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  • L'homme superflu ?...

    Les éditions Le Passager clandestin viennent de publier L'homme superflu - Théorie politique de la crise en cours, un essai de Patrick Vassort. Universitaire, l'auteur dirige la revue transdisciplinaire Illusio.

     

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    "Le monde capitaliste est engagé désormais dans ce qui risque d'être la plus importante et la plus longue de ses crises. Non pas que sa dimension économique soit inattendue ou plus violente que les précédentes, mais bien parce que celle-ci touche désormais au fondement même de la vie humaine, de la vie en société et du système capitaliste. C'est à partir de ce postulat que Patrick Vassort revisite, dans cet ouvrage, les théories althussériennes sur les appareils idéologiques d'Etat pour montrer leur obsolescence et leur transmutation en ce qu'il nomme " Appareils stratégiques capitalistes ". Ainsi les appareils classiquement désignés comme idéologiques (école, famille, religion, syndicats, etc.) ont subi des transformations sociales et politiques, la vitesse et l'accélération devenant les outils centraux de la formation des individus dans toutes les formes de compétitions mondialisées. Ces appareils idéologiques, devenus des appareils stratégiques de " mise en conformité " des populations mondiales, font disparaître la complexité, l'altérité et écrasent les différentiations culturelles et historiques. Ils mettent entre parenthèses l'humanité de l'homme dans toute sa diversité universelle faisant de celui-ci l'appendice du développement accéléré des techno-sciences au service de la productivité capitalistique. C'est au travers de la structuration de ces appareils que le monde capitaliste touche à sa contradiction ultime qui le mène à la crise inévitable tout en mettant, enfin, en lumière la catégorie centrale essentielle à son développement, au développement de la valeur, du travail en tant qu'exploitation, de la marchandise et du spectacle, de l'écrasement définitif de son environnement : la superfluité de l'homme, de toutes ses productions, de son environnement et de la vie."

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  • Criminalité et terrorisme : le temps des hybrides...

    Nous reproduisons ci-dessous un article de Xavier Raufer, cueilli sur le site du Nouvel Economiste et consacré aux menaces hybrides.

     

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    Criminalité et terrorisme : le temps des hybrides

    Le temps des entités strictement criminelles ou idéologiques est fini.

    Produisons plutôt de pertinents diagnostics, loin d’une pittoresque coalition de magistrats retraités, d’experts du 11-Septembre 2001 et de journalistes débordés, tous excités par des ministres qui cauchemardent sur un Merah bis.

    Le rôle majeur du diagnostic est ici d’éviter la guerre de retard. Dans la France de 2012, d’éviter le scénario de 1990 où, figés dans leur gloire, incapables de se renouveler, des combattants de la guerre froide prétendaient que, loin d’avoir disparu, le KGB était d’autant plus dangereux qu’il faisait le mort… Des années durant, ces anciens combattants nous ont-ils ainsi abreuvés de leurs radotages, avant de sombrer devant ce qui émergeait dans la décennie 1990 : la manifeste, l’aveuglante menace salafiste. Or aujourd’hui, qu’il s’agisse de machines à tuer d’une “extrême dangerosité” ou de pathétiques charlots, nous avons à coup sûr affaire à des hybrides. Qu’est-ce qu’un hybride ? C’est un individu, ou un groupe, évoluant entre banditisme et terrorisme.

    Parfois, c’est un terroriste qui tourne gangster après avoir perdu ses illusions ou son fanatisme (voir ci-après). Parfois aussi, c’est un voyou qui pense s’acheter une conduite, ou une place au paradis, en agissant dans un cadre “honorable” : défense du peuple ou de la patrie, jihad, etc. Mohamed Merah entre clairement dans cette seconde catégorie, et les récents interpellés (Torcy, Cannes, etc.), aussi.

    Cette menace des hybrides dépasse de loin la France. Elle est même mondiale :

    - A l’été 2012, on apprend que la guérilla dégénérée des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie) est désormais “en affaires” avec un sanguinaire cartel mexicain : le clan Beltran-Leyva. Le 30e “front” des Farc (le long de la côte du Pacifique), et le 48e front (frontière avec l’Equateur) exportent de la cocaïne pour le compte de ce clan.

    - Au même moment le méga-gang colombien dit des “Rastrojos” (un des héritiers du grand cartel de Norte del Valle), affaibli par l’arrestation successive de deux de ses chefs, s’associe avec une autre guérilla dégénérée, l’ELN (Armée de libération nationale) au sud-ouest de la Colombie, pour produire et exporter de la cocaïne en direction du Venezuela.

    Après les hybridations guérillas-entités criminelles, voici celles impliquant des sectes. Là, l’étrange mutation vient du Mexique. A l’origine, “La Familia Michoacana”, cartel d’environ 1 200 bandits spécialiste des drogues chimiques. Particularité de cette “famille” : dans le fort catholique Mexique, elle est fanatiquement calviniste. En décembre 2010 son chef, Nazario Moreno Gonzalez (1970-2010) dit “le super-dingue” (El mas loco) est abattu par la police.

    Un segment de la “famille” reprend le flambeau sous le nom de “Chevaliers Templiers” (Caballeros Templarios). Or à l’été 2012, un culte (lui, plutôt catholique ?) commence à être rendu à Nazario Moreno : lors de rafles, les policiers découvrent des autels portant des statues hautes d’un mètre du Mas loco, en armure dorée et brandissant un glaive. Dans un livret, les prières adressées au nouveau “martyr”: “Saint Nazario, chevalier du peuple, protecteur des misérables, donne-moi la vie, protège-moi…”.

    Or, côté hybridation, ce qu’il advient à Liverpool (Grande-Bretagne) est bien plus inouï encore, comme incroyable mélange. Après un siècle d’inexpiables guerres, six siècles de haine farouche, des ennemis acharnés comme la planète en compte peu, des anciens de l’IRA provisoire (“papists”) et d’ex-loyalistes de l’Ulster Volunteer Force (“prods”, pour protestants) contrôlent désormais ensemble le trafic du crack dans la ville. La cocaïne arrive d’Amérique latine dans la banlieue de Dublin, à Ballyfermot. De là, elle est livrée à Liverpool et vendue dans leurs fiefs par les ex-loyalistes.Si ces séculaires et mortels ennemis s’entendent maintenant et travaillent ensemble, la cause est entendue. C’est qu’un tsunami de mutations balaie la planète. C’est que le temps des entités strictement criminelles ou idéologiques est fini. C’est que le type purement criminel ou terroriste sera bientôt voué aux musées du XXe siècle – ou aux bases de données d’archaïques “spécialistes” aveugles aux mutations du monde.

    Voici donc venu le temps des hybrides, mutants, mimétiques ou dégénérés. Or détecter et comprendre ces évolutions est d’autant plus vital qu’on ne recherche que ce qu’on envisage déjà. Ainsi, penser les criminels et les terroristes de demain selon les critères, modèles et types d’hier, ranger gentiment les entités dangereuses de 2012 dans les petites boîtes de la guerre froide – aussi sûrement obsolètes que les stratégies de 1870 – garantit la guerre de retard, la bataille perdue d’avance. A monde nouveau, menaces nouvelles – et concepts neufs. Ouvrons l’œil, ces mutants et hybrides sont désormais répandus sur toute la planète et de types multiples :

    - Guérillas vivant de trafics divers, dont celui des stupéfiants 

    - “Marxistes” d’hier devenus trafiquants et blanchisseurs d’argent criminel

    - Jihadis-braqueurs 

    - Jihadis-pirates  

    - Ex-terroristes reconvertis dans le crime 

    - Paramilitaires devenus narcotrafiquants

    - Sociétés militaires privées vendues aux cartels de la drogue

    - Trafiquants d’armes au service de terroristes

    - Motards criminalisés liés à des terroristes

    - Sectes associées à des cartels de la drogue

    - Escadrons de la mort mutant en “forces de sécurité”

    - Entreprises licites au service de cartels de la drogue

    - “Soldats de la Paix” devenant trafiquants ou proxénètes

    - Guérillas mutant en armées à part entière

    - Trafiquants d’êtres humains, actifs dans le narcotrafic

    - Mélanges africains : milices-sectes-bandes armées…

    Dans le registre des dangers et menaces, ces hybrides sont l’avenir.

    Si l’on veut éviter la guerre de retard, c’est eux qu’il faut observer, étudier – et combattre.

    Xavier Raufer (Le Nouvel Economiste, 22 octobre 2012)

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