Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

alain de benoist - Page 111

  • La boussole s'est rompue !...

    Nous reproduisons ci-dessous un texte du philosophe italien Costanzo Preve, traduit par Yves Branca et consacré au nécessaire dépassement du clivage Droite/Gauche...

    Marxiste critique et atypique, Costanzo Preve a noué un dialogue fécond avec Alain de Benoist depuis plusieurs années et est maintenant bien connu des lecteurs d'Éléments et de Krisis. Un de ses ouvrages, Histoire critique du marxisme, a été publié en 2011 aux éditions Armand Colin.

     

    Boussoles.jpg


    La boussole s'est rompue

    1: On ne peut décemment demander au marin de partir en mer sans compas, surtout lorsque le ciel est couvert et que l’on ne peut s’orienter par les étoiles. Mais qu’arrive-t-il, si l’on croit que le compas fonctionne, alors qu’il est falsifié par un aimant invisible placé dessous ? Eh bien, voilà une métaphore assez claire de notre situation présente. 


    2 : En Italie, avec le gouvernement Monti, les choses sont devenues à la fois plus claires et plus obscures. Plus claires, parce qu’il est bien évident que la décision politique démocratique (dans son ensemble, de gauche, du centre, de droite) a été vidée de tout contenu ; et que nous sommes devant une situation que n’avaient jamais imaginée les manuels d’histoire des doctrines politiques (bien évident : du moins pour ces deux pour cent de bipèdes humains qui entendent faire usage de la liberté de leur intelligence ; je ne tiendrai pas compte ici des quatre-vingt dix-huit pour cent restant).

    En bref, nous sommes devant une dictature d’économistes, à légitimation électorale référendaire indirecte et formelle. Il est évident  que cette dictature s’exerce pour le compte de quelqu’un, mais ce serait se tromper que de trop « anthropomorphiser » ce quelqu’un : les riches, les capitalistes, les banquiers, les américains, etc.. Cette dictature d’économistes est au service d’une entité impersonnelle (que Marx aurait qualifiée de «sensiblement suprasensible »), qui est la reproduction en forme « spéculative » de la forme historique actuelle du mode de production capitaliste (v. Diego Fusaro, Minima mercatazlia. Philosophie et capitalisme, Bompiani, Milan, 2012). A ce point de vue, les choses sont claires. 

    Ce qui n’est pas clair du tout, et même obscur, c’est la manière dont cette junte d’économistes peut « conduire l’Italie hors de la crise ». Elle est au service exclusif de créanciers internationaux ; son unique horizon est la dette. La logique du modèle néo-libéral consiste à « délocaliser » de Faenza jusqu’en Serbie la fabrication des chaussures Omca, afin de pouvoir payer les ouvrier deux cents euros. 

    Dans cette situation, le maintien du clivage Droite/Gauche n’est plus seulement une erreur théorique. C’est potentiellement un crime politique.   


    3 : Dernièrement, je suis resté ébahi en lisant un tract du groupuscule « La Gauche critique ». Je ne comprenais même pas pourquoi, et puis tout d’un coup j’ai cru comprendre. Le terme même de « gauche critique » est une contradiction, puisque le présupposé principal et très essentiel de toute critique, sans lequel le terme de « critique » perd tout son sens, est justement le dépassement de cette dichotomie « Droite/Gauche ». On ne peut plus être à la fois critiques, et de gauche ; non plus que de droite, ce qui revient au même.  

    Je viens de renvoyer au dernier livre de Diego Fusaro. Dans cette histoire philosophique du capitalisme, depuis ses origines au XVIe siècle jusqu’à aujourd’hui, ces deux petits mots, Droite et Gauche, n’apparaissent absolument jamais, par ce fait tout simple et nu que la mondialisation capitaliste, et la dictature des économistes qui   nécessairement en est la forme, a entièrement vidé ces catégories de leur sens. Norberto Bobbio(1) pouvait encore en parler en toute bonne foi, en un temps où existait encore une souveraineté monétaire de l’Etat national, et où les partis de « gauche » pouvaient appliquer des  politiques économiques de redistribution plus généreuses que celle des  partis « de droite ». Mais aujourd’hui, avec la globalisation néo-libérale, le discours de Bobbio ne correspond plus à la réalité. 

    Il y a, bien sûr, un problème, du moment que la dictature « neutre » des économistes a cependant toujours besoin d’être légitimée constitutionnellement par des élections, fussent-elles vides de tout sens de décision. C’est donc ici que se met en scène une comédie à l’italienne ; personnages : la « gauche responsable » : Bersani, D’Alema, Veltroni, tout le communisme togliattien recyclé ; le bouffon qui fait la parade, Vendola, dont on sait bien à priori que  ses suffrages iront de toute façon au Parti Démocrate (2) ; les « témoins du bon vieux temps » Diliberto et Ferrero, dont les suffrages iront toujours au même Parti Démocrate, sous le prétexte du péril raciste, fasciste, populiste, etc. ; les petits partis à préfixe téléphonique ( respectivement « Pour la refondation de la IVe internationale bolchevique », « refondateurs communistes » ), de Turigliatto et Ferrando, fidèles au principe olympique « l’important n’est pas de vaincre, mais de participer » ; enfin, les Témoins de Jéhovah du communisme (Lutte communiste), dans l’attente du réveil du bon géant salvifique, la classe ouvrière et salariée mondiale. 

    L’idéal serait que, selon la fiction du romancier portugais José Saramago, personne n’allât plus voter; je souligne : personne. Si personne n’allait plus voter, la légitimation formelle de la dictature des économistes s’écroulerait. Le magicien capitaliste trouverait encore le moyen de tirer un nouveau lapin de son chapeau, mais on s’amuserait bien en attendant. Hélas! Cela est un rêve irréalisable. La machine  Attrape-couillons est trop efficace pour qu’on la laisse tomber en désuétude.  


    4 : Et pourtant, la solution pourrait bien être à la portée de la main : une nouvelle force politique radicalement critique à l’égard du capitalisme libériste mondialisé, et tout à fait étrangère au clivage Droite/Gauche. Une force politique qui laisse tomber tous les projets de « refondation du communisme » (la pensée de Marx est encore vivants, mais le communisme historique est mort), et qui retrouve plutôt des inspirations solidaristes et communautaires (4). En théorie, c’est l’œuf de Christophe Colomb ; en théorie, il faudra encore plusieurs décennies, à moins d’improbables accélérations imprévues de l’histoire, pour que l’on comprenne bien que la boussole est hors d’usage, et que « droite » et « gauche » ne sont plus désormais que des espèces de panneaux de signalisation routière. 


    5 : Et c’est ici que je vais donner l’occasion à tous les scorpions, araignées, et vipères de m’accuser: « Preve fasciste ! ». Il est vrai que, si l’on a peur de briser les tabous, mieux vaut se reposer et lire des romans policiers. 

    Voici : un cher ami français vient de m’envoyer le livre qu’a écrit Marine Le Pen (Pour que vive la France, Grancher, Paris, février 2012). Je sais déjà qu’on va parler d’une astucieuse manœuvre d’infiltration populiste par l’éternel fascisme ; mais ce livre, lisez-le, au moins. Il est étonnant. Moi, il  ne m’étonne pas, puisque je connais bien la dialectique de Hegel, l’unité des contraires, et la logique du développement tant de la gauche que de la droite depuis une vingtaine d’années. 

    Voyons cela. A la page 135, Marine Le Pen écrit : « Je n’ai pour ma part aucun état d’âme à le dire : le clivage entre la gauche et la droite n’existe plus. Il brouille même la compréhension des enjeux réels de notre époque ». Je vois que ses principales références philosophiques dont deux penseurs « de gauche » : Bourdieu et Michéa (page 148). Je vois que Georges Marchais, ce représentant du vieux communisme français, est cité, favorablement. Plus de Pétain ni de Vichy. Sarkozy est condamné tant pour sa politique extérieure au service des Etats-Unis que pour sa politique intérieure qui aggrave l’inégalité sociale. Sur la question du marché, sa principale référence théorique est Polanyi (page26). Le Non français à la guerre d’Irak de 2003 est revendiqué (p.37). Marx est cité (page 61) ; le grand économiste Maurice Allais est souvent cité, pour soutenir l’incompatibilité du marché et de la démocratie. Mais surtout, j’y ai retrouvé avec plaisir ce qui me séduisait dans le communisme des années soixante, à savoir que la parlotte polémique à courte portée marche derrière, et non devant : le livre commence par un long chapitre intitulé, à la française « Le mondialisme n’est pas un humanisme ». La globalisation est très justement qualifiée d’«horizon de renoncement », et il y est réaffirmé que « l’empire du Bien est avant tout dans nos têtes », ce qui est vrai. 

    Je pourrais continuer. Je sais que j’ai donné aux vipères et aux scorpions une belle occasion de m’outrager; c'est ce qui va arriver. 

    Mais pour moi, tout ce que je veux, en réalité, c’est faire réfléchir. 


    6 : Pour comprendre ce que sont aujourd’hui la Droite et la Gauche, nul besoin de s’adresser à des défenseurs « idéal-typiques » de la fameuse dichotomie, en termes de valeurs éternelles et de catégories de l’Esprit, comme un Marco Revelli. Il suffit de lire des défenseurs du système comme Antonio Polito (dans le Corriere della sera, 25 février 2012). Polito dit ouvertement que la compétition politique peut désormais avoir lieu dans le seul cadre, tenu pour définitif, de l’économie globalisée ; que tout le reste, du pitre Nichi Vendola (Mouvement pour la gauche) à Forza Nuova (d’« extrême droite »), n’est qu’agitation insignifiante ; que cela est notre destin. 

    Que proposent donc les « gauches » encore en activité, d’Andrea Catone à Giacche et à Brancaccio ? Une relance du keynesisme  et de la dépense publique en déficit à l’intérieur de l’Union européenne ? Une nouvelle mise en garde après tant d’autres contre la menace du racisme, de la Ligue du Nord, du populisme ? Une « alter-globalisation à visage humain » ? A présent que le Grand Putassier n’occupe plus le devant de la scène, avec quoi va-t-on continuer à fanatiser comme des supporters de foot le «peuple de gauche» ?  

    Si on lit le dossier « Chine 2020 » de la banque mondiale, récemment présenté à Pékin, on verra que la dictature des économistes s’étend sur le monde entier. Aujourd’hui, la révolution n’est pas mûre ; elle n’est à l’ordre du jour ni selon sa variante stalinienne (Rizzo), ni selon sa variante trotskiste (Ferrando). Ni même le réformisme, puisque le réformisme suppose la souveraineté de l’Etat national. Et il y en a encore qui jouent comme des enfants avec la panoplie du petit fasciste contre le petit communiste ? Ou du petit communiste contre le petit fasciste ? Aujourd’hui, l’ennemi, c’est la dictature des économistes néo-libéraux. Avec ceux-ci, pas de compromis ! Voilà le premier pas. Si on le fait, on pourra faire les suivants. 


    Deux mots encore à propos de la manie du vote compulsif. 

    Il est probable que l’américanisation intégrale et radicale, bien plus grave encore que l’européisme, que va apporter le gouvernement Monti, produise une diminution de la participation électorale des italiens, qui depuis 1945 a toujours atteint des niveaux délirants. Cette compulsion électoraliste, qui est évidente chez les personnes âgées, était liée à l’opposition Démocratie Chrétienne/ Parti communiste; elle s’est prolongée, par inertie, au temps de Craxi, de  Prodi, et de Berlusconi. Mais à présent que l’Etat prend tout et ne donne plus rien, elle devrait diminuer ; pas assez vite, hélas ! Il y aura toujours du champ pour des clowns comme les Casini, les Veltroni, les Vendola, etc. 

    A côté de cet affaiblissement du vote compulsif, ou notera un second aspect de l’américanisation : le déclin des débats sur la politique extérieure. Aux USA, il est naturel que les gens ne sachent pas où sont l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie, etc. , dont les bombardements sont confiés à d’obscurs spécialistes. Les temps où tous s’intéressaient à la Corée ou au Vietnam sont bien passés, irréversiblement. Toute la caste journalistique, sans aucune exception, est devenus une parfaite machine de guerre qui produit joyeusement du mensonge. 

    Au temps de la guerre du golfe de 1991, il y avait encore de la discussion ; puis elle s’est tue. On a eu alors ce que Carl Schmitt a appelé la reductio ad hitlerum, c'est-à-dire l’attribution de tous les malheurs du monde à de féroces dictateurs, et l’invention (dont l’origine est « de gauche ») de peuples unis contre les dictateurs. Les peuples furent médiatiquement unis contre des Hitler toujours nouveaux, ennemis des droits de l’homme. Le jeu commença avec Caucescu, continua avec Noriega, puis ce furent Saddam Hussein, Ahmadinejad, Milosevic, Kadhafi, et maintenant Assad. L’histoire a été abolie; on l’a remplacée par un argument de comédie, toujours le même : un peuple uni contre le féroce dictateur ; le silence coupable de l’Occident ; les « bons » dissidents, auxquels est réservé le droit à la parole. Depuis un an, je n’ai jamais entendu à la télévision manipulée un seul partisan de Assad, et pourtant, la Syrie en est pleine. 

    C’est seulement lorsque le jeu se durcit qu’il importe que les durs commencent à jouer. Tant que règne la comédie italienne de la parodie Droite/Gauche, il en est toujours comme de ces spectacles de catch américain où tout n’est que simulation devant des spectateurs idiots. 

    Etat national, souveraineté nationale, programme de solidarité de la communauté nationale, non à la globalisation sous toutes ses formes, et à la dictature des économistes anglophones ! 

    Turin, le 3 mars 2012.

    Costanzo Preve 

    Traduit de l’italien par Yves Branca.    

     

    Notes:

    (1) : Norberto Bobbio, 1909-2004. turinois, professeur de philosophie politique socialiste, célèbre en Italie. Plusieurs de ses ouvrages ont été traduits en français. Signalons, Droite et gauche, Paris, Le Seuil, 1996 ; L'État et la démocratie internationale. De l'histoire des idées à la science politique, Bruxelles, Complexe, 1999. Ce dernier ouvrage est considéré comme son œuvre majeure. Costanzo Preve a correspondu avec lui et a écrit une étude critique courtoise, mais radicale, de sa pensée, comme forme classique d’un politiquement correct de gauche : Les contradictions de Norberto Bobbio. Pour une critique du bobbioisme  cérémoniel, Petite plaisance, 2004. 

    (2) : Fondé en 2007, par une coalition de divers courants de gauche et centristes (démocrates chrétiens) ; d’une tonalité analogue au Nouveau Centre de l’UMP en France. 

    (3) : respectivement trotskiste à la manière du Parti des travailleurs ou de Lutte ouvrière, et refondateur communiste. Susceptibles de s’unir dans une sorte de « front de gauche » à l’italienne. Diliberto et Ferrero cités auparavant sont les chefs de file d’autres courants gauchistes et « refondateurs communistes ». 

    (4) : Preve a quant à lui retrouvé l’inspiration aristotélicienne; à ses yeux, la communauté est la société même.

    Lien permanent Catégories : Textes 2 commentaires Pin it!
  • Hommage à Schoendoerffer...

     

    pierre schoendoerffer,michel marmin,bruno de cessole,jérôme leroy,marc charuel,françois bousquet,drieu la rochelle,alain de benoist,jean-françois gautier,claude debussy,willsdorff

    Le numéro de mai 2012 de la revue Le spectacle du monde est en kiosque. 

    Le dossier est consacré à un hommage au cinéaste Pierre Schoendoerffer, récemment décédé. On pourra y lire, notamment, des articles de Michel Marmin ("Le cinéaste des valeurs perdues"), de Bruno de Cessole ("L'heure des héros fatigués"), de Jérôme Leroy ("Willsdorf ou la gloire du sous-off"), de Marc Charuel ("Soldat de l'image") et de Philippe Franchini ("De l'Indochine au Vietnam"), ainsi qu'un entretien avec Jacques Perrin ("Pierre aura été un modèle pour beaucoup").

    Hors dossier, on pourra aussi lire des articles de François-Laurent Balssa ("Alain de Benoist à cœur ouvert"), de François Bousquet ("Drieu dans la Pléiade", "Virginia Woolf au féminin") ou de Jean-François Gautier ("Claude Debussy, génie tutélaire"). Et on retrouvera aussi  les chroniques de Patrice de Plunkett et d'Eric Zemmour ("La fin des modérés").

    Lien permanent Catégories : Revues et journaux 1 commentaire Pin it!
  • Mémoire vive !...

    « Etre un homme qui brûle les feuilles mortes, qui arrache la mauvaise herbe et qui parle contre le vide. [...] Je suis comme quelqu'un qui creuse dans la brume à la recherche de ce qui échappe à la brume.» Philippe Jaccottet, L'épreuve de la joie

    Les éditions de Fallois viennent de publier Mémoire vive, d'Alain de Benoist, un livre d'entretien avec François Bousquet. Théoricien, journaliste, directeur des revues Nouvelle École et Krisis, auteur de très nombreux essais, Alain de Benoist revient dans cet ouvrage sur son parcours personnel et sur son itinéraire intellectuel, qu'il appelle son « chemin de pensée ». Passionnant, tout simplement...

     

    Mémoire vive.jpg

    "Alain de Benoist, qu'on a longtemps présenté comme le chef de file de la « Nouvelle Droite », reste aujourd'hui mal connu. Intellectuel atypique, qui a toujours voulu être fidèle à la pensée critique, il appartient au petit nombre des penseurs français étudiés à l'étranger. En France, il reste ostracisé dans certains milieux, qui ne l'ont généralement pas lu. Trop de malentendus sont venus brouiller la perception de son œuvre. Mémoire vive est l'occasion de les dissiper.

    Dans ces entretiens menés à bâtons rompus, Alain de Benoist s'explique pour la première fois sur son parcours personnel et sur son itinéraire intellectuel, centré sur la philosophie politique et l'histoire des idées. Il dit pourquoi il a choisi de se tenir à l'écart de l'action politique et comment il n'a jamais voulu se laisser prendre au piège des postures partisanes dans lesquelles Ortega y Gasset voyait une forme d'hémiplégie morale.

    Paul Valéry mettait en garde contre la « comédie de la sincérité » à l'œuvre dans toute entreprise autobiographique. Le risque pour tout penseur est de camper sur des positions acquises. Rien de tel ici. Lecteur infatigable et auteur prolifique, Alain de Benoist se confie à cœur ouvert, offrant le portrait d'un homme à l'affût de tout, très loin des clichés et des caricatures. À mi-chemin de l'autobiographie et du bilan philosophique, cet intellectuel engagé fait défiler au fil des pages un demi-siècle d'histoire. Des hommes et des idées, des livres et des rencontres. Le tout esquissant la physionomie de l'époque et le visage de l'auteur."

    Lien permanent Catégories : Livres 0 commentaire Pin it!
  • Religion ?... Monothéisme ?... Polythéisme ?...

    La revue Krisis d'Alain de Benoist sort coup sur coup deux numéros consacrés au fait religieux. Intitulés respectivement Monothéisme ? / Polythéisme ? (n°36) et Religion ? (n°37), ces deux numéros, forts de 200 pages, sont d'une grande richesse. On pourra notamment lire des entretiens avec Michel Maffesoli et Tariq Ramadan ainsi que des articles de Philippe Forget, d'Emile Poulat et de Pierre Le Vigan. Deux numéros à ne pas manquer qu'il est possible de commander sur le site des de la revue Éléments.

     

     

    Krisis 36.jpg

    Au sommaire du N°36 :

    Jean Soler : Pourquoi le monothéisme ?

    Thibault Isabel : Dieu, l’Un et le Multiple. Réflexion sur les deux formes fondamentales de religion

    • Entretien avec François Flahault : La conception de l’homme et de la société chez les chrétiens et chez les païens

    • Document : Walter F. Otto / La sacralisation de la nature dans le polythéisme hellénique (1929)

    Geneviève Béduneau : Païens et chrétiens. La question du désenchantement du monde

    Frédéric Dufoing : Christianisme et écologie. Retour sur les critiques écologistes du christianisme et la réappropriation chrétienne du débat sur l’environnement

    • Entretien avec Michel Maffesoli : Vers un nouveau polythéisme des valeurs

    • Entretien avec Philippe Simonnot : La vie économique des religions

    Thibault Isabel : La philosophie religieuse de Maître Xun. Culture, spiritualité et pensée cosmogonique au temps de Confucius

    • Document : Louis Ménard / Le sacerdoce en Grèce ancienne (1863)

    • Le texte : Kostas Axelos / Héraclite et le Divin

     

    Krisis 37.jpg

    Au sommaire du N°37 :

    Emile Poulat : Laïcité, qu’est-ce à dire ?

    • Débat : Philippe Forget : Laïcité et souveraineté civique

    • Débat : Thibault Isabel : Plaidoyer contre l’intolérance laïque. Penser la pluralité dans un monde en perpétuelle recomposition

    • Entretien avec Tariq Ramadan : Considérations sur l’islam, la religion et la société moderne

    • Entretien avec Raphaël Liogier : La mondialisation du religieux

    Paul Masquelier : La religion comme facteur de développement historique. Retour sur la pensée de Jacob Burckhardt

    Geneviève Béduneau : Vivante orthodoxie. L’opposition entre essentialisme et existentialisme au sein de la chrétienté

    • Entretien avec Bernard Hort : Le bien, le mal et le monde. Réponses d’un auteur croyant à certaines attaques contre le christianisme

    • Document : William James : La valeur psychologique de la religion (1902)

    • Document : Carl Gustav Jung : La religion comme réalité psychique (1959)

    Julie Higaki : Péguy, « athée » de quels dieux ? Entre unité et pluralité, altérité et communion

    Pierre Le Vigan : Walter Benjamin et le fait religieux

    • Le texte : Bertrand Russell : Qu’est-ce qu’un agnostique ? (1953)

    Lien permanent Catégories : Revues et journaux 0 commentaire Pin it!
  • L'esprit de communauté...

    Nous vous signalons la parution de la revue Rébellion (n°52, janvier - février 2012) consacré au thème de la communauté. Vous pourrez notamment y lire un entretien avec Alain de Benoist, consacré à la crise systémique, et un entretien avec Piero San Giorgio, l'auteur de Survivre à l'effondrement économique (Le Retour aux Sources, 2011).

     

    Rébellion 52.jpg

     

     

    Présentation de ce numéro

    Éditorial

    A bas les élections, vive la planification!

    Actualités

    Sarkozy. Essai de bilan

    Vertus et illusions du volontarisme de gauche.

    Pierre le Vigan décortique l’essai de Jacques Généreux nous on peut !

    Vie et mort du capitalisme.

    Réflexions sur l’essai de Robert Kurz.

    Crise

    Le capitalisme au bord du gouffre.

    Entretien avec Alain de Benoist.

    Combats des idées

    La communauté. l’esprit de communauté, c’est le socialisme !

    La communauté, cauchemar du système

    Identité et communauté

    Survie communautaire

    Survivre à l’effondrement économique.

    Entretien avec Piero San Giorgio

    Culture

    Cinéma. Pulp fiction. Anatomie d’un simulacre

    Robert Mitchum. Portrait d’un rebelle

    Numéro disponible contre 4 euros à notre adresse : 

    Rébellion c/o RSE BP 62124 31020 - Toulouse Cedex 2

    Lien permanent Catégories : Revues et journaux 0 commentaire Pin it!
  • Questions sur la ville...

    Nous reproduisons ci-dessous un entretien entre Alain de Benoist et Pierre Le Vigan à propos de la ville, dont une partie a été publiée dans la revue Eléments (n°143, avril-juin 2012).

     

    ZUP.jpg

     

     

    Questions sur la ville à Pierre Le Vigan

    L’une des surprises, quand on lit ton livre, c'est de découvrir que si la banlieue va si mal aujourd'hui, c'est entre autres à cause du… général de Gaulle ? « Force est de constater, écris-tu, que de Gaulle ne connaissait et ne comprenait rien aux questions de la ville ». Cela mérite peut-être quelques explications.

    En France la grande période de construction c’est 1960-1975. Cela correspond en bonne part à la période où de Gaulle a été au pouvoir. Or cette période est une période de désastre urbain. Regardons les grands ensembles de la région parisienne. De Gaulle a évidemment une forte part de responsabilité dans ce désastre. De Gaulle, perspicace dans certains domaines comme l’international, n’eut qu’une vision quantitative de la question de la ville et du logement. Il y avait un manque de logements alors que les ruraux de France (ce sont maintenant les immigrés) se ruaient vers les villes. Il fallait construire : on a voulu le faire vite, à coût réduit, avec des profits dans l’immobilier et le bâtiment qui eux ne l’étaient pas, et dans des zones où le terrain n’était pas cher. De Gaulle n’a certes rien inventé puisque qu’il a suivi les impulsions donné par la IVe République dans le domaine des villes, notamment avec les ZUP créées en 1958. (de même que dans d’autres domaines comme le nucléaire tout avait déjà été impulsé sous la IVe République). Il a été suiviste. Cela ne l’exonère pas. Se contenter de poursuivre les lignes déjà tracées par les gouvernants précédents et par les technocrates c’est aussi et encore être responsable. On « doit » aussi à de Gaulle la néfaste suppression du département de la Seine, avec la création des 3 départements de la petite couronne et de ceux de la grande couronne (1964-68), et le fait que Paris soit à la fois ville et département, ce qui renforce au plan fiscal, politique et institutionnel les effets désastreux de la coupure physique du périphérique, lui aussi commencé sous la IVe République en 1956, intégré dans les plans d’urbanisme en 1959 avec de Gaulle, et achevé sous Pompidou en 1973. Il suffit de se promener et de comparer le plan actuel de Paris et un plan d’avant 1960 au niveau des limites de la capitale pour comprendre la violence physique du périph’, les artères bouchées, les impasses crées, les zones déqualifiées, et le charcutage de toute une vie urbaine et sociale piétinée et meurtrie. Telle a été la politique du général Gaulle et de son premier ministre Georges Pompidou – moderniste assumé lui aussi – qui, ensuite devenu président, poursuivit la même politique jusqu’à, enfin, la fameuse circulaire Olivier Guichard de 1973 sur l’arrêt des barres et des tours.

    Tu reprends l'antienne sur le manque de moyens de la politique de la ville en citant cette phrase du sociologue Didier Lapeyronnie : « L'argent que l'on donne aux banlieues n'est rien par rapport aux banques ». C’est certainement vrai, mais est-ce aussi simple que cela ? Toujours plus d'argent, est-ce vraiment ce dont les banlieues ont besoin ?

    Il apparait à me lire que c’est plus complexe que cela. Les banlieues ont bénéficié d’investissements importants, le bâti – entendons par là les immeubles - a été souvent réhabilité mais cela ne porte guère sur les espaces publics dégradés et les transports qui restent souvent très insuffisants. Par ailleurs – et c’est ce que tu évoques dans ta question - quand sont venus les plans d’aide aux banques on s’est rendu compte que les sommes destinées aux quartiers de banlieues étaient bien faibles par rapport à ce que l’on avait débloqué pour sauver un système de crédit victime de ses propres tares. Enfin les moyens humains dégagés pour les banlieues difficiles – celles où les gens souffrent pour le dire autrement, et souffrent des agissements d’une minorité de jeunes délinquants tout comme de la crise générale du système capitaliste - sont très faibles en banlieue notamment en matière de police où ces territoires sont sous-administrés.

    Ceci posé il est bien évident que le « mieux-vivre » des habitants de banlieue passe (ou aurait du passer) par moins d’immigration et par l’intransigeance quant aux valeurs de respect du pays d’accueil qu’est la France, quant à la valeur du travail, qu’il ne faut pas laisser à un Sarkozy, quant à la valeur du respect des ainés. Toutes pérennités culturelles, au sens fort du terme, incompatibles avec une immigration de masse voulue par le patronat des années 60 (et encouragée par de Gaulle et Pompidou) puis par le turbo-capitalisme à une échelle inégalée depuis le regroupement familial.

    Dans la mesure où, comme tu le rappelles, ils ont été les véritables « pionniers de l'exclusion », travaillant « dans l'égoïsme plutôt que d'imaginer des espaces de vie commune », n'aurais-tu pas dû intituler ton livre « Faut-il brûler les architectes ? »

    Le livre existe déjà sous le nom de « Faut-il pendre les architectes ». Il est de Philippe Trétiack (cf. mon papier in www.esprit-europeen.fr) et l’ouvrage est plus nuancé que son titre ne le laisse penser. La responsabilité des architectes existe bien entendu – et elle relève en bonne part d’une idéologie moderniste - mais celle des maitres d’ouvrages, les pouvoirs publics, l’Etat, les maires est plus considérable encore. Ceux qui financent jouent un rôle plus décisif que ceux qui imaginent.

    La fascination pour la civilisation de la voiture – et indirectement du pétrole par cher et abondant - a rencontré l’industrialisation du bâtiment et des objectifs politiques de sauter par-dessus les banlieues communistes et des créer des immeubles dans des espaces politiquement et socialement vierges, dans des zones plus lointaines que les anciennes banlieues apparues au XIXème siècle. Tels sont les trois facteurs qui ont été décisifs dans les années 50 à 70.

    Pour sauver la ville, tu en appelles à la « démocratie du beau ». Il faut démocratiser le beau, le « rendre accessible au peuple ». Vaste programme, comme aurait dit le Général, mais comment le réaliser ?

    Je crois à l’éducation, qui inclue l’éducation au beau. Mais il y a bien sûr plusieurs idées du beau. Le beau en matière de paysage c’est ce qui donne de la force et de la joie au lieu de faire souffrir. C’est donc à la fois abstrait au plan théorique et parfaitement vérifiable au plan pratique.

    Avant La banlieue contre la ville, tu as publié, à un rythme rapide, toute une série d’autres livres : Inventaire de la modernité, avant liquidation en 2007, Le front du cachalot en 2009, La tyrannie de la transparence et Le malaise est dans l’homme en 2011. Tu y abordes de façon extrêmement pénétrante des sujets très différents, sous des formes également variées (analyses, notes personnelles, « journal de bord »). Y a-t-il un fil conducteur qui relie tous ces travaux, que le lecteur pressé n’aura peut-être pas aperçu ?

    Publié peut-être à un rythme rapide mais écrit sur un long terme. La question est pour moi simple : comment comprendre notre temps, qu’y a-t-il à comprendre de notre époque ? Cela implique à la fois de saisir le contemporain, et de connaitre quelque peu d’autres temps pour comprendre justement ce qui a muté. C’est pourquoi l’urbanisme est si passionnant. Les traces d’un passé proche, des pavillons des années 50 par exemple, nous donnent l’idée des mutations les plus profondes et les plus intimes de notre temps, du rapport des gens aux autres, au paysage, à l’espace, au bruit, etc. Avec la ville, c’est la chair du corps social. Et de là bien sûr je suis passé à d’autres observations, politique, sociétales, esthétiques, etc. Comme le fait que les gens sortent presque tous appareillés avec des diffuseurs de musique individuels et avec leur téléphone mobile.

    Ainsi, les souffrances psychiques et les pathologies sont des axes que j’ai exploré dans Le malaise est dans l’homme et là aussi même si elles ont de tous temps existées, elles apparaissent avec des spécificités dans notre époque et elles sont lues de manière symptomatique par notre époque. Toute époque est à la fois un système de lecture et d’écriture du monde. A partir de là j’ai plus le tempérament du chercheur que du prédicateur. Ce qui n’empêche pas d’avoir des convictions.

    Nous sommes, de l’avis de beaucoup d’observateurs, dans une époque-charnière – disons au bord de quelque chose. Quels sont à tes yeux les enjeux essentiels de ce moment que nous vivons ? La notion de « monde commun » peut-elle encore avoir un sens ? Quel est le sujet historique de notre temps ?

    La charnière est derrière. Nous sommes déjà dans autre chose mais nous ne savons pas quoi. La question essentielle c’est : peut-on encore être humain ? Les possibilités de prothèses et d’hommes-prothèses, les mutations génétiques, les actions possibles et en cours sur le psychisme par des médicaments, tout ceci met en cause la conception classique de l’homme. L’homme sujet (sujet de lui-même et sujet de l’histoire) disparait-il, et avec lui assisterons-nous à la fin de toute psychologie comme Nietzsche l’avait annoncé ? L’homme lui-même comme type d’animal un peu évolué (pas tant que cela car les impératifs éthologiques et écologiques continuent de nous gouverner) disparaitra-t-il ? Ce serait en somme assez anecdotique par rapport à la marche de l’univers. Ce serait sans doute l’occasion de nouvelles aventures du vivant. Au-delà de l’homme c’est tout le vivant qui est touché. Exemple : des poissons ne « savent » plus physiologiquement s’ils sont mâles ou femelles compte tenu de ce qu’ils ont ingurgités comme rejets chimiques d’origine humaine.

    En attendant, les mutations démographiques sont considérables, surtout en Europe et particulièrement en France, elles mettent en cause même la possibilité pour les peuples de rester eux-mêmes, de garder sinon leur identité du moins une identité ce qui veut dire historiquement un mélange de changements mais aussi de stabilité. Or le changement est infiniment plus fort et rapide chez nous que la stabilité. La machine à intégrer ne marche plus. Je prends le métro parisien plusieurs heures par jour : on entend de moins en moins parler français. C’est un signe. Quand l’espace public n’est plus irrigué par une langue commune, c’est qu’il n’y a plus de monde commun. A partir de là, la société n’est plus qu’une fiction juridique, avec des ayants droits, un pays n’est plus qu’un parking, ou un hôtel, la démocratie n’est plus qu’une procédure. Beaucoup plaident d’ailleurs pour cette nouvelle réalité, qui n’a pourtant a priori pas besoin de défenseurs puisqu’elle s’impose d’elle-même. A moins que… En tout cas, seule la relocalisation générale des gens, des économies, des flux, peut remédier à cela, qui est un malaise et un malheur anthropologique, que Pier Paolo Pasolini avait bien vu, et dont il souffrait (souffrir aide parfois à voir, peut-on penser sans être chrétien pour autant). « La tragédie, c’est qu’il n’existe plus d’êtres humains. » disait Pasolini en 1974. Mais il en est des êtres humains comme des lucioles : ce qui est voilé n’a pas forcément disparu.

    Pierre Le Vigan, propos recueillis par Alain de Benoist (Eléments, avril-juin 2012)

     

    Lien permanent Catégories : Entretiens 0 commentaire Pin it!