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Métapo infos - Page 1834

  • Cybernétique de la crise

    Cybernétique de la crise, c'est le titre du point de vue de l'écrivain Stéphane Audeguy que le journal Le Monde a publié dans la rubrique "Débats" de son numéro daté du dimanche 3 janvier 2010.

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    Cybernétique de la crise
    LE MONDE | 02.01.10 | 13h49  •  Mis à jour le 02.01.10 | 13h49

    a crise - la chose et le mot - fait l'objet d'un traitement si particulier que j'aimerais en dire ici deux ou trois choses. Non pas en tant que littérateur soucieux du beau langage ; simplement, un écrivain est un homme politique, dans un monde où la langue subit des dévoiements radicaux.

     

    Le discours dominant de la crise vise, curieusement, à masquer la crise. Et si le mot de crise est employé de façon absolue, comme disent les rhéteurs, c'est que le discours de la crise prétend régner absolument sur nous. Cet emploi est trompeur, car il désigne seulement, le plus souvent, une partie de la crise globale : celle qui concerne l'économie. Et nous sommes censés admettre que l'économie est tout. Simultanément, cette notion envahit tous les domaines de la vie sociale : sports, entreprises, santé publique, etc. Ces deux pratiques se complètent : la crise, en général, c'est la crise économique ; simultanément, tout est en crise, mais de façon dispersée, si l'on peut dire.

    Se trouve ainsi escamotée la réalité : la crise est en fait totale et cohérente : elle concerne notre civilisation, ou plutôt cette société marchande mondialisée qui n'est pas une civilisation, mais prétend s'y substituer, un peu à la façon dont le mot de culture a fini par désigner à peu près n'importe quoi, un peu à la façon dont le Centre national de la littérature est devenu Centre national du livre (chacun ajoutera ici, dans son domaine de compétence, des exemples).

    Pour Littré, la crise concernait les maladies : on parlait de crise heureuse ou funeste. L'issue était la mort ou la guérison. Le discours de la crise, lui, a rompu depuis longtemps avec cette façon de dire, et de penser. Le mot désigne des mutations du système économique mondialisé : simples crises de croissance d'une économie qui étend toujours davantage son empire. La seule mesure vraiment significative du sommet de Pittsburgh, c'est le passage du G8 au G20. Le G20 représente 80 % du PIB, et deux tiers de la population mondiale. Faut-il s'en réjouir ? Les décisions seront plus difficiles à prendre (car on voit mal sur quoi le Brésil et l'Inde pourraient tomber d'accord) ; d'autre part, le G20 ne représente pas ces deux tiers de la population, mais les assujettit aux lois de l'économie : que beaucoup désirent cette servitude ne change rien à l'affaire. Quant au tiers restant, il est atteint dans sa survie même (l'Afrique, sorte de tiers-état, est représentée au G20 par un seul pays : l'Afrique du Sud). Et tous, inexorablement, subissent la pollution, les mutations économiques brutales, les mouvements spéculatifs erratiques, dans un monde où l'on annonce une reprise de la consommation comme une bonne nouvelle ; à court terme, oui, en un sens ; mais, structurellement, c'est une catastrophe.

    Comment un monde qui érige la concurrence en principe intangible peut-il engendrer autre chose que des crises ? Comment les dirigeants et les experts, qui tous partagent une foi entière en la rationalité de l'économie, peuvent-ils produire autre chose qu'une gestion de la crise (expression en elle-même aberrante) ? Le politique s'est dégradé, et l'on ne s'étonne pas de voir la notion élastique de gouvernance (anglicisme qui nous vient du business, et auquel je préfère le mot de cybernétique) se substituer à celle de gouvernement : la gouvernance, sorte de transitivité occupée à maintenir l'état des choses et sa scandaleuse nocivité pour le vivant, tout en feignant d'en corriger les effets, incontrôlés parce qu'incontrôlables.

    Le mot crise renvoie en grec à l'idée de décision : un état critique appelle des décisions, des choix véritables. Le discours de la crise singe tout cela, mais énonce que nous n'avons pas le choix, puisque c'est la crise. Combien de gouvernants souhaitent secrètement se voir imposer des mesures par le Fonds monétaire international (FMI) ? Ils peuvent alors les présenter comme une douloureuse nécessité.

    Cette cybernétique s'appuie sur la figure de l'expert (d'où le succès, en Italie, d'un ploutocrate parvenu à la tête du pays en se réclamant du monde de l'entreprise). Nous sommes invités à réfléchir aux "leçons de la crise", y compris dans les colonnes du Monde (dossier du 22 septembre). Mais cette expression présuppose que la crise est un phénomène rationnel ; à vrai dire, il s'agit d'écouter les leçons de la crise, et non pas d'en tirer ; chose désormais impossible dans l'économie mondialisée, comme nous le répètent les libéraux les plus cyniques.

    Dans ce dossier du Monde, par exemple, un seul économiste, Thomas Philippon - il est jeune, et cette franchise lui passera - note entre autres choses que "l'égalité devant la loi est bafouée par la présence d'entreprises tellement grosses que personne ne sait comment les liquider sans mettre en danger l'ensemble du système" ; mais il ne songe pas à changer le système en question.

    La crise est l'instrument rêvé de la cybernétique moderne : j'en prendrai deux exemples, à dessein hors de l'économie. Après les attentats du 11-Septembre, les Etats-Unis ont créé un ministère de la sécurité intérieure. Ce Department of Homeland Security est censé lutter contre le terrorisme, l'immigration, et préserver l'intégrité des frontières. Création extraordinaire, pour un pays dont l'identité s'est longtemps constituée contre un ennemi extérieur ; mais qui prolonge, en fait, la guerre froide : l'ennemi est à chercher désormais partout, à l'intérieur (affaires de Waco, d'Unabomber, d'Oklahoma City) comme à l'extérieur (attentats du World Trade Center de 1993 et de 2001).

    Et si l'ennemi est ubiquitaire, l'état de crise devient la norme. En témoigne un gadget merveilleux, que chacun peut consulter sur le site du ministère. C'est un baromètre de la sécurité, qui affiche des niveaux de danger : le vert indique un risque faible ; le bleu, un risque général, jusqu'au rouge (danger extrême). Je le consulte depuis des années et, à ma connaissance, il n'a jamais été au vert ; le 5 octobre, par exemple, le "niveau de menace" est "élevé". De toutes façons, le vert n'est guère rassurant, car voici ce que le ministère conseille de faire alors : "Elaborez un plan d'urgence pour votre famille ; partagez-le avec vos amis, testez-le ; créez un kit de fournitures d'urgence pour la maisonnée ; informez-vous en vous procurant la brochure." Se préparer, c'est le bon sens : préparez-vous maintenant "sur le site www.ready.gov ; envisagez de prendre des cours de premiers secours auprès de la Croix-Rouge américaine, etc.". Voilà donc une crise de sécurité qui dure depuis sept ans, dont on ne voit pas la fin, et dont il est évident que le ministère n'a pas intérêt à voir la fin, puisqu'elle serait aussi la sienne.

    Mais en quoi consiste, dans les faits, une gestion d'une crise ? Prenons l'exemple du récent "scandale" de l'écurie Renault en F1. Voilà un constructeur automobile pris en flagrant délit de tricherie caractérisée. Les experts prévoient des sanctions sévères. Cependant, la Fédération internationale ne peut guère renvoyer des circuits une entreprise qui contribue autant à sa prospérité que Renault (ce qui frappe dans cette crise-là, comme dans la crise économique, c'est le degré d'intrication des acteurs, et la dépendance des instances censées réguler avec ce qu'elles sont censées réguler).

    On propose alors au public un bouc émissaire : le directeur de l'écurie, Flavio Briatore, est exclu à vie par la Fédération (la discussion sur la culpabilité réelle de cet homme équivalant ici, en inutilité, aux polémiques sur les bonus des traders, rouages sans importance du système). Un Italien tricheur, avec la gueule de l'emploi : quelle aubaine pour tout le monde, et par exemple pour L'Equipe, journal spécialisé dans l'indignation vertueuse ! Puis le verdict tombe : "Le Conseil mondial du sport automobile a décidé de suspendre la disqualification de Renault F1 jusqu'à la fin de 2011." Renault doit donc veiller à ne pas tricher avant la fin de la prochaine saison... Il n'est pas certain que cette gestion de crise fonctionne tout à fait bien : certains commanditaires de l'écurie Renault renâclent, semble-t-il, à continuer à associer leur nom à une entreprise malhonnête (car, s'il est possible que Renault ait ignoré la fraude de Briatore, c'est bien ce créateur d'automobiles qui a bénéficié de la tricherie et du titre afférent de champion du monde).

    Cette idéologie de la crise est un symptôme parmi d'autres d'une crise de la notion même de civilisation. La solution la moins pessimiste serait que le système connaisse, non pas une crise de plus, mais un effondrement. Nous en sommes là, entre désespoir et rage. Quand je dis nous, c'est une façon de parler ; car la ploutocratie mondialisée, elle, est assurée pour l'instant d'une quasi-immunité.

    On apprend par exemple que le jour de la faillite de Lehman Brothers, des recruteurs sont venus s'installer dans le restaurant d'à côté pour réembaucher ses cadres ; les employés des usines délocalisées, eux, reçoivent une lettre leur offrant un emploi à l'autre bout de la Terre, et pour un salaire de misère. Pour la ploutocratie, la crise peut être douloureuse, mais elle est passagère ; pour les autres, c'est-à-dire pour quasiment toute la population mondiale, c'est un mode d'assujettissement permanent et une catastrophe qui continue de s'étendre.


    Stéphane Audeguy

    Stéphane Audeguy, romancier et essayiste

    Auteur de La Théorie des nuages (2005) et de Fils unique (2006) chez Gallimard, a publié en 2009 Nous autres, In memoriam et L'Enfant du carnaval (Gallimard). Dans des chroniques intitulées Memorabilia, il évoque certains objets contemporains qui, tel le GPS, composent les signes de notre modernité (NRF, n° 592).


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  • Blackwater, Dyncorp et les autres : l'ascension des sociétés militaires privées...

    Alors que des employés de la société miltaire Blackwater, inculpés pour un massacre commis dans les rues de Bagdad en 2007, à l'occasion d'une escorte effectuée au profit d'un convoi de véhicules du département d'Etat américain, viennent d'être relaxés par un juge fédéral américain, il paraît intéressant de se pencher sur ces sociétés militaires privées qui sont apparues dans le paysage géopolitique dans les années 1990 et dont le rôle n'a cessé de se renforcer depuis.

    Sur la société Blackwater, les éditions Actes Sud ont publié en 2008 une enquête d'un journaliste américain, Jérémy Scahill, intitulée Blackwater - L'ascension de l'armée privée la plus puissante du monde. Sur le sujet plus général des sociétés militaires privées, on peut utilement consulter une enquête de Jean-Jacques Cécile, publiée aux éditions Nouveau Monde, Les chiens de guerre de l'Amérique - Enquête au coeur des sociétés militaires privées.

     

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    "Comment une société privée américaine a-t-elle pu décrocher des marchés publics dans le secteur de la défense et de la sécurité intérieure pour se rendre, peu à peu, indispensable? Où la firme a-t-elle recruté ses centaines de milliers de "réservistes" ? Quel est son rôle en Irak et dans les transferts "spéciaux" de prisonniers? Comment a-t-elle réussi à s'enrichir lors de l'ouragan Katrina? Pourquoi a-t-elle bénéficié de la menace iranienne? Quels sont ses projets pour l'ère post-Bush? A travers une enquête passionnante, Jeremy Scahill révèle la privatisation partielle d'un service public. Un peu partout dans le monde sont engagés des mercenaires d'un type nouveau, agissant parfois hors la loi. Les pires crimes de guerre commis par des hommes de Blackwater en Irak n'ont, à ce jour, pas été jugés. Les enjeux internationaux du nouveau business de la guerre et de la sécurité deviennent ainsi tangibles. Désormais, chaque conflit armé ou chaque catastrophe naturelle dans le monde sont source de profit pour des sociétés privées. "

     

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    "16 septembre 2007. Dans le square Nisour, à Bagdad, des hommes de la société militaire privée Blackwater dégainent leur arme et tirent. Bilan : 17 morts, 24 blessés. Des civils.
    Face au carnage, le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, exige le bannissement de l'entreprise. Demande bien inutile, pense ce diplomate américain qui affirme : « Nous révoquerons la licence d'al-Maliki avant qu'il ne révoque celle de Blackwater. »
    Ces sociétés sont de vrais empires économiques, avec des milliers d'employés, des chiffres d'affaires astronomiques, le tout bâti en quelques années, par la grâce de liens étroits et nébuleux avec les responsables de l'administration Bush.
    Si ces entreprises sont apparues dans les années 1970, recrutant anciens des forces spéciales et des services action, leur nombre ne cesse de se multiplier depuis une dizaine d'années.
    Voici pour la première fois en France une enquête sans concession sur leurs ramifications, leurs pratiques et leurs dangers."
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  • Céline et la frénésie du "Soyez vicieuses" !

    A propos des Lettres de Louis-Ferdinand Céline, publiées dans la bibliothèque de la Pléiade, Bruno Chauvière nous envoie en commentaire ce petit texte qui mérite l'attention des visiteurs.

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    Elisabeth Craig

     

     

    La frénésie du "Soyez vicieuses"!

    Lettre de vœux du 31 décembre 1959, à Roger Nimier: « A vous deux biens chers amis tous nos plus fervents vœux de frénésie jeune ardente imprévoyante de sérénité vieillante follement riche égoïste bien vache. Une santé du tonnerre bien sûr pour cent ans… » ( page 1560)

    La correspondance de Céline n’est pas un fleuve à débit régulier, mais un torrent bouillonnant. L’homme est épris de mouvement. Dans son univers, tout bouge, comme les danseuses qu’il a tant aimées. Il souhaite pas seulement: bonne santé, mais « une santé du tonnerre » ; il n’en finit jamais , ni avec les images, ni avec la violence des mots.

    « Soyez vicieuses », conseille-t-il aux femmes qu’il a séduites à travers le monde.

    Il termine ses lettres par : « Je t’aime, je t’aime, je t’aime »

    Belles lettres d’amour adressées à sa danseuse américaine Elisabeth Craig ou à son amie autrichienne Cillie Ambor.
    Les femmes aiment cet aventurier, amateur, comme Georges Orwell des «  gens de peu » rencontrés dans les bas-fonds londoniens ou bien comme trafiquant d’ivoire au Cameroun. Tout ça exprimé avec virilité: « La destinée est une putain qui se tait quand on l’enfile »

    Et Céline de donner des conseils à ces dames, pour faire suite à des exercices pratiques, à renouveler avec leurs partenaires du moment. Il prodigue ses leçons avec un art poétique craquant. Ne conseille-t-il pas de « faire danser les alligators sur une flûte de paon » ? A Elisabeth Craig en 1927, celle qu‘il appelle,Dear little écureuil, il susurre: « Apporte un peu d’excitation à ton vieux copain- pas forcément au lit- mais juste des trucs, après tout c’est bien plus amusant, je suis prêt à entendre toutes sortes de combinaisons bizarres. »

    Dans chaque lettre, il y a quelque chose de Célinien pour exprimer le désabusement, la provocation, la réflexion, mais c’est toujours avec l’accent de Bardamu. Un cordon ombilical relie lettres et romans.

    Bruno Chauvière

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  • La France mythologique

    Renouer en marchant avec les mythes de notre vieille terre de France, voilà l'excellent programme de ce Guide de la France mythologique, publié aux éditions Payot sous la direction de Bernard Sergent, spécialistes des études indo-européennes.

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    "De la Bretagne à la Normandie, de l'Anjou aux Pyrénées, du Centre à la Provence - ce guide unique propose des itinéraires pour découvrir les richesses mythologiques de nos régions. Chaque parcours a été conçu par un spécialiste, mythologue averti, habitant, aimant et connaissant bien la région qu'il décrit. En quelques heures, une journée, ou le temps d'un week-end, il vous conduira en des lieux souvent méconnus, parfois même secrets, et de toute façon autrement que ne le ferait un simple guide touristique, sur les traces des dragons et des géants, des fées, des mythes et des légendes. "

     

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  • Montherlant - Une vie en double

    Déjà auteur de plusieurs essais sur Céline ainsi que du Dictionnaire Céline paru aux éditions Plon, mais aussi de plusieurs études historiques assez décapantes sur la période de Vichy, Philippe Alméras vient de publier une biographie d'Henry de Montherlant aux éditions Via Romana, intitulée Montherlant - Une vie en double. Un ouvrage qui viendra, sans nul doute, compléter, et corriger, le Montherlant sans masque de Pierre Sipriot, sorti en 1990.

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    "Première biographie intégrale de Montherlant, cette étude récapitule toutes les données disponibles à ce jour notamment le témoignage d'Elisabeth Zehrfuss, amie de l’écrivain qui vient de disparaître à l'âge de cent un ans. Elle avait non seulement conservé toutes les lettres reçues de lui mais tenait un journal où son grand homme tint une place prépondérante.

       Rien n'est occulté ici de la vie de celui qui de la Villa Saint Ferdinand de Neuilly au Quai Voltaire en passant par l'Espagne et l'Afrique est resté jusqu'à la fin des fins obstinément fidèle à son adolescence. Se partageant entre une carrière publique soigneusement conduite et une vie privée jalousement protégée, voici l'homme des couloirs séparés. Celui qui reçoit les visiteurs dans la pièce aux statues donnant sur les Tuileries côtoie celui qui note sur le vif les données de la rue que la nuit et le travail transforment en poèmes ou en scènes dramatiques avec un incroyable naturel d’attitudes contradictoires. Après sa mort, de prétendues "révélations" ont endommagé quelque temps la figure de celui qui avait eu le tort de se confier à un indiscret professionnel, Roger Peyrefitte. Par-delà la caricature, on s'aperçoit qu'il suffit de lire attentivement Montherlant pour savoir ce qu'il en est. Il s'est exprimé à travers ses Carnets et une œuvre multiforme dont la richesse thématique est révélatrice. Colette parlait de ses "secrets de polichinelle". Montherlant sut tout dire ou presque sans être scandaleux. C’est là sans doute un exemple à suivre."

    L'auteur

       Né à Paris, Philippe Alméras, a mené une partie de sa carrière universitaire aux États-Unis, où il a entamé ses recherches sur les permanences de l’œuvre célinienne. Cette traversée du miroir l'a conduit à questionner les destinées de Philippe Pétain à Vichy et Charles de Gaulle à Londres. Il a notamment publié chez Robert Laffont un Céline. Entre haines et passion (1993) qui fait désormais autorité et un copieux Dictionnaire Céline chez Plon (2004).

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  • D'un protectionnisme l'autre

    Les Presses Universitaires de France publient dans leur collection Major, D'un protectionnisme l'autre - La fin de la mondialisation ? , un solide dossier sur le protectionnisme dans le monde d'aujourd'hui, coordonné par David Colle. Parmi les contributeurs figure l'économiste Jacques Sapir, un des fervents défenseur de cette politique.

     

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    "Un monde d’entreprises (Rapport Anteios 2009) avait souligné en quoi l’expression « économie de marché » tendait à faire oublier le rôle essentiel et le pouvoir des entreprises. L’expression « libre-échange» ne masque-t-elle pas la réalité moins douce d’une « mise en concurrence » ? Depuis deux siècles, le libre-échange a certes gagné du terrain, mais alors que de nombreuses théories économiques nous ont démontré ses avantages absolus sur le protectionnisme, il semble que ce dernier soit toujours « renaissant ». Le protectionnisme a-t-il ses raisons que la raison économique ne veut point reconnaître ?
    L’économique bute sur le politique, les choix sociaux et culturels de nations ou groupes de nations. Il bute aussi sur le « temps », au sens où la concurrence des biens et services et la circulation du capital sont bien plus rapides que les ajustements du capital humain et des modèles sociaux : la concurrence est plus rapide que le reclassement d’une ouvrière textile dans le secteur des nanotechnologies… ou que l’amélioration des conditions de travail dans les mines chinoises. Ainsi s’explique un protectionnisme dont les formes semblent en perpétuelle évolution et qui méritait pour cela une nouvelle définition, tant il concerne aussi les mouvements de capitaux, d’information et ceux des hommes. Ainsi s’explique un protectionnisme qu’il ne s’agit pas de défendre ou de condamner mais de comprendre…"

    Table des matières

    Introduction. — Le protectionnisme a-t-il un sens ?, par David Colle

    LE SENS HISTORIQUE DU PROTECTIONNISME
    I. Protectionnisme et avènement des nations – Le protectionnisme ou l’intérêt de nations ayant des intérêts dans le monde, par David Colle
    II. Le protectionnisme en pensée et en actes – Le protectionnisme à travers la pensée économique, par Roxana Babulescu, Hugues Poissonnier
    III. D’un protectionnisme l’autre… – L’évolution des formes de protectionnisme, par Renaud Chartoire, Jean-Pierre Noreck
    IV. Le régionalisme est-il un protectionnisme ? – Les unions régionales face au multilatéralisme, par Frédéric Teulon
    V. Le laisser-passer, source de laisser-faire – La libéralisation des services, par André de Seguin

    LE PROTECTIONNISME, CONTRESENS ÉCONOMIQUE ?
    VI. Du contresens économique au sens politique – Raison du libre-échange, raisons du protectionnisme, par David Colle
    VII. Réussite et espoirs déçus – Ouverture commerciale et développement économique, par Hugues Poissonnier
    VIII. Le vrai sens du terme – Le libre-échange ou la mise en concurrence sociale des nations, par Jacques Sapir
    IX. La mise en concurrence financière des territoires – La finance mondiale et les États, par Jacques Sapir

    LE SENS POLITIQUE DU PROTECTIONNISME
    X. Le protectionnisme, une histoire de groupes d’intérêts – Économie politique de la politique commerciale, par Xavier Enselme
    XI. Indépendance stratégique et pérennité de l’idée de nation – L’État, acteur du protectionnisme d’hier et de demain, par Patrick Lallement
    XII. Allons-nous vers une nouvelle guerre froide ? – Le protectionnisme et la guerre économique, par Frédéric Munier

    Conclusion. — Le protectionnisme entre guerre et paix, par David Colle

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