roué pour tirer parti de l'orgueil et des doutes du jeune homme. L'époque que décrit le Triomphe de Thomas Zins, est aussi celle qui célèbre encore, quinze après mai 68, l'impératif de jouissance, jusqu'à donner licence à la perversité la plus manipulatrice. En ce temps-là, on voyait Tony Duvert plastronner dans les colonnes de Libération en déclarant : « Je connais un enfant et si la mère est opposée aux relations que j'ai avec lui, ce n'est pas du tout pour des histoires de bite, c'est avant tout parce que je le lui prends. Pour des histoires de pouvoir, oui. »1 C'est l'époque où une certaine intelligentsia pouvait encore trouver très subversif de voir le même Duvert proclamer : « Je n'ai jamais fait l'amour avec un garçon de moins de six ans et ce défaut d'expérience, s'il me navre, ne me frustre pas vraiment. Par contre, à six ans, le fruit me paraît mur : c'est un homme et il n'y manque rien. Cela devrait être l'âge de la majorité civile. On y viendra. »2 Le journal Libération avait fini par faire son mea culpa en 2001 sous la plume de Sorj Chalandon et s'est cru récemment obligé de rappeler cet aggiornamento tardif alors que la tempête déclenchée par le scandale des pratiques pédophiles au sein de l'Eglise catholique risquait d'atteindre les rivages encore tranquilles de la gauche transgressive, Eglise médiatique autrement plus puissante.

    De ces années 80 là, le roman restait à faire puisqu'un silence gêné a succédé dans nombre de milieux à l'hagiographie littéraire. Les exemples, plus ou moins prestigieux, de Duvert à Matzneff, ne manquaient certes pas pour inspirer dans le Triomphe de Thomas Zins, le personnage de Jean-Philippe Candelier, pédéraste3 sordide se vantant auprès de sa jeune victime de nauséabonds exploits, enjolivés et justifiés au nom de cette esthétique frelatée dont nous sommes habitués à avoir les oreilles rebattues, avec ses thuriféraires, ses grands noms et ses grands prêtres, l'inusable trio  Bataille, Genet, Sade, croquemitaines en carton-pâte du théâtre de Guignol de la pseudo-transgression, agités et brandis à tout propos, pour tout justifier, du grotesque au répugnant. A coup sûr avec Candelier, Matthieu Jung a créé un intéressant monstre littéraire, dont l'humanité n'est pourtant que trop bien restituée dans ces travers les plus révoltants.

    Petit à petit, le prédateur tisse sa toile autour de Thomas, usant du chantage ou de la menace, instillant le doute comme un poison dans le psychisme adolescent pour neutraliser chez sa victime tous les mécanismes de défense, réussissant même pour finir à lui voler jusqu'à la parole pour réduire la victime au silence. Ce que le roman de Jung réussit aussi parfaitement, c'est à laisser la figure de Candelier relativement à l'arrière-plan. Hormis une ou deux scènes cruciales qui montrent simplement de quelle manière l'influence délétère du jouisseur sans entrave peut démolir le psychisme d'un gamin de quinze ans, ce qui intéresse le romancier est de narrer le combat livré par Thomas contre lui-même pour tenter de retrouver, à travers l'inextricable labyrinthe érigé par son vrai-faux « ami », et par la vie elle-même, qui est vraiment Thomas Zins. Au cours de cette lente dérive s'abîment l'adolescence, les premières amours, les amitiés et les ambitions d'un jeune homme trop arrogant et trop naïf qui se rêve romancier à succès et se figure avec candeur que la malhonnêteté et le cynisme de Candelier sont seulement une forme de transgression mondaine qui doit nécessairement accompagner la carrière de tout écrivain brillant et subversif. Some of them want to use you, some of them want to get used by you, some of them want to abuse you, some of them want to be abused...

    A travers les tribulations de Thomas, le roman de Matthieu Jung parle de l'absence destructrice des pères, du renoncement des aînés, d'un traumatisme spécifiquement français, qui renvoie bien au-delà des années 80 ou de mai 68, à la Seconde Guerre mondiale et aux guerres de décolonisation qui jettent dans le livre de Jung une ombre funeste sur les parents, les aînés, se débattant dans leur histoire familiale et leurs existences de plus en plus vides, au point de n'être plus capables de venir au secours de leur propres enfants. En écrivant sur de tels sujets, Matthieu Jung aurait pu aussi tomber dans le pamphlet, le réquisitoire ou le roman à thèse. C'est un écueil qu'il évite complètement en livrant au lecteur un roman d'une lumineuse noirceur.

     Des idiots (Idiocratie, 24 avril 2024)

     

    Notes :

    1 « Non à l'enfant poupée », propos recueillis par Guy Hocquenghem et Marc Voline, Libération, 10 avril 1979

    2 Tony Duvert, L'Enfant au masculin, éditions de Minuit, 1980, pages 18 et 21

     Si d'aventure, il se trouve un lecteur tenté de hurler à l'homophobie en lisant ce passage, je lui conseillerais d'aller tout de suite consulter un dictionnaire pour être bien au clair sur le sens du terme « pédéraste ». Les confusions malveillantes étant de nos jours malheureusement fort commodément entretenues.

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  • Des dynamiteurs du système ?...

    Le nouveau numéro de la revue Éléments (n°207, avril 2024 - mai 2024) est en kiosque!

    A côté du dossier consacré aux dynamiteurs du système, on découvrira l'éditorial, les rubriques «Cartouches», «Le combat des idées» et «Panorama» , un choix d'articles variés et des entretiens, notamment avec Pierre Lellouche, Milorad Dodik, Jean-Robert Raviot et Aude de Kerros...

    Et on retrouvera également les chroniques de Xavier Eman, d'Olivier François, de Laurent Schang, de Nicolas Gauthier, d'Aristide Leucate, de David L'Epée, de Bruno Lafourcade, de Guillaume Travers, d'Yves Christen, de Bastien O'Danieli, d'Ego Non, de Slobodan Despot et de Julien Rochedy...

    Eléments 207.jpg

    Au sommaire :

    Éditorial
    Le tiers exclu. Par Alain de Benoist

    Agenda, actualités

    L’entretien
    Vers le grand chaos mondial ? L’analyse implacable de Pierre Lellouche. Propos recueillis par Thomas Hennetier

    Cartouches
    L’objet disparu : l’œuf dur sur le comptoir. Par Nicolas Gauthier

    Une fin du monde sans importance. Par Xavier Eman

    Cinéma : cinéma païen ? Par Nicolas Gauthier

    Curiosa Erotica : Sylvain Tesson, une érotique des fées. Par David L’Épée

    Champs de bataille : Alsace 44, le dernier solstice de la Wehrmacht. Par Laurent Schang

    Le filousophe (3e partie). Par Bruno Lafourcade

    Le droit à l’endroit : les « Sages » ou le coup d’État permanent. Par Aristide Leucate

    Économie. Par Guillaume Travers

    G. Lenotre, grand historien de la petite histoire. Le regard d’Olivier François

    Bestiaire : la résilience animale. Par Yves Christen

    Sciences. Par Bastien O’Danieli

    Le combat des idées
    Agriculture européenne : dernière révolte avant liquidation ? Par Daoud Boughezala

    Gérard Miller, Benoît Jacquot et les grands méchants loups. Par Olivier Maulin

    Les duellistes : Gérard Depardieu sur le gril. Par François Bousquet et Xavier Eman

    Conflit israélo-palestinien : intifada à Hollywood ! Par Nicolas Gauthier

    La survie des médiocres. Par François Bousquet

    Les habits neufs de Jupiter : quand le roi est nul. Par Anthony Marinier

    Milorad Dodik : la Republika Srpska sous pression américaine. Propos recueillis par Hervé Juvin

    Jean-Robert Raviot : la Russie, un empire postmoderne ? Propos recueillis par Julien Lusinchi

    Guérilla karenni : une chouannerie asiatique au XXIe siècle. Par Henri Darrigrand

    Politique de Sade, le marquis sans-culotte. Par David L’Épée

    Polémistes : les saigneurs de la guerre. Par François Bousquet

    Nouvelle École : un autre Barrès ou la dialectique du fédéralisme. Par Jeremy Baneton

    François Héran, le déni oui-oui. Par Fabrice Moracchini

    Les ethno-polars de Caryl Férey, étonnant voyageur, détonnant bourlingueur. Par Gérard Landry

    Disparition de Tai-Luc : la Souris est déglinguée, nous aussi. Par Laurent Schang

    Les dissidents de l’art contemporain : visite avec Aude de Kerros. Par Olivier François

    New romance, l’éternel féminin à prix cassé. Par François Bousquet et Anthony Marinier

    Julien Gracq, l’antimoderne : retour aux sources du romantisme. Par Gabriel Piniés

    Dossier
    Musk, Trump, Carlson : les dynamiteurs du Système ?

    Qui est @Elon Musk ? Allô la Terre, ici Mars. Par François Bousquet

    Donald Trump, l’anti-Machiavel. Par Ethan Rundell

    L’auto-radicalisation de Tucker Carlson : l’autre Voice of America. Par Ethan Rundell

    Panorama
    L’œil de Slobodan Despot

    Reconquête : l’homme NPC. Par Slobodan Despot

    La leçon de philo politique : lire August Wilhelm Rehberg. Par Ego Non

    Un païen dans l’Église : le drac de Nancy. Par Bernard Rio

    Rochedytorial : la foudre gouverne, Héraclite et l’entropie. Par Julien Rochedy

    Éphémérides

     

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