Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

nicolas gauthier

  • USA/ Venezuela : géopolitique et retour aux réalités oubliées...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Nicolas Gauthier, cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré à l'opération des États-Unis au Venezuela.

     

    Trump_Maduro.jpg

    USA/ Venezuela : géopolitique et retour aux réalités oubliées

    « J’avais l’impression de regarder une série télévisée », aurait affirmé Donald Trump en regardant, en direct, l’équipée américaine au Venezuela. Passé l’effet de sidération médiatique, un état des lieux s’impose.

    Le moins qu’on puisse prétendre est, qu’en France comme en Europe, les réactions demeurent de convenance, à l’exception de La France insoumise, résolument contre, et de Giorgia Meloni, présidente italienne du Conseil des ministres, résolument pour. Si les autres autorités, de l’Élysée au Rassemblement national, en passant par Les Républicains et le Parti socialiste, condamnent cette violation manifeste du droit international, le moins qu’on puisse dire est qu’elles ne s’indignent guère plus que ça. À quoi bon, d’ailleurs ? Certes, le discours de Dominique de Villepin à la tribune de l’ONU, en 2003, s’il avait sauvé l’honneur du Vieux continent, n’avait en rien empêché les USA de partir en guerre contre l’Irak avec le succès qu’on sait. Comme quoi le pouvoir de la parole ne compte que si sous-tendu par le pouvoir véritable, celui des armes. Si Villepin fut entendu ; Trump, lui, est écouté. La nuance est de taille.

    Ne pas confondre Maduro et Chávez…

    Autre nuance ayant manifestement échappée à nombre de nos confrères : Nicolás Maduro n’est pas Hugo Chávez. Le second fut un leader charismatique, populiste et nationaliste, doublé d’un bâtisseur, ayant été le premier chef d’État vénézuélien à vouloir sortir son pays du piège d’une rente pétrolière confisquée par les oligarchies locales en tentant de diversifier l’économie locale et en mettant tout en œuvre pour extirper le peuple d’une pauvreté structurelle. Une lutte qui s’inscrivait dans celle de son compatriote Simón Bolívar, l’homme qui, après avoir rompu avec la couronne espagnole, refusait la tutelle yankee sur l’Amérique latine. Une sorte de troisième voie d’alors, en quelque sorte.

    Le parcours du premier est tout autre. Issu de la petite bourgeoisie de Caracas, il adhère tôt à La Ligue socialiste, un groupuscule marxiste, où il officie comme garde du corps avant d’être envoyé à Cuba, à l’école des cadres communistes. Un apparatchik sans réelle envergure donc, coupé des réalités d’un peuple qu’il ne connait finalement pas tant que ça. D’où cette dérive de plus en plus autoritaire qui répugnait à son auguste prédécesseur. Pour s’en convaincre, il suffit de relire Que la bête meure, l’un des meilleurs SAS consacrés au sujet, à l’occasion duquel Gérard de Villiers explique comment la CIA a protégé Hugo Chávez contre des tentatives d’assassinat ourdies par la haute société vénézuélienne, blanche il va de soi, contre celui qu’elle tenait pour un communiste à moitié Indien. La Maison-Blanche semblait alors tenir cet autocrate pour une personnalité respectable avec laquelle il fallait, bon an mal an, compter. Manifestement, cette époque n’est plus depuis longtemps.

    La prégnance de la doctrine Monroe…

    Après, comment dire, on s’étonne que nos confrères puissent faire mine de s’étonner devant un tel coup de force. Les plus érudits évoquent le retour de cette doctrine Monroe, développée dès 1823 par le président James Monroe qui annonçait que le Sud du continent américain avait vocation à être la chasse gardée de Washington. Depuis, les gouvernements ont pu changer d’étiquette, mais Démocrates et Républicains ont toujours appliqué la doctrine en question ; avec des gants, parfois, le plus souvent sans. Dès 1901, Cuba est occupé par les USA, alors que l’île vient tout juste de s’émanciper de Madrid, passant, de fait, d’une tutelle à une autre. Inutile de rappeler l’épisode tragicomique de la Baie des cochons, en 1961, quand la CIA tente de débarquer Fidel Castro, qui avait préalablement lui-même débarqué Fulgencio Batista, son prédécesseur installé au pouvoir par la Maison-Blanche. Hormis les putschs à répétition organisés en Amérique latine par les services secrets américains, on se souviendra de deux autres expéditions préfigurant celle qui vient d’avoir lieu au Venezuela.

    En 1983, sous le premier mandat de Ronald Reagan, les forces spéciales américaines sont parachutées sur l’île de la Grenade, dont le gouvernement, mené par un Conseil militaire révolutionnaire, tend à se rapprocher du régime castriste. Si l’heure n’est pas encore aux séries télévisées, la dimension hollywoodienne de l’événement pousse Clint Eastwood à réaliser l’un de ses films les plus crétins, Le Maître de guerre (1986). En 1989, c’est au tour de George Bush d’envahir le Panama et d’y kidnapper son président, Manuel Noriega, pourtant agent quasi-officiel de la CIA, mais narcotrafiquant officieux. En 1992, il est condamné à quarante ans de prison par le tribunal de Miami.

    Bref, et tel que plus haut rappelé, rien de bien neuf sous le soleil. Les nations fortes imposent leur loi aux pays faibles. D’ailleurs, que fut la Françafrique ? Des coups d’état à l’occasion desquels l’Élysée se débarrassait de potentats devenus encombrants pour les remplacer par d’autres, plus accommodants. Mais, autrefois, on y mettait les formes, de façon plus ou moins hypocrite. Le véritable changement, c’est que Donald Trump n’a que faire de ces bonnes manières. Il dit ce qu’il va faire et fait ce qu’il a dit. Au contraire d’un Woodrow Wilson par exemple qui, président américain de 1913 à 1921, fut à l’origine de la Société des Nations, cette instance internationale censée mettre fin à toutes les guerres, sans parvenir à empêcher aucune. Un humanisme qui ne l’encombre pas, en 1914, quand il s’agit d’envahir le Mexique et de s’y installer trois ans. Dans le même temps, il intervient militairement à Haïti et en République dominicaine, au motif que les intérêts américains y étaient menacés. Pas mal pour un pacifiste ; même si par ailleurs il était grand admirateur du Ku-Klux-Klan et à l’origine de la Prohibition. À ta santé, Woodrow…

    L’effacement diplomatique de la France…

    Il y a deux sortes de satrapes. Ceux qui se comportent comme tels et qui l’assument. Et ceux qui font de même tout en administrant des leçons de morale à la terre entière. À tout prendre, il n’est pas interdit d’opter pour les premiers. Donald Trump correspond assez bien à cette définition. Tout comme ses homologues russes et chinois, Vladimir Poutine et Xi Jinping. Après, on est en droit de préférer Bernard Kouchner : tous les mauvais goûts sont dans la nature. Fortuitement, ce sont ceux des instances européennes, encore persuadées qu’une loi contre la guerre suffit à mettre la guerre hors la loi, alors la guerre a ses propres lois depuis que l’homme est homme ; celle du plus fort prévalant, généralement. En revanche, le génie de la diplomatie a longtemps consisté à les éviter, non point au nom d’un manichéisme infantile (défendre les gentils contre les méchants), mais en raison d’intérêts réciproques bien compris. Ainsi, la guerre d’Ukraine aurait pu être évitée si le Quai d’Orsay était devenu autre chose qu’une officine néoconservatrice sous influence américaine. Car ce sont bien les USA qui ont acculé la Russie à la guerre, tout comme ils l’avaient autrefois fait, en 1990, avec l’Irak, poussant Saddam Hussein à envahir le Koweït.

    En ce sens, l’équipée américaine au Venezuela participe d’une toute autre logique, puisque, franchise trumpesque oblige, il affirme que ses armées sont là pour s’enrichir avec le pétrole local. Une telle honnêteté est proprement désarmante, si l’on peut dire en la circonstance. Idem pour ce Groenland qui pourrait bientôt connaître le même sort. Car malgré ses allures de brute inculte, Donald Trump semble avoir quelques lettres en matière historique. À ce titre, faut-il savoir qu’en 1867, les États-Unis proposaient déjà au Danemark de leur acheter ce fichu Groenland, offre renouvelée en 1946 par le président Harry Truman et, en 2019 par… Donald Trump, lors de son premier mandat. À croire que notre homme a de la suite dans les idées et que ce qui pourrait passer pour l’une de ses énièmes lubies, est de longue date ancrée dans la politique de la Maison-Blanche.

    Après, objectent les derniers tenants de l’ordre international, ce qu’a fait Trump au Venezuela dédouane en quelques sorte ce que Poutine fait en Ukraine ou que Jinping pourrait faire à Taïwan. Ce n’est pas faux. Mais l’un ne ressent plus guère le besoin de se justifier, pas plus que l’autre n’aura éventuellement envie de faire de même, sachant qu’il estime que cette île fait partie intégrante de la Chine. Ce qui est d’ailleurs conforme au fameux “droit international”.

    Mais, après la politique étrangère, quid de la politique intérieure ? Donald Trump a précisément été réélu pour pleinement s’y consacrer. D’où la colère d’une partie de son électorat MAGA à tendance isolationniste, qui voit mal l’intérêt qu’il y a à bombarder l’Iran pour le compte d’Israël et à maintenant envahir le Venezuela, en attendant que vienne le tour de Cuba ou de la Colombie. Ce d’autant plus que si ce raid éclair a été couronné de succès, avec sûrement des complicités intérieures au plus haut niveau, quid de la suite ? Il n’y a pas que les Arabes à savoir mener des guérillas, les Sud-Américains s’y connaissant plus qu’un peu. Soit un problème qui risque de bientôt se poser en termes électoraux, sachant que l’électorat hispanique, de plus en plus incontournable aux USA, a en partie fait sa victoire en 2025, pourrait le défaire à l’occasion des élections de mi-mandat qui s’annoncent. À force d’avoir trop de fers on feu, il peut arriver qu’on puisse se brûler. Une préoccupation qui, manifestement, n’encombre pas plus que ça les cervelles de nos technocrates bruxellois, incapable de comprendre que leur nouvel ordre international, ce chaos organisé, ne fut qu’une parenthèse hypocrite et que le réel reprend aujourd’hui ses droits. En admettant toutefois qu’il les ait un jour oubliés. Le passé a encore de l’avenir, dit-on.

    Nicolas Gauthier (Site de la revue Éléments, 6 janvier 2026)

    Lien permanent Catégories : Points de vue 0 commentaire Pin it!
  • Demain, une Europe sans Européens ?...

    Le nouveau numéro de la revue Éléments (n°217, décembre 2025 - janvier 2026) est en kiosque!

    A côté du dossier consacré à la démographie des peuples européens, on découvrira l'éditorial d'Alain de Benoist, les rubriques «Cartouches», «Le combat des idées» et «Panorama» , un choix d'articles variés et des entretiens, notamment avec David Betz, Ivan Krastev et Dany Robert-Dufour...

    Et on retrouvera également les chroniques de Xavier Eman, d'Olivier François, de Laurent Schang, de Nicolas Gauthier, d'Aristide Leucate, de David L'Epée, de Bruno Lafourcade, de Guillaume Travers, d'Yves Christen, de Bastien O'Danieli, d'Ego Non et de Bernard Rio...

     

    Eléments 217.jpg

    Au sommaire :

    Éditorial
    Vous avez dit « domination » ? Par Alain de Benoist

    Agenda, actualités

    L’entretien
    L’entretien choc de David Betz : vers une guerre civile européenne? Propos recueillis par Daoud Boughezala

    Cartouches
    L’objet disparu: le scoubidou, par Nicolas Gauthier

    Mes lectures, par Alain de Benoist

    Une fin du monde sans importance, par Xavier Eman

    Cinéma: Chien 51, dystopie crépusculaire, par Nicolas Gauthier

    Curiosa Erotica: Jean-Pierre Bouyxou, homme de toutes les fascinations. Par David L’Épée

    Champs de bataille: il y a ferraille et ferraille. Par Laurent Schang

    Uranie, l’hortothérapeute (IX). Par Bruno Lafourcade

    Littérature. Les choix d’Anthony Marinier

    Un homme, une maison d’édition: Xavier Meystre. Propos recueillis par François Bousquet

    Le droit à l’endroit: l’État de droit, une vieille idée neuve. Par Aristide Leucate

    Économie. Par Guillaume Travers

    Bertrand Lacarelle, écrivain forlongueur. Par Olivier François

    Bestiaire: Kant, le chien et l’ornithorynque. Par Yves Christen

    Sciences. Par Bastien O’Danieli

    Le combat des idées
    Taxe Zucman: panacée ou illusion ? Par Guillaume Travers

    Le miracle européen : la « grande divergence », apogée et épuisement. Par Thomas Hennetier

    Ivan Krastev: comment notre monde est devenu illibéral. Propos recueillis par Daoud Boughezala

    Qui sont les Blancs ? Julien Rochedy ouvre le dossier interdit. Par François Bousquet

    « Sale Blanc ! » P.-A. Taguieff, radiographie le ressentiment victimaire. Par François Bousquet

    Thomas Hennetier : « Pas de démocratie sans peuple ». Propos recueillis par François Bousquet

    Dans la tête de Mélenchon. Par Denis Collin

    Badinter au Panthéon: la mort lui va si bien. Par Christophe A. Maxime

    L’histoire secrète d’Enrico Mattei : or noir et stratégie de la tension. Par Gérard Boulanger

    Samuel Fitoussi contre les mandarins : pourquoi les intellectuels se trompent. Par David L’Épée

    Dany-Robert Dufour: baise ton prochain comme il te baisera. Propos recueillis par François Bousquet

    Le droit à la continuité historique contre l’extinction des peuples. Par Gabriel Piniés

    Un pas de côté avec Patrice Jean : le roman n’a pas dit son dernier mot. Par Anthony Marinier

    Hugues Pagan le survivant: la nuit n’a pas d’alibi. Par Gérard Landry

    Yellowstone, la pastorale américaine de Taylor Sheridan. Par François-Xavier Consoli

    Erich Fromm, l’apôtre de la société saine. Par Thomas Hennetier

    Dossier : Démographie: l’hiver des peuples européens
    Gérard-François Dumont : anatomie du déclin démographique français. Propos recueillis par Daoud Boughezala

    Trilemme démographique : immigration, stagnation ou sursaut nataliste ? Par Anthony Marinier

    Le Grand Bond… en arrière du continent noir. Par Loup Viallet

    Le mythe nataliste de l’immigration démenti par les faits. Par Darel E. Paul

    Le crépuscule du désir : comment le Japon se vide sans se renier. Par Nina Pravda

    Jean Raspail: l’homme qui avait tout vu venir. Par Anthony Marinier

    Panorama
    La leçon de philo politique : le rêve aristocratique d’Ernest Renan. Par Ego Non

    Pourquoi une philosophie politique civilisationnelle ? Par Frédéric Saint Clair

    Un païen dans l’Église : inspiration finale à Notre-Dame d’Avesnières. Par Bernard Rio

    « Back to bled! » La remigration selon Renaud Camus. Par François Bousquet

    Éphémérides

    Lien permanent Catégories : Revues et journaux 0 commentaire Pin it!
  • France-Algérie : les raisons de notre soumission...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Nicolas Gauthier cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré à la soumission librement consentie de la France à l'Algérie.

    Darmanin_Hommage FLN.jpg

    France-Algérie : les raisons de notre soumission

    Comme souvent dans l’Histoire, ce qui commence en tragédie finit en farce. Les rapports houleux et passionnels entre la France et l’Algérie n’échappent pas à la règle, étant passés d’une guerre réelle à un antiracisme irréel. Avec les conséquences qu’on sait.

    Pour obtenir la libération de l’écrivain Boulaem Sansal –  en attendant celle du journaliste Christophe Gleizes, lui aussi détenu dans les prisons algériennes –, La France avait, nous dit-on, le choix entre deux stratégies : l’une consistant à la manière forte et l’autre à la diplomatie. Les deux ont échoué avant même d’avoir été mises en œuvre. Si la « manière forte », prônée par Bruno Retailleau, ancien ministre de l’Intérieur dont la démission demeure un défi lancé au bon sens, n’a pas fonctionné, c’est tout simplement parce que l’Élysée a répugné à la pratiquer. Quant à la seconde, il s’agit plus une victoire de la diplomatie allemande que d’un succès du Quai d’Orsay. Bref, pas une balle dans le panier.

    Il ne faut pas aller creuser bien loin pour expliquer les raisons de cette impuissance : c’est la France qui l’a elle-même organisée.

    Guerre d’Algérie : chacun avait ses raisons…

    Résumons. La Guerre d’Algérie fut certes une horreur, plus horrible encore qu’un conflit traditionnel, s’agissant d’une véritable guerre civile, faisant se combattre les Algériens entre eux (FLN et harkis), mais également, et ce dans une moindre mesure, les Français (barbouzes gaullistes et soldats perdus de l’OAS). Pendant des années, tous les protagonistes survivants savaient bien que cette histoire ne s’était pas écrite en noir et blanc. Chacun avait ses raisons, toutes finalement légitimes. Et ce n’est qu’une vingtaine d’années après les Accords d’Évian, en 1962, qu’une vision manichéenne des « événements », tel que la censure d’État disait alors, a commencé à prévaloir ; ce à notre détriment, évidemment. Ainsi, pour nombre de médias et de personnalités politiques, de gauche généralement, cette guerre se résuma-t-elle à une « torture » devenue sorte de système à lui seul, à la fois cause et finalité, mais découplée du contexte du moment et sans qu’on cherche à s’interroger pourquoi elle avait pu être pratiquée. Tout en faisant semblant de croire que les guerriers du FLN se battaient à grands coups de sacs à main, notons-le. Dans la foulée, les mêmes assuraient que la France devait faire repentance pour son rôle de colonisateur. Comme si nous avions été les seuls du genre. Comme si les empires arabo-musulmans, Abbassides et Omeyades, sans oublier son homologue ottoman, s’étaient constitués sans jamais coloniser, d’abord leurs voisins avant de faire de même de pays lointains. Si tel n’avait pas été le cas, on se demande bien comment l’Indonésie serait aujourd’hui devenu le premier pays musulman du monde.

    Repentance : les Algériens ne nous en demandaient pourtant pas tant…

    Ce faisant, nous nous sommes agenouillés alors que personne n’aurait osé nous le demander, et surtout pas les nations concernées, tout en nous livrant, pieds et mains liés, nous interdisant ainsi de répondre à la plus minime provocation. Erreur aussi fatale que lourde de conséquences. En effet, nul besoin d’être un orientaliste distingué pour savoir que si ces peuples ne respectent certes pas que la force, ils méprisent généralement les faibles ; surtout ceux qui en font profession. Le criminologue Xavier Raufer, bien connu de nos lecteurs, affirmait ainsi et en substance, à l’occasion d’un entretien accordé à Causeur : « De par mon métier, j’ai souvent l’occasion de m’entretenir avec mes homologues algériens. La première fois, alors que l’heure était aux présentations, j’ai dit qui j’étais : un ancien partisan de l’Algérie française, du temps de ma jeunesse. Et cela s’est très bien passé. Ils comprenaient et ils respectaient. »

    Dans le même registre, le défunt Jean Bourdier, ancien directeur-adjoint de Minute et l’un des pontes de l’OAS-Métro, affirmait jadis à l’auteur de ces lignes : « Le parrain de ma fille cadette est un ancien chefs du FLN. Finalement, nous aimions tous les deux l’Algérie, chacun à notre façon. Mais, autant il professait la plus grande estime pour mon combat, autant il méprisait les porteurs de valises, concédant que les traîtres sont parfois utiles, qu’il s’en servait donc tout en les méprisant souverainement, ne parvenant pas à comprendre pourquoi ils trahissaient leur peuple et leur patrie. »

    Et le même de poursuivre : « La seule chose pour laquelle la France devrait faire amende honorable, c’est la trahison des harkis, ces soldats qui se sont battus pour la France et qui les a ensuite laissés tomber. Là, nous avons baissé d’un cran dans le cœur des Arabes, qui se rendaient compte que nos dirigeants n’avaient pas de parole. Et, par voie de fait, pas d’honneur. » Mais allez expliquer ça à un Emmanuel Macron qui n’a même pas fait son service militaire et pour qui la présence française en Algérie fut « un crime contre l’humanité. » Rien de moins. La junte au pouvoir, qui n’en demandait pas tant, fut exaucée au-delà même de ses vœux les plus fous. Ça, ce fut l’olive sur la corne de gazelle.

    Tenta-t-il d’ensuite se rattraper en évoquant « la rente mémorielle » du régime algérien ? Possible. Mais le mal était fait et bien fait. En même temps, Emmanuel Macron et capable du meilleur comme du pire ; mais c’est dans le pire qu’il demeure le meilleur.

    Les ravages de notre « antiracisme » d’État…

    Cette faute originelle, tant politique que psychologique, nous n’en finissons plus de la payer, permettant ainsi au régime algérien de confondre « rente mémorielle » et assurance-vie. Pour tout arranger et demeurer dans un semblable registre, notre antiracisme d’État montre un signe de faiblesse tout aussi aberrant, laissant à croire, non sans raison, que nous préférons les « autres » aux « nôtres » et que le fait d’être un « autre » demeure une inusable excuse en tous lieux, même et surtout devant les tribunaux. Comme si le fait d’être « maghrébin » pouvait être une circonstance atténuante, au même titre qu’on ne sait quelle déficience mentale.

    Étrange mélange de condescendance et de haine de soi. Voilà qui paraîtrait incongru sur le reste de la planète ; ça l’est plus encore dans l’âme arabe. Malheureusement, nous en sommes là.

    Nicolas Gauthier (Site de la revue Éléments, 18 novembre 2025)

    Lien permanent Catégories : Points de vue 0 commentaire Pin it!
  • Jean-Louis Tremblais : « Les USA, premier « État voyou » au monde ! »...

    Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Jean-Louis Tremblais à Nicolas Gauthier pour le site de la revue Éléments à l'occasion de la publication de ses souvenirs de reporter de guerre, Entre les lignes Reportages de guerre et aventure de presse (Erick Bonnier, 2025).

     

    jean-louis tremblais, nicolas gauthier, cioran, usa, états-unis

    Jean-Louis Tremblais : « Les USA, premier « État voyou » au monde ! »

     

    ÉLÉMENTS. Votre livre lève le voile sur les dessous des rédactions parisiennes. Il y a ce que l’on a vu, mais qu’on ne peut révéler: pourquoi ?

    J-L TREMBLAIS : Ce livre m’a été inspiré par une citation d’Henri Béraud, grand reporter de l’entre-deux guerres, l’égal d’Albert Londres et de Joseph Kessel, Prix Goncourt 1922 pour Le Martyre de l’obèse. Dans le Flâneur salarié, qui rassemble ses souvenirs de reportages, il écrit cette phrase ô combien pertinente : « Le journalisme est un métier qui consiste à passer la moitié de sa vie à parler de ce que l’on ne connaît pas et l’autre moitié à taire que l’on sait ». Désormais libéré de mon devoir de réserve, puisque je ne suis plus en activité, j’ai décidé de ne plus « taire ce que je sais » pour reprendre la formule de mon maître Béraud. En effet, les limites inhérentes à la presse écrite (calibrage, pagination, bienséance, déontologie, etc.) sont pour moi abolies. Un reportage n’est jamais qu’un résumé présentable et publiable d’une expérience qui s’est inscrite dans la durée, avec ses hauts et ses bas. Une infime portion du vécu réel. Dix feuillets pour raconter plusieurs semaines de péripéties, c’est peu, on en conviendra. Le grand reporter n’est pas censé détailler ce qui s’est véritablement passé : les ratés, les échecs, les refus, les humiliations, les arrestations, les dérapages ou les débandades. Il est là pour témoigner d’un événement tout en occultant les dessous du récit, soit le cambouis de la machine Presse. C’est ce « non paru », ce « non publié », que j’ai souhaité faire revivre en contre-champ de chaque reportage, de sorte que le lecteur puisse lire « entre les lignes » (de front et/ou de prose) et découvrir les dessous du papier glacé, pas toujours héroïques, parfois ridicules, mais toujours humains.

     

    Devoir malgré tout composer avec l’idéologie dominante

    ÉLÉMENTS. Il convient également de ne pas heurter la doxa du moment. Votre ouvrage, où vous nous livrez les dessous de vos reportages, est-il à lire comme une sorte de séance de rattrapage ?

    J-L TREMBLAIS : La doxa dont vous parlez, autrement dit l’idéologie dominante, il faut faire avec, vous avez raison. Arriver à transmettre un message politiquement incorrect dans un article n’est pas toujours facile mais on y arrive plus ou moins, jusqu’au jour où le grand écart et le slalom géant deviennent trop éprouvants pour votre organisme vieillissant. Personnellement, j’avoue que la crise COVID et la guerre d’Ukraine (deux sujets où j’étais en désaccord avec ma direction, alignée sur le narratif officiel) ont été décisives dans mon choix de raccrocher les gants. On ne peut pas être et avoir été (« has been », dans la langue de Shakespeare). Et comme je suis « has been », je vous répondrai que cet ouvrage n’est pas une séance de rattrapage. Rattraper quoi ? Mon avenir n’est pas devant moi, mais derrière moi…

    ÉLÉMENTS. On aurait pu croire que la parole d’un reporter de guerre, qui risque sa vie sur le terrain, valait un peu plus que celle d’un confrère, souvent simple analyste de bureau se contentant de répéter ce qu’il a lu chez d’autres confrères et qui, lui, ne risque jamais rien d’autre que sa place. Le lecteur peut y perdre ses dernières illusions quant à la profession. Et vous, que reste-t-il de celles de vos débuts ?

    J-L TREMBLAIS : N’ayant jamais conçu d’illusions sur cette profession, j’ai la chance de n’en avoir jamais perdues. On ne peut pas vous déposséder de ce que vous ne possédez pas, n’est-ce-pas ? Quand je vois les « confrères » et « consœurs » qui se relaient sur les plateaux de LCI, BFM, Cnews et tutti quanti, je me pince pour savoir si je rêve. Ils/elles sont tous « spécialistes » de l’Ukraine ou du Proche-Orient alors que, pour les trois-quarts, ils/elles (ce n’est pas que je sacrifie à l’écriture inclusive mais le journalisme est aujourd’hui colonisé par la gent féminine) n’ont jamais voyagé plus loin que l’Assemblée Nationale ou les studios de Beaugrenelle-Billancourt. Le summum, c’est quand on leur demande un avis technique sur le missile machin ou le blindé trucmuche. Et qu’ils répondent ! Sans vergogne et avec aplomb, qui plus est ! Alors que nul d’entre eux, nul d’entre elles, n’a entendu siffler une balle à ses oreilles, si ce n’est une balle de tennis… Le journaliste contemporain est un perroquet apprivoisé qui ne pense qu’au cachet, au salaire, à la notoriété et à la célébrité. Au fric et à la frime, pour résumer. Si j’ai choisi le métier de grand reporter (distinct de celui de journaliste), c’est justement pour fuir ces Rastignac de rédaction. Or quel était le seul endroit où on était sûr de ne pas les croiser ? Dans les zones de guerre, évidemment, là où on n’a rien à gagner, mais que des coups à prendre.

     

    « La vérité de la vérité, c’est la guerre », affirmait Michel Foucaut

    ÉLÉMENTS. Puisqu’il s’agit de ne rien cacher aux lecteurs d’Éléments, autant dire la vérité : je vous ai connu au siècle dernier, dans ce que l’on peut nommer la « presse dissidente ». Ce qui m’avait marqué chez vous, c’était une sorte de misanthropie assez célinienne. Après plus de vingt-cinq ans de métier, passés dans des conditions pour les moins inconfortables, désespérez-vous toujours autant de l’âme humaine ?

    J-L TREMBLAIS : Oui, nous étions des dissidents et des précurseurs. Nous avions raison sur tout, mais trop tôt. Et les « autres » ont gagné, ceux qui sont aux commandes. C’est pour cette raison que ni vous ni moi ne présentons le JT de 20 heures, que vous faites des piges pour Éléments et que je fais des livres qui ne se vendront pas (rires) ! Ce que j’ai constaté au cours de mes pérégrinations, c’est que, quelle que soit la longitude ou la latitude, l’être humain n’aime rien tant que faire du mal à son prochain, souvent plus par plaisir que par besoin. Depuis l’époque des cavernes, il excelle en ce domaine. Michel Foucault l’énonçait en ces termes : « La vérité de la vérité, c’est la guerre. » Le reste n’est que littérature. Le comble, c’est que le bipède ne se comporte pas mieux dans la paix. On le voit bien dans nos sociétés occidentales, gavées et châtrées. La violence et la cruauté y sont même plus pernicieuses : État rapace et vorace, lutte des classes et des races, exclusion des pauvres et des faibles, mort des campagnes, etc. En somme, « les hommes sont lourds », comme disait Céline…

    ÉLÉMENTS. Toujours à propos de l’humanité, une chose me frappe dans votre ouvrage, c’est que grande est l’impression que, de l’Afrique noire au Sud-Est asiatique, du Maghreb jusqu’au Machrek, les idéologies ne sont finalement que des habillages et que les appartenances ethniques, tribales, religieuses et culturelles finissent tôt ou tard par reprendre le dessus. Mais peut-être vous ai-je mal lu ?

    J-L TREMBLAIS : Vous avez très bien lu, dans et « entre les lignes ». Les Néandertaliens se défonçaient à coups de massues et de casse-têtes pour le contrôle d’un feu, d’une femme ou d’un cuissot de mammouth. Au moins, c’était clair et net. Rien n’a changé depuis sauf qu’on a effectivement « habillé » cet instinct de mort avec des idéologies. Pour justifier l’injustifiable. Or les idées sont fluctuantes et dépendent des modes. En revanche, les haines ancestrales, tribales ou ethniques, culturelles ou religieuses, ne varient pas d’un iota. Elles donnent le tempo du carnage, toujours.

     

    Le rôle mortifère des ONG

    ÉLÉMENTS. Pareillement, vous paraissez en avoir soupé, de la dose quotidienne de moraline humaniste. À ce propos, quid du rôle des ONG, censées soulager les peuples en proie aux guerres civiles, mais dont on est en droit de se demander si elles ne sont pas les épigones de puissances étrangères. En d’autres termes, il n’y a pas que des hommes des services secrets dans ces officines humanitaires, mais tous les hommes des services secrets y sont. Simple vue de l’esprit ?

    J-L TREMBLAIS : Je vais user d’une métaphore zoologique : les ONG sont aux guerriers ce que les rémoras sont aux requins. Elles se nourrissent des restes du prédateur, dans une symbiose parfaite. Savez-vous qu’on en recense dix millions dans le monde, selon le chercheur Thomas Davies dans Routledgge handbook of NGOs and International Relations ? Avant d’être un faux-nez pour les barbouzes (parfois mais pas toujours), c’est d’abord une remarquable entourloupe. Sous couvert de faire le bien, l’« humanitaire » roule en 4X4 et vit en nabab (souvent servi par des boys indigènes), son salaire étant payé par les donateurs privés ou par les subventions publiques. Je connais bien ces parasites qui, sur place, frayent entre eux dans leurs villas de luxe, sans se mélanger, tout en tenant des discours tiers-mondistes et progressistes : « Aimez-vous les uns les autres. Mais nous, on s’aime entre nous ! » Et quand ces bons-à riens prétentieux rentrent chez eux, c’est pour se pavaner avec l’aura du baroudeur et le prestige du bienfaiteur. Une engeance !

    ÉLÉMENTS. D’ailleurs, à en croire le simple exemple du Rwanda, dans la région des Grands lacs, ces mêmes ONG et leurs complices médiatiques semblent avoir tout mis en œuvre pour désigner la France comme complice des massacres entre Hutus et Tutsis. Mais il est vrai que cette partie du monde abrite des trésors en ses sous-sols. Soit de quoi provoquer nombre de convoitises. Mais pourquoi faut-il que cette vulgate soit reprise par nos médias ? À part Hubert Védrine, il ne s’est pas trouvé grand monde pour venir au secours de l’honneur de nos soldats qui, à en croire le colonel Jacques Hoggar, ont pourtant tout mis en œuvre pour éviter ces massacres…

    J-L TREMBLAIS : L’affaire du Rwanda est un cas exemplaire de désinformation. Pendant quatre ans, avant le massacre de 1994, la France a tout fait pour empêcher cet holocauste, notamment en y dépêchant des forces spéciales. Objectif : éviter la descente des Tutsis, qui faisaient partie de l’armée ougandaise (anglophone), vers Kigali. Car nos services secrets savaient qu’un génocide était programmé. L’armée française a rempli sa mission, mais son chef (selon la Constitution de 1958) était le Président de la République. Or, François Mitterrand venait de lancer sa croisade contre la « Françafrique » et ne jurait plus que par l’effacement de notre mainmise-présence sur le continent africain. Il a donc interdit à l’état-major de faire le nécessaire, ce qui était militairement réalisable, mais ne serait pas passé inaperçu. C’est donc justement parce que nos soldats ne sont pas intervenus (veto de l’Élysée) que le pire a eu lieu. Erreur dont les Américains, qui soutenaient l’Ouganda et les Tutsis, ont profité, faisant d’une pierre deux coups : évincer Paris de la région des Grands Lacs et faire main basse (via le Rwanda de Paul Kagame) sur les richesses minières de cette région limitrophe avec la République démocratique du Congo. Nos médias, qui se complaisent dans le mea culpa et la mauvaise conscience post-coloniale, ont fait ce qu’ils font le mieux : taper sur la France, responsable de tous les maux et les vices de l’Afrique, comme il se doit… Sous le regard extatique de Washington et des multinationales anglo-saxonnes. CQFD.

     

    Quid de notre pré carré africain ?

    ÉLÉMENTS. Toujours dans le même registre, la France vient d’être chassée de son « pré carré africain ». Défaite ou bon débarras ? Les Russes et les Chinois paraissent nous remplacer. Bonne ou mauvaise nouvelle pour les Africains ?

    J-L TREMBLAIS : Il n’y a pas eu défaite puisqu’il n’y a pas eu combat. Les pays qui nous expulsent ne sont forts que par nous sommes faibles. Il eût suffi d’une compagnie de Légion à Ouagadougou pour calmer les esprits et mater les putschistes. À la chicotte et sans même sortir un calibre. On n’est pas partis, on s’est couchés. Position qu’affectionne Emmanuel Macron ; tout le monde sait ça. Ce pourrait être un « bon débarras » si nous étions cartiéristes, « La Corrèze plutôt que le Zambèze », affirmait jadis le journaliste Raymond Cartier. Hélas, je crains que nous refassions les mêmes erreurs qu’avec l’Algérie en 1962 : on continuera de payer pour des gens qui nous crachent dessus. En sexologie, ceci porte un nom : c’est le masochisme, la jouissance dans la douleur, la soumission et l’humiliation. En politique, on appelle ça la décadence et la lâcheté. Quant aux Africains, ils ont commencé à s’en apercevoir avec les mercenaires de Wagner et Africacorps, je ne suis pas certain qu’ils aient gagné au change. Ils reviendront vers nous, comme des enfants penauds reviennent chouiner vers papa/maman mais ce sera trop tard : la France n’existera plus.

    ÉLÉMENTS. L’africaniste Bernard Lugan affirme que la pire erreur qu’on puisse faire à propos de ces populations consiste à les considérer comme des « Européens pauvres », alors qu’ils participent d’une autre culture et que là-bas, l’opposition récurrente se situe plus entre paysans et éleveurs qu’entre Africains démocrates et Africains autoritaires. Et le même d’affirmer que s’il a parfois défendu la colonisation quand elle était attaquée de manière injuste et stupide, ce fut malgré tout une erreur majeure d’aller bouleverser les mœurs de ce continent dont la culture n’est finalement pas plus incongrue que celle des occupants. Après tout, le polythéisme africain n’est pas plus incongru que le folklore panthéiste professé par les francs-maçons…

    J-L TREMBLAIS : J’adhère totalement aux thèses de Bernard Lugan, le meilleur de nos africanistes. Les Français ont une vision tronquée de l’Afrique, transposant là-bas nos mentalités et nos traditions. C’est objectivement une forme de néo-colonialisme, porté par les ONG précitées, les médias grégaires et nos diplomates du Quai d’Orsay (les « danseurs de claquettes » de Sciences Po, selon l’expression de mon ami Lugan). Ce qui se joue depuis toujours sur le continent africain, c’est la lutte pour les terres (et donc pour la survie) entre, d’une par les pasteurs nomades, et d’autre part, les agriculteurs sédentaires. Les peuples de la lance et de la vache contre les peuples de la glèbe et de la houe. C’est ce décryptage qu’il faut appliquer au Rwanda (Tutsis contre Hutus) ou au Mali (Touaregs contre Bambaras), par exemple. Les frontières ou les idées n’y ont aucune espèce d’importance. Je vous rejoins lorsque vous déplorez ce qu’on appelait le « fardeau de l’homme blanc » sous la Troisième république République, j’entends par là notre obsession – celle de la gauche, façon Jules Ferry – à vouloir exporter et imposer nos mœurs, us et coutumes à des peuplades qui avaient déjà les leurs. C’est le péché originel de la République française, que nous payons au centuple aujourd’hui…

     

    Israéliens et Palestiniens : tous terroristes !

    ÉLÉMENTS. Quid des Américains, qui distribuent les bonnes notes, jugeant que tel ou tel État est « voyou » ou ne l’est pas ?

    J-L TREMBLAIS : Les Américains ? « Vaste programme », comme répondit un jour le Général de Gaulle à un ministre qu’i l’exhortait à « s’occuper des cons »… De qui parle-t-on ? Des vrais, à savoir les Amérindiens, peuples libres et fiers, ceux qui vivaient dans les grandes plaines, sans contraintes ni entraves, avant l’arrivée de l’homme blanc ? Ou de ceux qui les ont exterminés, avec le fusil et l’alcool, en moins d’un siècle, c’est-à-dire tous les rebuts de l’Europe (de la prostituée ostracisée au prédicateur excommunié, en passant par le forçat ou le convict proscrits), au nom de la Bible et de la « destinée manifeste » ? Qui est le « voyou » dans cette affaire ? Pour moi, « les » voyous sont les États-Unis, cette entité monstrueuse sans passé ni ADN, faite de bric et de broc, enfantée dans la douleur et la violence (vol des terres, extermination des indigènes, commerce triangulaire, traite des Noirs, esclavage des plantations, guerre de Sécession, culte du pétard et de la potence, loi du Talion, etc.), qui ose désormais faire la morale à la planète. C’est cette nation qui règne sur la moitié du monde depuis 1945 et sur son entièreté depuis 1989 (la chute de l’URSS) ! C’est cette nation qui fait le catéchisme et décrète qui sont les « good guys » et les « bad guys » ! C’est cette nation qui est l’arbitre des élégances morales ! Et ce, alors que toutes les guerres menées par Washington depuis celle de Corée sont hors-la-loi. Pour ces cowboys enrichis et surarmés, le droit international n’existe pas. Toutes leurs interventions militaires le démontrent, du Vietnam à Panama, de la Serbie à l’Irak, en passant par l’Afghanistan. Il n’y a qu’un seul « État-voyou », le capo di capo, le parrain des parrains, le cador du mitan, le serial-killer de l’Histoire (souvenez-vous d’Hiroshima et Nagasaki), c’est l’Oncle Sam.

    ÉLÉMENTS. Il ne vous a pas échappé que la question israélo-palestinienne est au cœur de l’actualité. Là encore, on évoque le terrorisme du Hamas, qui est avéré. Mais quid du terrorisme d’État, celui d’Israël, qui a récemment bombardé un État souverain, le Qatar ? D’ailleurs, dans cette région du monde, les peuples qui la composent n’ont-ils pas été, à un moment ou à un autre, des terroristes avant de fonder des États constitués ?

    J-L TREMBLAIS : Non seulement cela ne m’a pas échappé mais je n’en peux plus de vivre à l’heure de cette « chikaya » familiale, sur laquelle le monde, en général, et la France, en particulier, se focalisent. J’ai l’impression de vivre entre la Judée et Gaza, alors que j’habite dans les monts du Lyonnais ! Dans le pays du « tablier de cochon », cette spécialité gastronomique et identitaire que je vous recommande, à moins que votre confession vous l’interdise, bien sûr… Peu me chaut, à moi, que des cousins brouillés (la tribu d’Ismaël – les Arabes – contre celle d’Isaac – les Juifs –, cf. le Pentateuque et le chapitre relatif à Abraham) s’étripent pour des oliviers, des chevrettes et des mers mortes. J’ai effectué une dizaine de reportages en Israël et en Cisjordanie (et aussi dans la bande de Gaza). Ma conclusion : il n’y a aucune solution pacifique tant le contentieux est multiforme (embrouilles bibliques, tracé des frontières, statut de la Ville Sainte, incompatibilités religieuses, etc.). Terrorisme ? Si les Juifs ne l’avaient pas pratiqué après-guerre (je pense aux groupes armés sionistes comme l’Irgoun ou Stern), jamais ils n’auraient pu chasser les Anglais qui administraient la Palestine et les Arabes qui y habitaient. En face, les autres ne valent pas mieux, surtout depuis la radicalisation de l’Islam et la régression que cela induit. En réalité, on a affaire à un conflit entre des fanatiques possédés par une conception dévoyée de leur Dieu. Mais il ne faut jamais oublier que le litige premier est purement territorial : au nom de la Shoah, on a légitimé la création ex nihilo d’un État israélien et l’expropriation manu militari des Palestiniens. À cet égard, j’aime à citer Cioran dans L’inconvénient d’être né : « Hitler est sans aucun doute le personnage le plus sinistre de l’Histoire. Et le plus pathétique. Il a réussi à réaliser le contraire, exactement, de ce qu’il voulait, il a détruit point par point son idéal. »

    Jean-Louis Tremblais, propos recueillis par Nicolas Gauthier (Site de la revue Éléments, 24 octobre 2025)

    Lien permanent Catégories : Entretiens 0 commentaire Pin it!
  • Privatiser l’audiovisuel public : une si bonne idée ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Nicolas Gauthier cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré à la polémique qui enfle autour de la mainmise de la gauche sur le service public de l'audiovisuel et à l'idée d'une privatisation intégrale comme unique remède...

     

    Audiovisuel public.jpg

    Privatiser l’audiovisuel public : une si bonne idée ?

    Notre gauche médiatique, c’est un peu comme les sportifs anglais, qui ne font preuve de fairplay que lorsqu’ils gagnent. Ainsi, nos donneurs de leçons aiment tourmenter leurs adversaires politiques, mais ne supportent pas de se trouver à leur tour dans la tourmente. Jurisprudence France Inter ?

    Normalement, selon leurs calculs (comme disent les technocrates), la chasse à courre devrait obéir à des règles immuables. En bonne logique, Mediapart lance l’affaire, avant d’être tôt relayé par Libération et L’Humanité. Puis, Le Monde et France Inter se chargent de l’onction officielle. Les loups chassent en meute ; les rats aussi, semble-t-il. Seulement voilà, la gauche n’a plus le monopole du fric et de la rancœur. La preuve par Vincent Bolloré, par exemple, qui, à droite, a le portefeuille et le cœur. Et qui vient les chatouiller sur leur propre terrain, avec leurs propres méthodes. Car lui aussi, sait chasser en meute et faire sien le principe d’opportunité. La vidéo de L’Incorrect, où l’on voit Thomas Legrand et Patrick Cohen expliquer comment ils vont influer en même temps sur les municipales à Paris (en s’occupant de Rachida Dati) et sur l’élection présidentielle à venir (en faisant la retape de Raphaël Glucksmann contre Jean-Luc Mélenchon).

    Et son système, calque de celui de ses adversaires politiques, d’aussitôt tourner en boucle : Cnews fait enfler la polémique, aussitôt relayée par le JDNews, ensuite reprise par Europe 1 et qui fait la une du Journal du dimanche. Du beau boulot. À gauche, on n’aurait pas mieux fait.

    Delphine Ernotte acculée…

    D’où une Delphine Ernotte, femelle blanche de plus de 50 ans, matriarche du service public, et qui, bousculée par la vague médiatique, est désormais tenue de se justifier. Bon, elle ne le fait pas n’importe où, mais dans Le Monde, gardien vespéral des élégances démocratiques, ce 18 septembre. Sa stratégie ? Simple comme bonjour : « La galaxie de Vincent Bolloré veut la peau de l’audiovisuel public, réclame sa privatisation et l’exprime avec violence. (…) On a besoin de toutes les bonnes volontés républicaines de ce pays pour s’élever contre cette violence verbale de nature presque politique».  Allons bon. Comme si l’audiovisuel public n’en faisait pas, lui, de la politique. Passons.

    D’ailleurs, si l’on résume : le méchant Bolloré attaquant le gentille Ernotte vaudrait donc brevet de bonne conduite « républicaine » pour ce service public censé être au service de la nation. Pauvre Marianne qui, à force de se voir embrigadée de force par tel ou telle, doit aujourd’hui peiner à s’asseoir, à force d’avoir mal au fion.

    Rachida Dati ou la « diversité » à géométrie variable…

    Après la lecture des Évangiles, le sermon, publié dans Le Monde, quatre jours plus tard, dans un éditorial anonyme. Et là, il y en a pour tout le monde. Rachida Dati, ministre de la Culture (jusqu’à quand ?) : « En multipliant les propos dévalorisants, la ministre de tutelle de l’audiovisuel préfère se joindre à la curée au lieu de défendre et de mettre en avant ses réussites, comme les audiences record de Radio France». Hormis les relents nauséabonds de misogynie et de marocanophobie, on ajoutera que ce n’est pas parce qu’une émission cartonne qu’elle est forcément bonne. Autrement, Cyril Hanouna serait à la place d’une Léa Salamé, la nouvelle speakerine de France 2, et Christine Kelly à celle de Delphine Ernotte.

    Et la même tribune d’en appeler ensuite aux mannes géopolitiques : « Trop de précédents étrangers disent ce que peut recouvrir une attaque en règle contre un service public de l’information par un courant politique sous le couvert de la lutte pour la liberté d’expression : un démantèlement suivi par la mise en place d’une parole monolithique. En France, la transformation des médias privés rachetés par Vincent Bolloré, traduite par la purge de leurs rédactions, a d’ailleurs suivi ce modèle».  Si France Inter se retrouve prise dans son propre piège, c’est donc à la faute de Cnews. La dialectique est un peu courte, madame.

    Quand France Inter n’était ni de gauche et ni de droite…

    Ou de l’art de peindre des diables sur les murs pour ensuite faire mine d’y croire, comme si la parole de Radio France n’était-elle pas, elle aussi, de longue date « monolithique ». Ce qui ne fut d’ailleurs pas toujours le cas, il convient de le noter. Ainsi, au siècle dernier, sur France Inter, un certain Jean-François Chiappe, époux de Marina Grey, fille du général Denikine, chef de la contre-révolution russe ayant manqué de peu de battre l’Armée rouge, fut l’un des principaux animateurs des émissions historiques diffusées par le service public. Dans le même temps, il assurait la formation politiques des militants du Front national d’alors. Et personne n’y trouvait rien à y redire, même ses homologues communistes ayant également leurs ronds de serviette dans ce qui s’appelait alors l’ORTF, avant qu’un Valéry Giscard d’Estaing ne vienne y mettre mauvais ordre en procédant à son démantèlement.

    Dans le même registre, et cela devrait faire honte à Delphine Ernotte, il n’est pas si lointain, le temps où un Michel Polac, avec son émission Droit de réponse, diffusé sur un TF1 pas encore privatisé par la droite chiraquienne, invitait indifféremment Claude Cabanes, de L’Humanité, Dominique Jamet du Quotidien de Paris, Jean Bourdier de Minute, et même des ludions incontrôlables tels que Jean-François Kahn, directeur des Nouvelles littéraires.

    La privatisation, nouvelle paupérisation…

    Et c’est quand TF1 fut racheté par le groupe de BTP Bouygues que ce bel éclectisme prend fin. Dans un registre similaire, et à l’époque où la télévision était tenue par l’État, les amateurs de musique y trouvaient leur compte. Pour ceux de l’opéra, il y avait Ève Rugierri. Ceux de rock pouvaient regarder Chorus, d’Antoine de Caunes ou Les Enfants du rock, de Pierre Lescure avec Jean-Pierre Dionnet et Philippe Manœuvre, tandis que ceux de chansons françaises à l’ancienne, pouvaient trouver leur miel avec La France aux chansons, de Pascal Sevran. Aujourd’hui ? Plus rien, si ce n’est du rap partout et de la chanson de qualité frelatée, façon Laurent Delahousse déroulant le tapis rouge devant une Juliette Armanet.

    Comme quoi la privatisation n’est pas forcément la solution à tout. De cette dernière, il est actuellement beaucoup question, le groupe Bolloré en ayant fait l’un de ses étendards. Mais ces positions sont-elles aussi caricaturales qu’on le dit ? Rien n’est moins sûr, un Pascal Praud se montrant bien souvent nostalgique de l’ORTF à papa. Certes, le Moloch public nous coûte « un pognon de dingues », comme dirait « l’Autre ». 4 milliards d’euros par an, ce n’est pas rien. 665 millions d’euros pour Radio France, c’est plus que l’ensemble du budget de toutes les radios privées réunies. 14 chaînes de télévision, c’en est au moins quelques-unes de trop, à l’instar de leurs 59 stations de radio. Ainsi, les partisans de la privatisation du service public ne sont pas sans arguments. Bref, il conviendrait peut-être de « dégraisser le mammouth », tel que jadis préconisé par Claude Allègre, ministre de l’Éducation de Lionel Jospin.

    Ce qu’en dit Marine Le Pen…

    Ainsi, Marine Le Pen, interrogée par Le Journal du dimanche du 21 septembre, ne semble pas tomber du cocotier vis-à-vis de la polémique en cours : « Non, je ne suis pas surprise. C’est un secret de Polichinelle que madame Ernotte est une militante très marquée à gauche. Mais là, elle franchit un cap supplémentaire. Elle n’est absolument pas dans son rôle. Et ce type de type de sortie devrait conduire à son départ. Parce qu’il ne revient pas à la présidente de France Télévision de distribuer des brevets d’honorabilité aux chaînes privées». Quant à l’éventuelle privatisation de ce qui fut naguère un joyau français, cette réponse : « Nous proposons une privatisation quasi-totale, avec quelques exceptions : garder une voix pour l’international, un canal d’urgence pour les crises et le lien avec l’Outre-mer».

    Est-ce la bonne solution ? Pas forcément, sachant qu’au lieu de réformer en profondeur l’institution en question (tâche éventuellement impossible, tant les syndicats y dictent leur loi), une Marine Le Pen entend, sans lui faire un procès d’intention, peu ou prou la brader. Mais à qui ? Des fonds d’investissement étrangers ? Des multinationales n’ayant que faire de nos contingences nationales ou de ce qui en demeure ? Vaste question, la logique de ceux qui font la politique n’étant pas toujours celle de ceux qui la commentent.

    Nicolas Gauthier (Site de la revue Éléments, 23 septembre 2025)

    Lien permanent Catégories : Points de vue 0 commentaire Pin it!
  • Macron : quand Macheprot s’en va-t’en guerre…

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Nicolas Gauthier, cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré à u va-t-en guerre nommé Macron...

    Macron_Macheprot.jpg

    Macron : quand Macheprot s’en va-t’en guerre…

    Lors de son intronisation, le 14 mai 2017, Emmanuel Macron remonte les Champs-Élysées à bord de son « Command Car » ; soit, en français vernaculaire, un VLRA (véhicule léger de reconnaissance et d’appui). Il est alors beau comme un camion bâché. À l’époque, on a presque envie d’y croire. Mais après François Hollande, le peuple est alors prêt à tout avaler ; même la Terre plate pour que cela nous épargne les platitudes du mandat précédent. Le soufflé retombe vite, surtout après la prestation du rappeur Kiddy Smile, arborant un tee-shirt orné du slogan « Fils d’immigrés, noir et pédé », lors de la Fête de la musique. Là, à l’Élysée, l’artiste est entouré de ses pairs à torse-poil, les pectoraux moulés dans des tops en dentelle résille, devant un couple présidentiel manifestement émoustillé. Pour en revenir au registre militaire, nous sommes loin de l’armée coloniale de jadis et du Chant des Africains, dont les membres étaient connus pour ne pas se battre à coups de sacs à main.

    Il n’empêche, la Cage aux folles n’empêche pas le virilo-militarisme ; tout le monde sait ça depuis les Village People.

    La « guerre » mise à toutes les sauces…

    Ce sera donc la « guerre » contre le terrorisme, la « guerre » contre le Coronavirus, la guerre contre les « Gaulois réfractaires ». On ne saurait reprocher à monsieur Trogneux de n’avoir pas fait son service militaire – question de générations. Néanmoins, il n’est pas illicite de s’interroger sur cette propension au vocabulaire guerrier.

    Au siècle dernier, alors que j’avais le plaisir d’interroger le général Marcel Bigeard, l’aujourd’hui défunt confiait à l’auteur de ces lignes : « Tous ces objecteurs de conscience, ces réformés, ces antimilitaristes, il suffisait de les voir dans la tribune du défilé du 14 juillet. On aurait dit des gosses devant leurs jouets. Tous ces jolis tanks, ces beaux soldats, ces héros ; ça leur faisait manifestement quelque chose. Ils ignoraient seulement que la guerre, c’est une dégueulasserie, qu’on y voit trop souvent ses camarades partir alors qu’ils ont toute la vie devant eux. La guerre, il faut bien sûr la faire, mais seulement quand on n’a plus le choix. Et quand on la fait, c’est généralement pour tenter de réparer les conneries du monde politique. » Pour matamore qu’il fut parfois, l’éphémère secrétaire d’État à la Défense nationale de Valéry Giscard d’Estaing (1975-1976), parlait d’or.

    Bref, Emmanuel Macron accommode la “guerre” à toutes les sauces, surtout lorsque de salons et principalement dès lors qu’il a l’occasion de la faire au peuple l’ayant élu. Récemment en visite au Cameroun, il s’agenouille devant le président local, Paul Biya, histoire de demander pardon pour la “guerre” menée par la France à ce pays, dès lors qu’il voulut accéder à l’indépendance. Une repentance qui ne s’impose évidemment pas, et encore moins que celle effectuée en rampant devant le FLN, quand il assure que cette « guerre » de colonisation a abouti à un « crime contre l’humanité ». Un comble, cette contrition s’étant faite contre d’autres colonisateurs ; arabes, ceux-là qui mènent aujourd’hui l’Algérie à la ruine économique, sociale et politique.

    Un jour en « guerre » contre le Hamas et l’autre contre la Russie…

    Après les massacres du 7 octobre 2023, le même entend monter une coalition internationale contre le Hamas palestinien, sur le modèle de celle naguère mise sur pied pour en finir avec l’État islamique. Aujourd’hui, Emmanuel Macron nous affirme que nous sommes en “guerre” contre la Russie, après avoir plus ou moins affirmé le contraire aux débuts du tragique conflit fratricide russo-ukrainien. Et de tenir un discours plus qu’alarmiste en un “off” n’en étant pas véritablement un devant un parterre de journalistes choisis, assurant, en substance, que les chars russes pourraient bien se retrouver à Quimper en un week-end même pas prolongé. Alors, qui croire ? Emmanuel ? Ou Macron ?

    Pour Trump, Macron est « un gars sympa »…

    Le problème, c’est que ses homologues internationaux, le prenant de moins en moins au sérieux, ne prennent même plus la peine de l’écouter. La preuve par Donald Trump qui, en juin dernier, affirme : « On ne cherche pas un cessez-le-feu. Je n’ai pas dit qu’on cherchait un cessez-le-feu. Ça c’était Macron. Un gars sympa, mais qui n’a pas souvent raison… » Le pétulant Matteo Salvini, ministre transalpin des Transports, ne pouvait évidemment demeurer en reste, lorsque raillant le premier des Français, à propos du possible envoi de troupes françaises sur le théâtre des opérations : « Vas-y toi, si tu veux. Tu mets le casque, le gilet pare-balles, le fusil et tu pars en Ukraine ! » Et Giorgia Meloni, présidente du Conseil qui laisse dire, humiliation suprême que ne vient même pas laver la convocation de l’ambassadrice italienne à l’Élysée.

    Pourtant, on peut malgré tout mettre au crédit de son locataire de faire ce qu’il peut pour que la voix de la France soit encore entendue dans le vaste monde. La promesse de la reconnaissance d’un État palestinien, éternelle arlésienne de notre géopolitique, ne manque certes pas d’un certain panache ; mais, en même temps (comme il dit), cela tombe malheureusement à contretemps.

    Au moins ne se couche-t-il pas trop devant Netanyahu…

    Pourtant, notre homme aura pourtant été sage en refusant de participer à la Marche contre l’antisémitisme, le 13 novembre 2023, rompant ainsi avec la douteuse tradition d’un François Mitterrand défilant à Paris en 1990, lors de la profanation du cimetière juif de Carpentras, ou d’un autre François, Hollande celui-là, s’en allant faire le beau à l’occasion de la manifestation censée honorer les morts de Charlie hebdo. De même, il n’a pas tort en ne se soumettant pas au discours officiel israélien niant la réalité de ce qui ressemble de plus en plus à un génocide dans la Bande de Gaza ; ou, à défaut, d’un populicide organisé.

    Résultat ? Emmanuel Macron se fait agonir d’injures par Benyamin Netanyahu, le Premier ministre israélien, à l’occasion d’une lettre frôlant l’incident diplomatique, pour ensuite s’en reprendre une couche par Charles Kushner, père du gendre de Donald Trump et accessoirement ambassadeur américain en France, lequel stigmatise « son absence d’action suffisante (…) en matière de flambée d’antisémitisme. » De quoi je me mêle ? Pour un peu, on se sentirait presque macroniste, ne serait-ce que l’espace d’un moment, tant honteux que fugace.

    Ces choses dites, Emmanuel Macron serait mieux inspiré de partir en “guerre” contre ses propres démons, sachant qu’on ne saurait, « en même temps », une fois encore, tenter de brandir haut un drapeau qui, par ses soins, a trop souvent été abandonné dans le caniveau.

    Nicolas Gauthier (Site de la revue Éléments, 26 août 2025)

    Lien permanent Catégories : Points de vue 0 commentaire Pin it!