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alain de benoist - Page 2

  • Une vie saine sans le système...

    Nous vous signalons la publication du numéro 105 de la revue Rébellion.

    Elle est disponible à la vente sur son site.

     

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    Éditorial
    Une cause à rallier

    Lire Marx ?
    Entretien avec Loïc Chaigneau : la Lutte des classe comme moteur de l’histoire
    Entretien avec Alain de Benoist : Marx contre le « toujours plus »

    Théorie
    Du labour au work, et si le travail résistait ? (Michel Lhomme)
    Autarcie libérale contre autonomie socialiste (Yohann Sparfell)

    Société
    Hard power français dans l’Indo-Pacifique (AB)
    Matériaux pour une émancipation du sport (Erwan Kohl)

    Vivre autrement
    La permaculture n’est pas une révolution agricole (Mickaël Félicité)

    Monnaie libre, l’antidette (Laurent Mangiaracina)

    Lectures (in)actuelles
    L’Enracinement de Simone Weil (Alexandra Arcè)

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  • Souveraineté nationale et souveraineté populaire...

    Les éditions Krisis viennent de publier un essai d'Alain de Benoist intitulé Souveraineté nationale et souveraineté populaire.

    Philosophe et essayiste, directeur des revues Nouvelle École et Krisis, Alain de Benoist a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017), Contre le libéralisme (Rocher, 2019),  La chape de plomb (La Nouvelle Librairie, 2020),  La place de l'homme dans la nature (La Nouvelle Librairie, 2020), La puissance et la foi - Essais de théologie politique (La Nouvelle Librairie, 2021), L'homme qui n'avait pas de père - Le dossier Jésus (Krisis, 2021), L'exil intérieur (La Nouvelle Librairie, 2022), Nous et les autres - L'identité sans fantasme (Rocher, 2023), Martin Buber, théoricien de la réciprocité (Via Romana, 2023) et, dernièrement Un autre Rousseau - Lumières et contre-Lumières ( Fayard, 2025).

     

    de Benoist_Souvraineté nationale et souveraineté populaire.jpg

    " Quand on parle aujourd’hui de « souveraineté », c’est presque toujours pour évoquer la souveraineté nationale – et, le plus souvent, pour constater qu’elle est battue en brèche depuis des décennies. On oublie pourtant qu’il existe une autre forme de souveraineté : la souveraineté populaire, qui fait du peuple la source première de la légitimité politique. Comment ces deux souverainetés se distinguent-elles ? Comment peuvent-elles s’articuler ? Ce livre répond à ces questions en rappelant une évidence oubliée : la souveraineté est d’abord une notion politique, et non pas juridique ou morale. Si elle suscite tant de réticences, c’est qu’elle entre en conflit avec une époque où le politique est subordonné à l’économie, au droit et à la morale, sous l’emprise de l’idéologie des droits de l’homme et du « gouvernement des juges ». Son adversaire principal est l’idéologie libérale, qui rejette aussi bien la souveraineté nationale que la souveraineté populaire, au nom d’un double refus : celui du primat du politique et celui de toute souveraineté autre que celle de l’individu. Une clarification salutaire."

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  • Carl Schmitt...

    Nous vous signalons la parution du nouveau numéro de la revue Nouvelle Ecole (n°75, année 2026), dirigée par Alain de Benoist, avec un dossier consacré à Carl Schmitt.

    La revue est disponible sur le site de la revue Éléments.

     

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    Au sommaire :

    Le couple ami-ennemi. Réflexions critiques sur le critère du politique selon Carl Schmitt. (Alain de Benoist)

    « Les Buribunken ». Un essai méconnu du jeune Carl Schmitt. (José Ignacio Vásquez Márquez)

    Recension du livre de Lucien Romier, « Explication de notre temps » (1925). (Carl Schmitt) suivie d’un texte de Sophie Cossäus.

    Document / « Politique » (1936). (Carl Schmitt)

    Un monument schmittien : « Le Nomos de la Terre ». (Martin Motte)

    Modernité de Hobbes. À propos du « Léviathan » (1938). (Julius Evola)

    Constitution et droit constitutionnel chez Carl Schmitt. (Agostino Carrino)

    Document / Une lettre de Carl Schmitt à Jean-Pierre Faye.

    Neutralisations et dépolitisation selon Carl Schmitt. (Mariam Zovinar)

    Document / Extraits de la correspondance Norberto Bobbio – Carl Schmitt.

    Carl Schmitt dans la Chine contemporaine. (Daniele Perra)

    Carl Schmitt en Chine. (Flora Sapio)

    Carl Schmitt, le « katechon » et l’Eurasie. (Massimo Maraviglia)

    Joseph de Maistre et Carl Schmitt. (Graeme Garrard)

    Carl Schmitt en visiteur espagnol : la maison d’Ors, père et fils. (Michel Lhomme)

    Carl Schmitt et le « choc des civilisations » de Samuel Huntington. (Joseph W. Bendersky)

    Les relations de Reinhart Koselleck avec Carl Schmitt. (Niklas Olsen)

    Terra manet. Carl Schmitt et la composante tellurique. (Jerónimo Molina)

    Carl Schmitt en langue française. (Alain de Benoist)

    268 Bibliographie N. E.

    Henri Bosco ou la demeure des songes. (Raphaël Juan)

    Trotsky. (Ernst Jünger)

    Heidegger, médecin de la modernité. (Jean-Marie Legrand)

    Penser la technique (et le marché) avec Karl Polanyi. (Nadjib Abdelkader et Jérôme Maucourant)

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  • La gauche et la guerre culturelle, chronique d’un réveil douloureux...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Balbino Katz, le chroniqueur des vents et des marées, cueilli sur Breizh-Info et consacré à la guerre culturelle...

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    La gauche et la guerre culturelle, chronique d’un réveil douloureux

    Je suis assis tranquillement dans ma cuisine, à cette heure incertaine où le matin n’a pas encore choisi son camp. Le Monde est déplié devant moi, étalé comme une nappe rituelle. Le journal a cette manière de s’imposer dans l’espace domestique, comme s’il occupait naturellement la place du prêtre et du notaire. Une page entière retient l’attention. Le titre est sans détour, presque inquiet, « L’extrême droite mène sa bataille culturelle », signé par Julie Carriat. Une page entière, illustrée, pesée, grave, pour constater ce que le quotidien de référence a longtemps refusé de voir.

    Quand la gauche se désespère, elle ne commence jamais par s’interroger sur ses propres échecs. Elle cherche des causes extérieures à ses défaites. La « guerre culturelle » devient alors l’explication commode, le démon explicatif qui permet d’éviter toute autocritique. L’article du Le Monde s’inscrit pleinement dans cette tradition. Il ne s’agit pas d’un texte de compréhension, mais d’un texte de constat anxieux, presque d’un chant funèbre discret, où affleure la stupeur d’un camp qui découvre que le terrain qu’il croyait définitivement conquis ne lui appartient plus sans partage.

    L’effort de contextualisation historique mérite toutefois d’être relevé. Julie Carriat remonte à Antonio Gramsci, rappelle le concept d’hégémonie culturelle, reconnaît que la droite française marginalisée des années soixante a puisé dans cette réflexion pour tenter de survivre intellectuellement après la Seconde Guerre mondiale. Elle admet que la notion de « gramscisme de droite » a été formulée tôt, officialisée même lors d’un congrès du GRECE en 1981. Sur le papier, l’honnêteté semble au rendez-vous.

    Ce que le journal se garde pourtant bien de raconter, c’est le contexte existentiel de cette conversion stratégique. En 1965, l’échec de la campagne présidentielle de Jean-Louis Tixier-Vignancourt ferme définitivement la voie électorale à toute une génération. L’activisme, quant à lui, s’épuise dans la stérilité. Lorsque Dominique Venner choisit de déposer le fusil de la révolution pour s’éloigner celui des battues de chasse, une génération entière se retrouve alors sans horizon politique immédiat, contrainte de penser autrement sa survie.

    C’est là que surgit ce que Le Monde désigne avec une prudence soupçonneuse comme une entreprise de « brouillage des frontières ». Le mérite d’Alain de Benoist et de ceux qui l’entourent est pourtant ailleurs. Il consiste à avoir compris que la droite avait perdu bien avant de perdre les élections. Elle avait perdu la bataille des catégories mentales, du langage, des évidences. À défaut de pouvoir conquérir l’Elysée ou la rue, il fallait reconquérir ce qui précède toute victoire politique, l’imaginaire, les idées, les représentations.

    Après 1945, un partage tacite s’était imposé en Europe occidentale. À l’Est, la gauche s’emparait de tous les leviers de pouvoir. À l’Ouest, elle investissait les pouvoirs culturels, universitaires, éditoriaux, médiatiques, laissant à la droite libérale la gestion de l’économie. Cette dernière acceptait volontiers ce compromis. À vous la culture et ses prébendes, laissez-nous administrer les marchés. Le Monde est l’un des produits les plus achevés de ce modus vivendi, cette répartition des territoires qui assurait à la gauche un monopole moral sans partage.

    Fondé en 1968, le GRECE va entreprendre un travail de fond, patient, souvent ingrat, qui n’a rien d’une manœuvre opportuniste. Contrairement à ce que suggère l’article, il ne s’agit pas de recycler cyniquement Gramsci, mais de produire un corpus cohérent. L’ethno-différentialisme, qui enterre définitivement le racisme biologique, la critique de l’universalisme abstrait, le refus de réduire l’homme à l’homo œconomicus, la mise en valeur de l’identité, de l’héritage, de la transmission, autant de thèmes que Le Monde préfère réduire à une simple « guerre des mots ».

    L’article affirme qu’il n’y aurait eu aucun renouvellement doctrinal depuis la Nouvelle Droite. Cette accusation trahit moins une analyse qu’un malentendu fondamental. Une pensée conservatrice n’a pas vocation à se réinventer au rythme des modes. Elle se mesure à sa capacité à durer, à nommer ce qui persiste lorsque le décor change. Ce qui dérange Le Monde, ce n’est pas l’absence de nouveauté, mais la persistance d’idées qu’il croyait disqualifiées.

    La véritable inquiétude affleure lorsque l’article évoque la constitution d’un écosystème culturel alternatif. Chaînes de télévision, radios, maisons d’édition, fondations, cercles de formation, financements privés. Vincent Bolloré devient la figure commode du Mal, Pierre-Édouard Stérin l’incarnation d’un capital enfin réveillé. Ce passage est révélateur. Pendant des décennies, la gauche a vécu sur l’idée que les capitalistes financeraient indéfiniment un système culturel hostile à leurs propres intérêts, comme dans la formule attribuée à Lénine sur la corde et le pendu. Or ces capitalistes ont fini par comprendre que la gauche les conduit à une société où eux-mêmes n’ont plus de raison d’être. Il ne s’agit plus de philanthropie, mais de survie.

    Ce qui désoriente profondément la gauche, et l’article du Monde en est l’aveu involontaire, c’est la perte de son monopole sur le Bien. Se pensant depuis des décennies comme le camp moral par excellence, elle ne supporte pas de voir ce statut contesté. Elle observe avec stupeur que des mots naguère bannis pénètrent le langage politique, que des notions qu’elle croyait enterrées ressurgissent, que le peuple ne se laisse plus dicter ses catégories par l’université et les rédactions.

    L’article tente de se rassurer en citant des experts expliquant que les intellectuels ne feraient pas basculer les masses. C’est précisément ce qui effraie la gauche. Si les masses cessent d’obéir aux prescripteurs culturels, alors tout l’édifice s’effondre. Ce n’est pas la victoire culturelle de la droite qui inquiète Le Monde, c’est la fin de la docilité culturelle.

    La droite, longtemps aveugle à cette dimension, a fini par comprendre que la guerre culturelle faisait partie intégrante du combat politique. En France, l’irruption d’Éric Zemmour dans l’arène électorale a brisé un plafond de verre médiatique, permettant à des idées longtemps confinées aux marges d’atteindre l’ensemble des Français. En Argentine, l’arrivée au pouvoir de Javier Milei a placé la guerre culturelle au cœur même de l’action gouvernementale. Aux États-Unis, plus aucun acteur politique conservateur ne conçoit désormais l’affrontement électoral sans combat frontal contre l’hégémonie culturelle progressiste.

    La gauche demeure puissante. Dominante à l’université, influente dans les médias, majoritaire parmi les étudiants. Cette domination n’est cependant plus absolue. Des failles sont apparues. Elles permettent à des idées élaborées voici trente, quarante ou cinquante ans d’atteindre enfin ceux auxquels elles étaient destinées. C’est cette fissure que Le Monde contemple avec inquiétude.

    Derrière le vocabulaire faussement analytique, l’article de Julie Carriat est un requiem discret. Il constate l’incapacité de la gauche à produire des idées nouvelles, attractives, capables de séduire les jeunes générations. Il découvre que la guerre culturelle, qu’elle croyait imaginaire ou marginale, est devenue un champ de bataille réel. Non parce que la droite l’aurait inventée, mais parce que la gauche a cessé de la gagner.

    La tentation de la censure apparaît alors comme un réflexe de fin de cycle. Quand on ne parvient plus à convaincre, on rêve d’interdire. Quand on ne domine plus intellectuellement, on invoque la régulation. Ce réflexe n’a rien de nouveau. Il accompagne toujours les fins de monde.

    La guerre culturelle n’a pas commencé aujourd’hui. Ce qui est nouveau, c’est que Le Monde reconnaît enfin son existence. Non pour la mener, mais pour s’en plaindre.

    Balbino Katz, chroniqueur des vents et des marées (Breizh-Info, 10 février 2026)

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  • Alain de Benoist : « Le spectacle que donne la droite trumpiste en Europe est consternant. »

    Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Alain de Benoist à Breizh-Info et consacré au basculement géopolitique provoqué par la politique de Trump.

    Philosophe et essayiste, directeur des revues Nouvelle École et Krisis, Alain de Benoist a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017), Contre le libéralisme (Rocher, 2019),  La chape de plomb (La Nouvelle Librairie, 2020),  La place de l'homme dans la nature (La Nouvelle Librairie, 2020), La puissance et la foi - Essais de théologie politique (La Nouvelle Librairie, 2021), L'homme qui n'avait pas de père - Le dossier Jésus (Krisis, 2021), L'exil intérieur (La Nouvelle Librairie, 2022), Nous et les autres - L'identité sans fantasme (Rocher, 2023), Martin Buber, théoricien de la réciprocité (Via Romana, 2023) et, dernièrement Un autre Rousseau - Lumières et contre-Lumières ( Fayard, 2025).

     

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    « Le spectacle que donne la droite trumpiste en Europe est consternant. ». Entretien avec Alain de Benoist

    Breizh-info.com : En quoi le second mandat de Trump marque-t-il une rupture plus profonde encore avec l’ordre mondial hérité de l’après-guerre froide ?

    Alain de Benoist : Lors de son premier mandat, Donald Trump n’était pas encore préparé à prendre le tournant qu’il prend actuellement. Durant la présidence Biden, il a eu tout le temps  d’identifier ses objectifs, de peaufiner sa façon de voir les choses et de faire l’inventaire de son entourage afin de savoir sur qui il peut vraiment compter. Dès sa réélection, il s’est lancé dans une frénésie d’annonces qui a laissé (et laisse toujours) le reste du monde stupéfait. D’abord en raison de sa personnalité un peu spéciale. Prenez un narcissique paranoïaque et mégalomane, un tribun politique et un requin des affaires, mélangez le tout et vous obtenez Donald Trump. Un personnage à mi-chemin d’Ubu et de Caligula.

    La rupture la plus profonde, la plus lourde de conséquences, c’est le « découplage » entre l’Europe et les Etats-Unis. En l’espace de quelques mois, elle a provoqué l’éclatement de l’« Occident collectif », sapé les fondements de l’Alliance atlantique et modifié les règles du commerce international. Elle menace maintenant l’existence même de l’OTAN. Même si beaucoup ne s’en rendent pas compte, c’est une événement véritablement historique, qui va peser sur les décennies qui viennent. Croire que tout cela va s’apaiser lorsque Trump quittera la Maison-Blanche serait une erreur. Une fois que la confiance a disparu, il lui faut un temps considérable pour cicatriser. D’autant qu’après Trump, on a de bonnes chances de voir J.D. Vance lui succéder. Or, Vance est souvent présenté comme un homme qui a « toutes les qualités de Trump sans en avoir les défauts ». On ne reviendra pas en arrière.

    Breizh-info.com : Peut-on parler d’un basculement définitif vers un monde multipolaire, ou l’hégémonie américaine reste-t-elle intacte malgré le discours trumpien ? Trump se présente comme un président « non interventionniste » et pourtant, ces derniers mois, il multiplie les interventions. Assiste-t-on réellement à la fin du messianisme américain ou à une simple redéfinition de ses formes ?

    Alain de Benoist : Elle reste intacte, mais elle se reformule dans un monde qui a déjà changé considérablement. Trump sait très bien que nous allons vers un monde multipolaire, que l’hégémonie américaine est menacée et que la société étatsunienne est plus éclatée que jamais. Comme il admire les forts et qu’il méprise les faibles, il est porté à reconnaître que Vladimir Poutine et Xi Jinping ont une certaine légitimité à dominer dans leurs sphères d’influence respectives. Mais il ne va pas au bout de cette logique, comme le montrent ses interventions en Iran et au Proche-Orient. La réputation qu’on lui a faite d’être « non interventionniste » est totalement fausse. Le cœur de sa base électorale est favorable à l’isolationnisme, mais ce n’est pas son cas. En même temps, il rompt avec ses prédécesseurs sur au moins quatre points.

    D’abord, il ne veut pas d’interventions qui s’éternisent. Il craint plus que tout, et à juste titre, un enlisement du type Afghanistan ou Vietnam. Il préfère les interventions qui se comptent en jours (bombardement de l’Iran), voire en heures (kidnapping de Maduro). Second point, qui est le plus révélateur : il n’éprouve plus le besoin d’habiller ses interventions des mantras qu’invoquaient ses prédécesseurs pour avoir l’appui de la « communauté internationale » (autre entité en voie de disparition). Il ne dit plus qu’il veut défendre la « liberté et la démocratie » (freedom and democracy), il avoue sans états d’âme que tel est son bon plaisir. Retour à la loi de la jungle. Au moins on ne peut pas lui reprocher d’être hypocrite ! Troisième point : il ne cherche pas à mobiliser ses alliés, il les met devant le fait accompli pour l’excellente raison qu’il ne les considère plus comme des alliés. Cela va de pair avec son abandon du multilatéralisme. Enfin, montrant par là qu’il ignore tout de la nature du politique, il ne condamne les guerres traditionnelles qu’en mettant toute sa confiance dans les guerres commerciales, comme le démontre le caractère punitif de ses décisions en matière de droits de douane. C’est une révolution.

    Breizh-info.com : Son discours à Davos contre l’Union européenne et l’OTAN vous semble-t-il relever de la posture électoraliste ou traduire une stratégie géopolitique cohérente ?

    Alain de Benoist : Certainement pas de la posture électoraliste. C’est tout simplement la mise en application des nouvelles orientations consignées dans cet autre document historique qu’est la « stratégie de sécurité nationale » (National Security Strategy) rendue publique le 5 décembre dernier par la Maison-Blanche. Les Etats-Unis y font savoir sans états d’âme que l’hémisphère occidental est désormais leur zone d’influence exclusive – leur chasse gardée. Les « réseaux d’alliance et alliés » des Etats-Unis y sont mentionnés à la rubrique « moyens à la disposition de l’Amérique pour obtenir ce que nous voulons », ce qui a le mérite de la clarté. Révélateurs sont également les mots utilisés par Stephen Miller, conseiller politique de Trump, pour justifie l’intervention militaire américaine à Caracas : « Nous vivons dans le monde réel, un monde régi par la force, la puissance et le pouvoir ».

    Breizh-info.com : La remise en cause du rôle de l’OTAN par Trump peut-elle précipiter l’effondrement de l’Alliance atlantique telle que nous la connaissons ?

    Alain de Benoist : Dans les faits, l’Alliance atlantique a déjà disparu. L’OTAN, fondée en 1949, avait pour but de donner aux alliés un statut de vassaux. Cette organisation « du Traité de l’Atlantique-Nord » aurait dû disparaître lorsque le système soviétique a implosé. Au lieu de cela, elle est devenue un outil habilité à intervenir partout dans le monde pour défendre les intérêts américains. Lorsque Trump a annoncé son intention de s’emparer du Groenland, qui est aujourd’hui sous l’autorité du Danemark, le fait que les Danois appartiennent à l’OTAN ne l’a pas fait hésiter un instant. Copenhague s’est alors retrouvée dans une position grotesque, ne pouvant invoquer contre les Etats-Unis que l’OTAN qui appartient aux Etats-Unis. La vérité est que Trump a déjà décidé de se désengager progressivement de l’OTAN, au simple motif que cette organisation lui coûte plus qu’elle ne lui rapporte.

    Le drame est que les Européens, devant cette situation radicalement nouvelle, sont dans le déni. Au lieu de tirer les leçons du « découplage » américain, ils font tout pour s’y opposer et proclament de toutes les façons possibles qu’ils veulent demeurer de fidèles alliés. Se proclamer l’allié de quelqu’un qui ne veut plus avoir d’alliés, c’est aussi stupide que de s’obstiner à ne pas considérer comme un ennemi celui qui a décidé de vous regarder comme un ennemi.

    Breizh-info.com : L’Europe apparaît plus que jamais dépendante militairement et énergétiquement. A-t-elle encore une chance de s’émanciper stratégiquement ?

    Alain de Benoist : Ce n’est pas une affaire de « chance », mais une question de volonté. L’Europe est en effet plus dépendante que jamais des Etats-Unis, et ce sur tous les plans (de l’armement à l’intelligence artificielle, des logiciels aux cartes de crédit). A-t-elle les moyens de reconquérir sa souveraineté ? Potentiellement oui, mais à condition de le vouloir – et en sachant que pareil objectif nécessitera au moins quinze ou vingt ans. L’Union européenne, qui est bien décidée à ce que l’Europe-marché ne se mue pas en Europe-puissance, ne veut pas en entendre parler. Les Etats-membres sont divisés. Donald Trump, qui les considère comme moins que rien (hélas, pas à tort), les insulte et les humilie tous les jours, mais ils n’en continuent pas moins à se fournir aux Etats-Unis pour satisfaire leurs besoins vitaux. Face à la menace d’invasion du Groenland, le Danemark pouvait faire trois choses : donner deux mois Aux américains pour évacuer la base militaire qu’ils y possèdent, rendre coup pour coup en matière de tarifs douaniers, et annuler sa récente commande d’avions F-35 américains. Au lieu de cela, on en est resté au stade de la réprobation indignée. C’est à ce spectacle que l’on assiste presque partout.

    Breizh-info.com : La rivalité sino-américaine structure-t-elle désormais toute la géopolitique mondiale, au détriment des conflits régionaux ?

    Alain de Benoist : Bien sûr. Tout le monde sait que cette rivalité constituera la toile de fond de la décennie qui vient. Les faiblesses de Trump envers Poutine s’expliquent par le fait que le président américain n’a pas perdu tout espoir de voir le Kremlin prendre ses distances avec Pékin. Ce en quoi il se leurre.

    Breizh-info.com : Trump affirme vouloir faire payer davantage les alliés des Etats-Unis. Assiste-t-on à la fin de la « protection gratuite » accordée par Washington depuis 1945 ?

    Alain de Benoist : D’abord il n’y a jamais eu de « protection ». Le parapluie américain était nécessairement troué, puisqu’aucun pays ne peut s’exposer à une riposte nucléaire en tentant de protéger un pays autre que le sien. Le principe même de la dissuasion nucléaire est qu’elle ne peut pas s’exercer au bénéfice d’un tiers. La protection dont vous parlez n’était en outre pas « gratuite », puisque nous l’avons payée (et continuons de la payer) de l’américanisation de nos mœurs. N’oublions pas, enfin, que l’OTAN a été dès le départ une initiative et un outil des Etats-Unis, et que ceux-ci en ont toujours tiré argument pour empêcher l’émergence d’une défense européenne autonome. Le renversement de position auquel on assiste aujourd’hui n’en est que d’une ironie plus amère.

    Breizh-info.com : Peut-on voir dans le trumpisme une forme de « réalisme civilisationnel » face au globalisme libéral ?

    Alain de Benoist : D’une certaine façon oui, puisque l’interventionnisme américain, devenu ponctuel, ne prétend plus inspirer un ordre normatif universel. Trump veut pouvoir intervenir partout où il veut, mais il ne cherche pas à instaurer un nouvel ordre mondial. C’est une autre rupture fondamentale. Comme l’a dit le Premier ministre canadien Mark Carney à Davos, « l’ordre ancien ne sera pas rétabli, nous ne devons pas le pleurer ». Nous sortons d’un monde régi par la démocratie libérale, l’Etat de droit, le libre-échange et l’idéologie des droits de l’homme. Nous entrons dans le monde des rapports de force sans habillage idéologique et moral, dans le monde des « grands espaces » et des « Etats civilisationnels ». En matière de relations internationales, le réalisme vaut toujours mieux que les abstractions moralisantes. Et l’on y verra déjà plus clair quand le nouvel état de choses sera reconnu pour ce qu’il est.

    On en est loin, malheureusement. Le spectacle que donne la droite trumpiste en Europe, au nom d’un « occidentalisme » qui a depuis longtemps perdu toute signification, est consternant. Ces gens-là se félicitent de voir Donald Trump travailler à faire retrouver sa grandeur à l’Amérique sans comprendre que cet objectif exige l’abaissement de l’Europe. Ils jubilent à l’idée que Trump fasse l’éloge de la souveraineté sans saisir qu’en matière de souveraineté, Trump ne reconnaît que la sienne. Ils parlent les pieds dans le vide. Donald Trump ne peut pas être notre ami, car nos intérêts respectifs seront toujours divergents. Dire qu’il a pris certaines mesures « qui vont dans le bon sens » ne doit pas faire croire que pour en prendre chez nous de semblables, avec moins de brutalité espérons-le, il faut se soumettre à ses exigences. Mais il est vrai qu’en matière de désignation de l’ennemi, les droites européennes n’ont jamais vu beaucoup plus loin que le bout de leur nez…

    Alain de Benoist, propos recueillis par Yann Vallerie (Breizh-Info, 27 janvier 2026)

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  • Guerre, puissance et réveil stratégique européen...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Balbino Katz, le chroniqueur des vents et des marées, cueilli sur Polémia et consacré au changement d'ère que nous vivons qui voit « la fin d'un monde régi par des normes abstraites »...

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    Sortir de San Francisco, guerre, puissance et réveil stratégique européen

    Il est devenu courant, depuis plusieurs décennies, de présenter la guerre comme une anomalie morale, une régression, voire une pathologie de l’humanité. Cette représentation, rassurante pour des sociétés désireuses d’oublier le tragique, relève pourtant d’un contresens historique. La guerre n’a jamais constitué une parenthèse dans l’histoire des sociétés humaines, elle en a longtemps formé la grammaire élémentaire. Elle réglait les conflits, redistribuait les puissances et tranchait ce que les palabres et les traités ne pouvaient résoudre. Les sociétés européennes, façonnées par des siècles de conflits armés, s’y sont structurées, souvent au prix du sang, mais fréquemment au bénéfice d’un ordre plus stable que le précédent.

    Dans cette perspective, Raymond Aron rappelait que tout ordre international est d’abord territorial, consacrant un accord entre des souverainetés et un compartimentage de l’espace humain. Il soulignait également que le système international fonctionne toujours « à l’ombre de la guerre », la menace latente structurant durablement les relations entre États. La paix n’est jamais qu’un équilibre provisoire, garanti par des rapports de force, non par des proclamations morales.

    L’année 1945 introduit toutefois une rupture inédite. Pour la première fois, un ordre mondial se donne pour principe affiché l’abolition de la guerre comme instrument légitime des relations internationales. La Charte des Nations unies, adoptée à San Francisco quelques semaines après la fin des combats en Europe, entérine cette ambition. La violence armée subsiste, mais sous d’autres vocables, opérations de maintien de la paix, interventions humanitaires, actions de police internationale. La guerre entre ainsi dans un art sophistiqué de la dissimulation. Cet ordre, souvent perçu comme un progrès moral définitif, repose en réalité sur un équilibre de forces précis, issu de la victoire américaine et soviétique, puis figé par la dissuasion nucléaire. Il produit une stabilité relative, mais aussi une hypocrisie structurante, la guerre continue partout, sauf dans le langage officiel.

    L’un des effets les plus tangibles de la présidence de Donald Trump aura été de fissurer ce décor. Non par pacifisme, mais par un retour brutal au réel. L’ordre mondial fondé sur la fiction d’une paix permanente disparaît de facto. Les rapports de force redeviennent lisibles, les alliances contingentes, les intérêts assumés. Cela heurte des élites formées au catéchisme onusien, mais l’histoire, indifférente aux incantations, reprend ses droits.

    La question centrale devient alors européenne. Sommes-nous prêts à ce monde qui revient. Les élites européennes, en particulier celles des petits États, vivent depuis plusieurs générations dans un bain transatlantique. Elles raisonnent selon des catégories importées, ont souvent été formées sur les campus américains et entretiennent des réseaux qui rendent impensable toute autonomie stratégique. Cette vassalité consentie s’accompagne d’un sentiment de culpabilité profondément ancré dans l’interprétation dominante de la Seconde Guerre mondiale, qui positionne l’Europe comme fautive par essence. La mise sous tutelle américaine apparaît dès lors comme une pénitence prolongée. Ce désarmement moral précède le désarmement stratégique et prive le continent d’un système de valeurs apte à le protéger.

    Hubert Védrine a exprimé cette impasse avec lucidité en appelant l’Europe à devenir plus machiavélienne, c’est-à-dire à défendre ses intérêts sans illusion sur la nature des alliances. Il a également souligné que les valeurs ne sont plus identiques de part et d’autre de l’Atlantique, rendant illusoire toute fusion durable des intérêts européens et américains.

    Ce défaut de préparation apparaît avec une acuité particulière face à la guerre en Ukraine, installée durablement sur le continent depuis 2022. Ce conflit échappe aux grilles de résolution héritées de 1918 et de 1945, où la fin des guerres européennes passait pra l’intervention massive d’une grande puissance extérieure. Cette solution n’est plus disponible. Le retrait progressif du soutien américain a laissé l’Europe assumer l’essentiel de l’effort financier et logistique. Le constater ne revient pas à l’approuver, mais à en mesurer la portée stratégique.

    La résistance ukrainienne repose sur une capacité d’adaptation tactique remarquable qui compense son infériorité matérielle. L’investissement massif dans les drones, l’automatisation partielle des fonctions défensives, la gestion contrainte de la pénurie humaine et l’apprentissage continu d’une cruelle guerre d’usure ont profondément transformé la conduite des opérations. La guerre s’installe dans une temporalité longue, sans capacité de rupture stratégique identifiable à court terme, les lignes de front demeurant largement figées.

    Dans ce contexte, le centre de gravité du conflit se déplace vers l’arrière, notamment sur le terrain énergétique. Les frappes russes sur les infrastructures ukrainiennes ont un impact réel, mais celui-ci est amorti par l’adaptation sociale. Ce n’est pas la dispersion de la production qui réduit l’effet stratégique, mais la transformation des usages, générateurs, batteries, solutions locales. À l’inverse, les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes ont révélé des vulnérabilités structurelles. L’histoire rappelle que la guerre énergétique obéit à des lois constantes, comme l’illustra l’inefficacité initiale des bombardements américains sur le Nord-Vietnam avant le minage des ports en 1972.

    La perception du conflit demeure profondément brouillée par un flot continu de récits contradictoires. Les réseaux sociaux, devenus un théâtre informationnel permanent, oscillent entre deux affirmations également simplificatrices. D’un côté, la Russie serait au bord de l’effondrement économique, militaire et politique, promise à une chute imminente. De l’autre, la victoire russe serait inéluctable, portée par le temps long, la masse et l’endurance stratégique. Ces narrations opposées ont un effet commun, elles empêchent toute lecture réaliste de la guerre comme processus d’usure prolongée, sans victoire décisive à court terme, et substituent à l’analyse stratégique une attente quasi eschatologique de l’événement final.

    Ce brouillard informationnel a une conséquence majeure, il masque les effets structurels et de long terme déjà à l’œuvre, au premier rang desquels figure la catastrophe démographique qui frappe simultanément l’Ukraine et la Russie. L’attention se focalise sur les lignes de front, alors que le véritable bilan se dessine dans la durée, par l’érosion humaine, la désorganisation sociale et la rupture de la reproduction démographique. Un indicateur symbolique en donne la mesure, la durée de la guerre en Ukraine dépasse désormais celle de la Grande Guerre patriotique. Les Soviétiques avaient atteint Berlin en moins de temps que la Russie n’en a aujourd’hui passé à progresser de manière centimétrique. Cette comparaison ne préjuge pas de l’issue militaire, mais elle rappelle une vérité stratégique souvent oubliée, la puissance ne se mesure pas seulement à la capacité de détruire, mais à celle de durer sans se dissoudre.

    C’est dans ce contexte que la contribution intellectuelle de la Nouvelle Droite prend tout son sens. Dès les années 1970, elle a formulé une critique radicale de l’ordre issu de 1945, dénonçant l’illusion d’un universalisme juridique capable de neutraliser la puissance. Alain de Benoist a montré que la construction européenne avait commis une erreur originelle en privilégiant l’économie et le commerce au détriment de la politique et de la culture. Il identifie le capitalisme libéral comme un facteur d’aliénation des peuples et plaide pour une Europe multipolaire, libérée de la tutelle américaine, capable de nouer des alliances fondées sur des intérêts concrets plutôt que sur une idéologie universaliste.

    Dans le prolongement de cette analyse, Jean-Yves Le Gallou a insisté sur la dimension démographique et identitaire de la souveraineté. Il rappelle que ce qui était hier considéré comme une trahison, l’abandon de souveraineté, est aujourd’hui présenté comme un progrès. Il dénonce une culpabilisation européenne fondée sur une lecture militante de la Seconde Guerre mondiale, paralysant toute capacité d’action. Pour lui, les peuples européens partagent une mémoire commune et une histoire millénaire, sans lesquelles aucune autonomie stratégique n’est pensable. La souveraineté ne survit pas à la disparition du peuple qui la porte.

    Une nouvelle génération politique, principalement à droite, commence à intégrer ces analyses. Elle ne raisonne plus à partir des promesses iréniques de San Francisco, mais à partir du réel, de la guerre, du déclin démographique, des recompositions de puissance. Elle sait que l’autonomie stratégique suppose une continuité humaine et culturelle, et que l’effacement n’a jamais protégé les peuples.

    L’Europe se trouve ainsi à un moment de vérité. Elle peut persister dans l’illusion d’un monde régi par des normes abstraites ou accepter de redevenir un sujet stratégique conscient de ses intérêts, de ses limites et de ses périls. Sortir de San Francisco ne signifie pas glorifier la guerre, mais reconnaître qu’un ordre politique ne se maintient que s’il est capable de se défendre, matériellement, mentalement et démographiquement. Dans le monde qui vient, la lucidité stratégique ne sera pas un luxe intellectuel, mais une condition de survie.

    Balbino Katz, Chroniqueur des vents et des marées (Polémia, 21 janvier 2026)

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