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  • Fontenoy est revenu !...

    Ecrivain et journaliste, passé du surréalisme au fascisme et mort à Berlin en avril 1945, Jean Fontenoy ne peut pas laisser indifférent. Gérard Guégan, qui a fréquenté l'ultra-gauche et dont les démélées avec Guy Debord sont bien connues, lui a consacré une biographie intitulée Fontenoy ne reviendra plus, qui d'abord publiée chez Stock en 2011, vient d'être rééditée au Livre de poche.

    On notera que Philippe Vilgier a lui aussi signé une biographie de l'auteur de Shangaï secret, intitulée Jean Fontenoy, aventurier, journaliste et écrivain, qui a été publiée en 2012 aux éditions Via Romana.

     

     

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    Jean Fontenoy, ou Tintin à la Wehrmacht

    Du communisme au fascisme, de Shanghai à Berlin, Jean Fontenoy a vécu en aventurier. Gérard Guégan retrace le parcours de cet oublié des lettres françaises.

    Jean Fontenoy, c'est Tintin qui aurait viré fasciste. Il commence comme petit reporter chez les Soviets puis en Chine - Hergé lui rend même hommage, dans Le Lotus bleu, en dessinant une fausse Une du Journal de Shanghai, que Fontenoy avait créé là-bas - et termine dans les pages de Bagatelles pour un massacre, ce brûlot de Louis-Ferdinand Céline que notre ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a dû "relire" pour s'aviser qu'il était affreusement antisémite. Ce grand écart dit tout de cet inconnu des lettres françaises que Gérard Guégan a eu la bonne idée de ressusciter dans une biographie attachante et documentée. 

    Jean Fontenoy (1899-1945) aura été un aventurier, dans tous les sens du terme. "Drogué, gangster intellectuel, deux fois suicidé", résumera cruellement Maurice Martin du Gard. Emergeant par miracle d'une famille qui tire le diable par la queue, son amour pour la révolution bolchevique - tendance Trotski-Maïakovski - le mène jusqu'à Moscou, où il sera le correspondant de l'ancêtre de l'AFP. Puis c'est Shanghai, où il finit conseiller de Tchang Kaï-chek et, hélas, opiomane invétéré - Le Lotus bleu, toujours... Il traverse ce début des années 1930 entre amitiés surréalistes, flirt avec la NRF (son ami de toujours sera Brice Parain, éminence grise de Gaston Gallimard), paquebots transatlantiques et jolies femmes - une mystérieuse danseuse roumaine, puis une intrépide aviatrice... 

    Soudain, en 1937, la bascule et l'adhésion au Parti populaire français de Jacques Doriot. Comme pour Céline et l'antisémitisme, difficile de déterminer avec certitude ce qui fait plonger Fontenoy du côté du fascisme. Officiellement, ce serait en réaction aux purges staliniennes : il prend sa carte au PPF le jour de la condamnation du maréchal Toukhatchevski. La réalité est plus contrastée, mélange diffus de haine des riches et d'amour pour le whisky, de hantise d'une impuissance sexuelle et d'échecs littéraires. Qui, aujourd'hui, serait capable de citer un seul livre de Fontenoy ? il y eut pourtant - notez le sens des titres - Shanghai secret, L'Ecole du renégat ou Frontière rouge, frontière d'enfer... 

    A partir de là, si l'on excepte quelques gestes d'héroïsme - en 1940, prêt à mourir pour Helsinki, il s'engage dans l'ar- mée finlandaise et part combat- tre l'Armée rouge par - 40 °C -, il semble se complaire dans une certaine abjection. Le voilà qui parade en uniforme de la Wehrmacht au Café de Flore, en 1942 ; un peu plus tard, il demande au sinistre Darquier de Pellepoix de lui dénicher un appartement saisi à des juifs ; évidemment, on retrouve sa signature dans Je suis partout et Révolution nationale, qu'il dirigea même un temps. Il semble fait pour naviguer dans les eaux troubles de la collaboration, entre conjurations, subsides de l'ambassade du Reich et officines cagoulardes. "Fontenoy me touche par une espèce de pureté confuse", écrira pourtant Cocteau. 

    Ce "renégat" fait partie de ces personnalités foncièrement faibles qui se rassurent par des engagements forts. Ses derniers jours ressemblent à sa propre caricature : Oberleutnant de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme sur le front de l'Est, fuite à Sigmaringen ("La bronzette, terminé !" lui lance, ironique, Céline) et suicide effroyablement romanesque dans les ruines de Berlin, en avril 1945. Son corps ne sera jamais retrouvé. 

    Gérard Guégan, lui, a su retrouver l'esprit de ce second couteau des lettres, sorte de métaphore parfaite des errements intellectuels d'un demi-siècle. Certes, son Fontenoy ne reviendra plus aurait pu, peut-être, faire l'économie d'une centaine de pages sur près de 500. Après tout, l'auteur de Shanghai secret n'a eu ni la vie de Malraux ni l'oeuvre de Céline. Il n'empêche : avec ce livre, on peut dire que Fontenoy est revenu. 

    Jérôme Dupuis (L'Express, 25 février 2011)

     

     

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  • Il est de retour !...

    Er ist wieder da ! Il est de retour ! Qui ? Lui...  Et le livre, signé par le romancier Timur Vermes et publié chez Eichborn Verlag, qui raconte son retour, fait un tabac dans les librairies outre-Rhin, avec plus de 360 000 exemplaire vendus, et suscite, en prime une belle polémique. Peut-on rire d'Hitler et, surtout, critiquer par son entremise certains travers de notre société ? Les lecteurs français pourront juger d'eux-mêmes puisque la traduction française de ce roman sera disponible en France en 2014.

     

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    Hitler de retour ?

    Berlin — « Il est de nouveau là » : 80 ans après l’accession d’Hitler au pouvoir, un roman racontant son retour en 2011 à Berlin est un best-seller en Allemagne, mais un Führer de comédie n’est pas du goût de tous.

    « Soldat des Jeunesses hitlériennes Ronaldo ! Indiquez-moi la rue ! » 30 août 2011. Adolf Hitler se réveille soudainement sur un terrain vague de Berlin sans avoir la moindre idée de ce qui lui est arrivé depuis 1945.

    Déboussolé, le Führer, qui en réalité s’est suicidé dans son bunker le 30 avril 1945, demande le chemin de la chancellerie du Reich à des jeunes qui portent le maillot de la star brésilienne du foot. « C’est qui le pépé, là ? », se demandent les garçons, éberlués. « Ça va, t’es sûr, Man ? »

    Le ton de l’oeuvre du journaliste Timur Vermes, 45 ans, est donné. Durant près de 400 pages, le dictateur nazi découvre une Allemagne gouvernée par une femme, où vivent plusieurs millions de Turcs. Une société régie par les taux d’audience, où la célébrité se conquiert sur YouTube et se mesure en clics « j’aime/j’aime pas » sur Facebook.

    Très vite repéré par une société de production, Adolf Hitler devient la vedette d’une émission télévisée de divertissement animée par un Turc. Bild, quotidien le plus lu d’Europe, titre : « Il a assassiné des millions de personnes. Aujourd’hui des millions de personnes l’acclament sur YouTube. »

    « Vous valez de l’or, mon cher ! On n’en est qu’au début, croyez-moi ! », lui lance son producteur.

    Au fil des pages, le lecteur suit Hitler dénichant « des pantalons de coton bleus qu’on appelle des dchjins », tentant désespérément de se créer une adresse e-mail (« Hitler89 est déjà pris […] Vous pouvez avoir “ Queuedeloup6” »), découvrant les émissions de cuisine à la télévision (« Je pris le petit appareil en main, appuyai sur le premier bouton […] Je vis un cuisinier en train de hacher menu des légumes. »).

    Farce de mauvais goût pour les uns, satire politique pour les autres, Er ist wieder da (« Il est de nouveau là ») est un gros succès de librairie.

    Imprimé à 360 000 exemplaires, il vient d’entrer dans la liste des meilleures ventes. Le livre est déjà promis à une carrière internationale : il va être publié en français et en anglais ainsi qu’en 15 autres langues.

    Son auteur affirme avoir « voulu présenter Hitler sous un nouvel angle ». « Nous avons trop souvent l’attitude de refus des gens qui ne conçoivent Hitler que comme un monstre pour se sentir mieux, confie-t-il à l’AFP. Or je trouvais important de montrer comment il fonctionnait et comment il agirait aujourd’hui. »

    Le récit - à la première personne - est entrecoupé de longs monologues intérieurs aussi ennuyeux que Mein Kampf, le pamphlet rédigé par Hitler en 1924 et dont l’Allemagne envisage la réédition dans deux ans pour la première fois depuis 1945.

    Tout est fait pour attirer le lecteur. La couverture en noir et blanc façon ombre chinoise présente uniquement la mèche de cheveux caractéristique d’Hitler. À la place de la moustache apparaît le titre du roman. Il est vendu 19,33 euros, en référence à l’année où le Führer est devenu chancelier.

    Er ist wieder da est « la dernière excroissance d’une machine de commercialisation d’Hitler qui brise tous les tabous pour faire de l’argent », critique l’hebdomadaire Stern.

    Alors que cela était impensable il y a dix ans encore, Hitler est aujourd’hui recyclé par les humoristes et les artistes. Un film humoristique réalisé par un Juif et une comédie musicale burlesque ont été présentés ces dernières années. Un phénomène que Daniel Erk, journaliste et spécialiste du dirigeant nazi, n’hésite pas à qualifier de « banalisation du mal ».

    « C’est une bonne occasion pour les Allemands de se dédouaner de toute faute et de toute responsabilité, analyse-t-il. Cet Hitler-là est le seul et unique responsable de la guerre et du génocide. »

    (Agence France-Presse, 26 janvier 2013)

     

     

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