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armée française - Page 3

  • Une « guerre contre le terrorisme », version François Hollande ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue très clair de Jean-Dominique Merchet, cueilli sur Marianne et consacré à la volonté du gouvernement français de criminaliser, sans le nommer pour ce qu'il est, l'ennemi qu'il a choisi, au demeurant légitimement, de combattre. Néo-conservatisme, quand tu nous tiens...

    Jean-Dominique Merchet, journaliste à Marianne, est, par ailleurs, l'animateur de l'excellent blog Secret défense.

     

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    La « guerre contre le terrorisme », version François Hollande

    Au Mali, nous voilà donc en guerre contre les « terroristes » : c’est en tout cas ainsi que le chef de l’Etat désigne nos ennemis, ceux que les hélicoptères et les avions français attaquent. Mieux, ce sont des « terroristes criminels », martèle le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius.

    Au Mali, nous voilà donc en guerre contre les « terroristes » : c’est en tout cas ainsi que le chef de l’Etat  désigne nos ennemis, ceux que les hélicoptères et les avions français attaquent. Mieux, ce sont des « terroristes criminels », martèle le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius. 
     
    Dans les conflits contemporains, la manière de nommer son ennemi en dit long On se souvient de la « guerre contre le terrorisme », la Global War On Terror de George W. Bush, au lendemain du 11 septembre. Barack Obama abandonna ses mots, sans pour autant se monter faible. A-t-il eu tort ?
     
    Désigner notre ennemi comme « terroriste » présente un avantage : il évite de le définir plus précisément ! Or, qui sont les hommes que nous combattons au Sahel ? Des islamistes radicaux, des djihadistes, majoritairement d’origine arabe et touareg. Mais les « éléments de langage » des dirigeants français évitent avec le plus grand soin de le dire : les mots « islamistes » ou « djihadistes » ne sont pas employés. Comme si, par souci de ne pas « stigmatiser » les musulmans, il ne fallait surtout pas utiliser de mots trop « connotés » ! 
     
    C’est assez ridicule et potentiellement dangereux. Assez ridicule, car nos ennemis ne se battent pas au nom du « terrorisme », mais bien d’une vision de l’Islam – une vision contestée par nombre de musulmans. Les djihadistes sont une minorité dangereuse mais numériquement faible. Faisons l’effort de les écouter, de les comprendre, ne serait-ce que pour mieux les combattre !  
     
    Le terrorisme n’est pas une idéologie, c’est une méthode, une technique d’usage de la violence. Qui n’a pas été terroriste ? Yasser Arafat ne fut-il pas un terroriste, comme le furent les chefs de l’Irgoun en Israël ? Les indépendantistes irlandais ? Et les résistants français,  aux yeux de Vichy et de l’occupant allemand ?  Notre histoire devrait nous inciter à une certaine prudence de langage.
     
    Car, en l’occurrence, depuis la semaine dernière, nous n’avons pas à faire à des terroristes, mais à des combattants réguliers. Des « maquisards », des « guérilleros », comme on disait en d’autre temps et d’autres lieux.  Au Mali, ils ne commettent pas d’attentats et ne conduisent pas des opérations clandestines. Ils se battent à découvert, à la loyale, avec leurs colonnes de 4X4 très bien armés et, semble-t-il, bien commandés. Nous avons à faire à des soldats  – qui, certes, propagent une  vision du monde que nous rejetons, mais à des soldats quand même.
     
    Certes, les combattants djihadistes que nos forces affrontent ne sont pas des enfants de chœur. Ils sont, pour une part, liés à Al-Qaïda et n’hésitent pas à tuer, à prendre des otages, voire à commettre des attentats – s’ils en avaient les moyens. Mais par plus d’un trait, ils ressemblent aux Talibans afghans : ce sont des fanatiques, mais ils ne sont pas étrangers dans leur pays.  Ainsi, leur chef, Iyad ad Ghali, est chez lui là où il combat : c’est un touareg malien, pas un combattant internationaliste venu du Moyen-Orient ou d’une banlieue française.
     
    Les qualifier de « terroristes criminels », c’est, au fond, emprunter à la rhétorique du discours néo-conservateur. Les guerres d’aujourd’hui sont toutes marquées par le « criminalisation » de l’ennemi. Les opérations militaires finissent par devenir des opérations policières contre des « hors la loi », contre des gens qui violent la morale commune.  La guerre n’est plus la continuation de la politique par d’autres moyens, elle est devenue la poursuite de la Justice par d’autres moyens. Or, on le voit en Irak, en Afghanistan et désormais au Mali, il ne peut y avoir de solutions durables que politiques – qui passent, à un moment, par la discussion avec l’ennemi. Mais peut-on discuter avec des « terroristes criminels » ?
     
    Jean-Dominique Merchet (Marianne, 14 janvier 2013)
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  • A propos des pertes françaises en Afghanistan...

    Nous reproduisons ci-dessous une bonne analyse de François-Bernard Huyghe, cueillie sur son site huyghe.fr, à propos des récentes pertes militaires françaises en Afghanistan et du piège tragique dans lequel se trouve coincée notre armée...

     

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    Pertes françaises en Afghanistan

    Il s'agit sans doute d'une coïncidence : les talibans ont difficilement plus planifier deux attaques qui coïncident si bien avec une visite surprise de Sarkozy et avec le 14 juillet (notion difficile à traduire en pachtou). Il n'empêche qu'ils auraient eu du mal à faire plus spectaculaire ou mieux coordonné. Un soldat français tué dans une embuscade dans la Kapisa le jour de l'unité nationale, cinq autres mardi dans un attentat suicide, dans la même province. Et cela au moment où le président annonce qu'il faut savoir terminer une guerre. Et pendant que celle de Lybie, ne ressemble plus du tout à la glorieuse promenade humanitaire rêvée par BHL.

    Ceci se produit dans un contexte qui est tout sauf encourageant, en dépit des déclarations sur les progrès de la stabilisation ou de l'afghanisation du conflit (vous vous souvenez de la vietnamisation ?).
    Les talibans ont récemment inscrit à leur actif :
    - l'évasion de 541 prisonniers de la prison de Kandahar
    - l'attentat contre des officiers supérieurs à l'hötel Intercontinental de Kaboul
    - peut-être l'assassinat du frère de Karzaï (à moins que celui-ci n'ait été abattu par ses relations d'"affaires"
    - une augmentation des pertes US de plus de 56% en neuf mois par rapport à la même période l'année précédente.
    - le tout en circulant de mieux en mieux avec le Pakistan.

    Tout cela ne démontre pas exactement le succès de la méthode Petraeus, ni ne rend très plausible les propos sur les talibans qui en seraient "réduits" à l'attentat-suicide à cause de la pression alliée sur le terrain.


    Sur le plan politique, la guerre d'Afghanistan décidé conjointement par les socialistes et la droite dans l'enthousiasme du "nous sommes tous des Américains" post 11 septembre, a longtemps été soutenue à peu près unanimement par la classe politique. Cette situation est en train de changer, et pas seulement parce que le PS a besoin de se différencier en période électorale. Il tient à affirmer qu'il faut partir aussitôt que possible, tandis que l'UMP soutient qu'il faut partir, mais en restant autant que nécessaire.

    Ces raisons tiennent à l'ambiguïté initiale de la guerre et de ses buts :

    - lutter contre les terroristes ? Les principaux centres d'al Qaïda ont été détruits dès 2001 par l'alliance du Nord et non par des forces occidentales. Depuis, elles se sont opposées essentiellement aux force des talibans et à des insurgés dont la principale motivation est justement leur présence. Dix ans après, et après la mort de ben Laden au Pakistan, il est difficile de prétendre empêcher un nouveau 11 septembre. Peut-on sérieusement expliquer à un Afghan de vingt ans que l'on est là pour le protéger (ou se protéger) de terroristes étrangers ?

    - assurer la transition avec un régime démocratique ? avec Hamid Karzaï ? après dix ans d'échec ? au moment où les forces afghanes sont moins capables que jamais de tenir le pays ? Encore une décennie pour construire un Afghanistan démocratique et sans drogue, voué à la bonne gouvernance, et, pourquoi pas, au développement durable ? Encore un siècle ?

    - défendre nos valeurs ? aider les petites filles à aller à l'école ? On a beau nous fournir des statistiques encourageantes sur les progrès de la condition féminine dans la vallée du Panchir. On notera pour la petite histoire que le motif invoqué par les Soviétiques pour envahir l'Afghanistan en 1989 était la lutte contre les mœurs féodales de ce pays qui pratiquait le droit de cuissage.

    - soutenir nos engagements avec nos alliés ? Sur ce point, l'annonce du retrait français suivant l'annonce faite par Obama (au fait, lui, a-t-il consulté Sarkozy avant de la faire ?) donne l'impression que nous sommes de simples supplétifs. Mais surtout, ce sont les États-Unis qui portent la responsabilité d'une certaine incohérence. Comment Obama peut-il soutenir en 2010 qu'il faut appliquer à l'Afghanistan un "surge" à l'irakienne, engager massivement des troupes pour un effort lent de reconquête du terrain qui paiera à long terme, et décider de retirer 10.000 soldats en année électorale ?

    - reste une dernière raison : partir ce serait perdre la face. Donner l'impression de perdre en se hâtant serait pire que de continuer à s'enliser. L'objectif serait alors de ne pas faire aussi mal que les Américains au Vietnam et presque aussi bien que les Soviétiques, partis, après tout, en laissant les clefs à un Najiullah qui a tenu jusqu'en avril 1992.

    Difficile pourtant de vendre cet argument - il faut continuer parce que ça va mal - à l'opinion. Et ceci est totalement tragique si l'on songe aux soldats français qui sont tués là-bas en notre nom, qui savent en partant qu'ils risquent leur peau et qui se conduisent de façon parfaitement honorable, avec autant de succès sur le terrain que le permettent les circonstances . Des soldats dont le plus lucides savent maintenant qu'ils se battent pour ne pas être déshonorés et qu'ils le feront sans doute au prix du soutien de l'opinion.

    François-Bernard Huyghe (Le site de François-Bernard Huyghe, 14 juillet 2011)

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