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ken loach

  • Défier le récit des puissants !...

    « L'art peut servir de détonateur, être l'étincelle qui met le feu aux poudres.»

    Les éditions Indigène viennent de publier un court livre de Ken Loach intitulé Défier le récit des puissants et consacré à sa pratique du cinéma. Cinéaste engagé, Ken Loach est l'auteur , notamment, de films marquant comme Hidden Agenda (1990), Raining stones (1993), Land and Freedom (1995), Sweet sixteen (2002), Le vent se lève (2006), Looking for Eric (2009).

     

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    " Nous voici au coeur de la résistance et de la création tout à la fois.
    Défier le récit des puissants, c’est défier ces films « parfaits » formatés par Hollywood, faisant de nous des citoyens passifs, dociles, sans esprit critique. Car il y a bel et bien une esthétique de la soumission. En revanche, y a-t-il une esthétique de la résistance ? Ken Loach répond « oui ».
    Mais soyons clairs. S’il est un des rares aujourd’hui à assurer que la lutte des classes est toujours aussi vivante, il ne cède jamais pour autant à la propagande. Il dit : « Je ne filme jamais un visage en gros plan ; car c’est une image ostile, elle réduit l’acteur, le personnage à un objet. » Or on peut faire ce qu’on veut d’un objet, l’exclure, l’expulser… Mais si la caméra est comme un œil humain, alors elle capte toutes les présences, les émotions, les lumières, les fragilités. Et nous devenons tous des « film makers ». "

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  • Le plus beau but est une passe...

    Les éditions Flammarion viennent de publier dans leur collection Climats un essai de Jean-Claude Michéa intitulé Le plus beau but est une passe. Philosophe, Jean-Claude Michéa est un de ceux qui ont produit au cours des quinze dernières années une des critiques les plus brillantes et les plus radicales du système, au travers d'essais comme Impasse Adam Smith (Flammarion, 2006), Le complexe d'Orphée (Flammarion, 2011) ou Les mystères de la gauche (Flammarion, 2013). Passionné de football, il a également écrit un essai consacré à ce sport et intitulé Les intellectuels, le peuple et le ballon rond (Flammarion, 1998).

     

     

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    " Le souci du beau jeu a progressivement cédé la place à l'idée jugée plus « réaliste » selon laquelle une équipe doit d'abord être organisée pour ne prendre aucun but. La nécessité de marquer des buts, elle, ne repose plus sur une culture spécifique et sur des phases construites et apprises à l'entraînement, mais seulement sur les erreurs de l'adversaire, sur l'exploit individuel et sur les coups de pieds arrêtés. C'est ce refus a priori de privilégier la construction du jeu qui explique que tant de matchs soient, de nos jours, si ennuyeux à regarder. Et pourtant, les admirateurs du beau jeu ne manquent pas, comme en témoigne l'auteur de ce livre, lequel doit son titre à l'une des répliques cultes du film de Ken Loach, Looking for Eric. Comme Eric Bishop (le working class hero du film) lui demandait quel était le plus beau but de sa carrière, Éric Cantona avait répondu : « Mon plus beau but ? C'était une passe ! » Boutade de génie, qui constitue assurément le plus bel hommage à ce passing game qui définit, depuis la fin du xixe siècle, l'essence même du football ouvrier et populaire, autrement dit, construit et tourné vers l'offensive. "

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  • Ecce Cantona !

    Pour ceux qui n'ont pas encore pris le temps de voir Looking for Eric, l'excellent film de Ken Loach, disponible en DVD, nous publions ici la recension qu'en a fait Mathieu Le Bohec dans la revue Eléments.

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    Ecce Cantona !

    Sur le premier plan du dernier film de Ken Loach, Looking for Eric (2009), Eric Bishop (excellent Steve Evets), dans l'espoir inconscient de se tuer, brûle le pavé à plusieurs reprises en sens inverse sur un rond-point. Il est vrai que dans le gris Lancashire, ce postier est dans une mauvaise passe. Ses deux beaux-fils glissent vers le banditisme, sa vie sentimentale est un désert et sa fille lui reproche de ne pas assumer pleinement son rôle de père. Soutenu tendrement par ses collègues de travail, notamment lors d'une hilarante séance de psychothérapie de groupe, il continue néanmoins à chavirer dans la dépression. Et ce jusqu'à l'apparition, issue des vapeurs de l'herbe fumée en solitaire, du mythe qui va le patronner et lui faire reprendre sa vie en main. Il ne s'agit pas de Joséphine Ange-Gardien, mais de l'idole qui tapisse sa chambre, le footballeur français légendaire du grand Manchester United des années 1990, Eric Cantona.

    Réputé dans sa carrière sportive pour ses buts audacieux, mais aussi pour ses douteuses formules philosophiques lors d'interviews et conférences de presse, Cantona parade dans le film en prophète génial et pétri d'autodérision. Au gré des SOS «cannabistiques» du facteur, Eric The King distille pour ce dernier, via des maximes au franglais pimenté, la force nécessaire à sa renaissance sociale et amoureuse. Cette reconquête passera également par la bienveillance désormais très active de ses collègues et amis, jusqu'à la scène finale violente, drôle et triomphante, consacrant l'idée de groupe et de communauté. Ken loach l'évoque ainsi: «C'est un film contre l'individualisme: on est plus fort en groupe que seul. Il est aussi question de l'endroit où vous travaillez et de vos collègues. Même si cela peut sembler banal de dire cela, ce n'est pas dans le vent de l'époque. Ou du moins ça ne l'est plus depuis trente ans. Ceux qui vous entourent ne sont plus vos camarades, ils sont vos concurrents.» Le groupe est donc ici perçu comme une contre-société combattante, qui échafaude ses propres armes pour résister aux estocades incessantes de la société libérale. Le précepte essentiel de cette dernière étant sans nul doute l'accomplissement d'une désocialisation absolue, où l'humble, même s'il se révolte, doit se retrouver seul.

    Ken loach excelle comme à son habitude et signe là une version souriante de Raining Stones (1993), où il était déjà question de la conservation de la dignité malgré tout. Il y aborde avec une poésie truculente les valeurs d'entraide et de solidarité de la common decency orwellienne, ainsi que la dimension christique des mythes populaires, ici un joueur de football, fondements de l'âme du peuple ouvrier anglais. Ces petites gens qui n'ont plus les moyens de s'acheter un billet pour le stade, qui macèrent dans la violence, mais qui tentent de garder la tête haute, le col relevé, comme Cantona après le but.

     

    Mathieu Le Bohec (Éléments n°133, octobre-décembre 2009)

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